Marion Préité

Marion Préité

Par Clarisse Maratchia

Vous avez probablement déjà écouté les fichiers audio qui accompagnent certains articles de LCFF. La plus grande partie des textes est lue par Marion Préité. Nous vous proposons ici un entretien avec elle pour vous permettre d’associer une voix et une diction parfaite à cette (jolie) comédienne.

Marion, tu as à ton actif plusieurs pièces musicales, pourquoi as-tu choisi ce style ? 

Choisir est un bien grand mot ! C’est plutôt un bienheureux hasard qui m’a conduite vers cet art, assez tôt dans ma carrière. A la sortie de mon école de théâtre, j’ai joué au Festival Off d’Avignon 2012 avec d’autres élèves de ma promotion dans une pièce musicale, Les secrétaires, mise en scène par le directeur de l’école, Pierre Castagné, ce qui m’a vite mis le pied à l’étrier.

J’ai donc appris à chanter et à développer ma voix, et même si j’affectionne vraiment le théâtre « parlé », j’ai eu plus de propositions pour défendre des rôles chantés. C’est donc une belle corde à mon arc(2) mais cela ne me ferme pas pour autant à d’autres styles de théâtre.

Que penses-tu des comédies musicales françaises ? Ont-elles quelque chose à envier aux productions anglo-saxonnes ?

Les comédies musicales françaises sont en plein essor(3) ces dernières années et ce qui est sûr, c’est qu’il y en a pour tous les goûts. Beaucoup de nos comédies musicales sont des adaptations de musicals anglo-saxons (par exemple Sister act, La belle et la bête, Grease, au théâtre Mogador). Cela permet de faire connaître des œuvres inédites ou méconnues en France et d’amener un peu de Broadway (New York) et de West End (Londres) en France. A côté de ça, de nombreuses productions se lancent dans la création de pièces musicales originales 100% françaises, sur des thèmes aussi différents que la Tour Eiffel, Jack l’éventreur ou encore les aventures de Tom Sawyer ! Nous arrivons petit à petit à voler de nos propres ailes(4) et à trouver notre style dans le sillon des(5) productions américaines ou londoniennes.

Quel personnage rêves-tu d’incarner ?

Très honnêtement, je n’ai pas de rôle rêvé. Il y a des auteurs et des pièces que j’adore, bien sûr, et dans lesquelles j’aimerais beaucoup jouer, mais ce serait plutôt pour défendre un style particulier de théâtre et le langage de l’auteur. J’adorerais jouer Ionesco, par exemple, ou Tchekhov ! Tout comme j’adorerais jouer dans une grande comédie musicale américaine, comme Waitress, Dog-fight ou Next to normal ! Peu importe la place que j’occupe, un petit rôle d’ensemble ou un premier rôle, c’est plus l’œuvre dans sa globalité qui m’intéresse et le parti pris(6) autour, plutôt qu’un rôle particulier.

Tu as commencé ta carrière au théâtre, as-tu des envies de cinéma ?

Oui beaucoup ! Mais c’est un tout autre exercice. Et un réseau complètement différent. Quand j’étais en formation théâtre, j’ai commencé par jouer dans des courts-métrages, j’en ai même réalisé un. J’ai toujours adoré jouer devant la caméra. Je voulais vraiment me diriger vers le cinéma. Mais il est très difficile d’y mettre un pied(7) et j’ai trouvé beaucoup plus vite des opportunités au théâtre. J’ai eu quelques expériences face à la caméra dans des films et des séries télé et je pense que je m’y replongerai bientôt en répondant aux centaines d’annonces de castings qui tombent chaque jour ! Je continue à regarder beaucoup de films et je vais au cinéma très régulièrement.

Écriture, mise en scène et jeu, comment concilier les trois ? Si tu devais en garder un seul ?

Sans hésiter, je garderais le jeu. Mon métier est celui de comédienne et consiste à jouer dans des pièces ou des films, écrits par un auteur, dirigés par un metteur en scène ou un réalisateur. C’est vraiment dans cet art que je me réalise pleinement. Mes expériences de metteuse en scène et d’auteure m’ont été vraiment bénéfiques dans la façon d’aborder le dialogue avec les comédiens, les techniciens et de prendre en compte toutes les étapes de création d’un projet, de l’écriture à la création lumière, en passant par la signature des contrats avec tel ou tel théâtre. C’est épuisant de porter toutes les casquettes(8) mais j’ai maintenant une meilleure vision d’ensemble sur tout ce processus et ça me sert dans les projets où je suis uniquement comédienne.

L’actualité avec #balancetonporc et le permis d’importuner : en tant qu’artiste féminine, quel regard portes-tu sur le débat autour du harcèlement(9) ?

J’ai la « chance » de n’avoir jamais été confrontée à ce genre de comportement au cours de ma carrière et je suis profondément solidaire et défenseuse de l’égalité des droits des femmes et des hommes. Beaucoup d’encre a coulé(10) sur ce débat et trop de gens se sont approprié la parole des uns et des autres. Je suis pour le respect de chacun à vivre et à parler de ses expériences et de ses douleurs en son nom propre. Et bien sûr, il faut rester vigilant et dénoncer toute pratique abusive, se protéger et surtout parler.

Lexique

1. mis le pied à l’étrier : aidé à débuter
2. corde à mon arc : compétence supplémentaire
3. essor (n. m.s.) : développement
4. voler de nos propres ailes : devenir indépendant
5. dans le sillon de : à la suite de, comme dans
6. parti pris (n. m.s.) : ensemble de choix délibérés
7. mettre un pied : entrer
8. porter toutes les casquettes : occuper toutes les fonctions
9. harcèlement (n. m.s.) : attaques répétées
10. beaucoup d’encre a coulé : beaucoup de choses ont déjà été dites