Dessin d’enfant et traumatisme

Dessin d’enfant  et traumatisme

Par Laura Tejeda Meza

On le sait bien, tous les enfants (ou au moins la plupart) aiment dessiner. De plus, c’est une activité essentielle au développement, puisque c’est un moyen pour l’enfant de s’exprimer ; en même temps, c’est une activité qui est très révélatrice de son évolution intellectuelle et affective, aussi bien que de sa vision du monde, ses relations aux choses et aux autres et la façon dont il se perçoit lui-même.

Même si dessiner pourrait paraître une activité banale pour l’enfant, il faut savoir qu’en fait, il choisit minutieusement chacun des éléments qu’il va utiliser : la taille du papier, le type de crayons, les couleurs… Ce choix signale de manière inconsciente le but de sa communication ainsi que sa personnalité. Le professeur de psychologie René Baldy précise : « La couleur sert à exprimer la tonalité émotionnelle du dessin. Si l’on demande à un enfant de dessiner un chien gentil et un autre méchant, il utilisera une de ses couleurs préférées pour le dessin positif – le chien gentil -, et une des couleurs qu’il apprécie le moins pour le dessin aux tons plutôt négatifs, à sa-voir le « chien méchant ».

D’ailleurs, d’après Françoise Dolto (pédiatre et psychanalyste française), en général, l’enfant ne cherche pas une reconnaissance par ses dessins ; il essaye plutôt de transmettre un message, une idée, un ressenti, c’est pourquoi il est plus important de poser des questions à l’enfant sur ce que certains détails représentent, en le laissant parler de sa création. Le besoin de reconnaissance naît à partir des réactions des parents lorsqu’ils le complimentent et s’extasient de son œuvre.

Quand l’enfant dessine, il se sent libre de s’exprimer, aussi bien pour faire passer des messages positifs que négatifs, des craintes, des rêves, mais aussi des choses sans grande importance. Donc, il est important de ne pas s’inquiéter systématiquement ou d’essayer d’analyser le moindre de ses dessins. Il faut plutôt garder en tête que l’interprétation des dessins se fait dans la répétition d’éléments spécifiques qui vont permettre, alors, d’identifier des symptômes ou un possible problème chez l’enfant en question.

Un bon exemple de communication effective est le cas d’un enfant syrien, en septembre 2015, qui a fait un dessin en cadeau à la police fédérale de Passau, en Allemagne. Ce dessin montre la gratitude(1) du petit Syrien d’avoir été accueilli par les forces de l’ordre(2) allemandes, après un long chemin depuis une Syrie dévastée par la guerre. Dans le dessin (publié sur Twitter), on aperçoit d’un côté la Syrie avec du sang, des blessés et des bâtiments détruits, et de l’autre côté l’Allemagne en paix avec des lauriers(3) et des cœurs autour du mot « police » et du drapeau allemand.

Néanmoins, après des événements douloureux ou violents, il faut rester vigilant sur ce que l’enfant dessine. Cela peut être révélateur d’un malaise ou d’une angoisse qu’il n’arrive pas à exprimer autrement, car il reste à un niveau symbolique et qu’extérioriser par la parole reste difficile. En effet, et puisque c’est un moyen d’expression, le dessin est un outil thérapeutique par rapport aux événements qui pourraient s’avérer traumatiques, qui ont des répercussions(4) sur les aspects cognitifs(5), émotionnels et physiques de l’enfant, comme la mort, le divorce et même la guerre et les catastrophes naturelles. Le dessin provoque des souvenirs sensoriels. Il offre aussi la possibilité de passer d’un rôle passif à un rôle actif dans le processus de traitement. De plus, il fournit une représentation symbolique à l’expérience traumatique dans un format concret et externe. Enfin, il contribue à la réduction de l’anxiété, à travers le fait de vivre l’événement traumatique une nouvelle fois mais de manière visuelle et dans un milieu ressenti comme sûr.

Un exemple récent est le cas des enfants mexicains qui ont vécu le tremblement de terre du 19 septembre 2017, d’une magnitude de 7,1 sur l’échelle de Richter. Après cet événement, et pour la première fois au Mexique, une aide psychologique a été mise en place pour aider toute la population. Les psychologues ont vivement encouragé les parents à faire dessiner leurs enfants sur ce qu’ils ont vécu, afin qu’ils puissent mieux
« gérer » leurs souvenirs. De même, des artistes se sont mobilisés pour créer des coloriages sur les chiens de sauvetage, qui ont participé activement aux secours et qui sont devenus célèbres, afin de distraire et d’aider les enfants à dépasser l’effet post-traumatique généré par le séisme ; beaucoup ont perdu leur maison, leurs jouets et même l’un de leurs parents, voire les deux. Le dessin les a aidés à « sortir » les émotions négatives liées à l’événement.

Lexique

1. gratitude (n. f.s.) : remerciement
2. forces de l’ordre (n. f.p.) : police
3. lauriers (n. m.p.) : plantes symboliques de la victoire
4. répercussions (n. f.p.) : conséquences
5. cognitifs (adj. m.p.) : qui concernent le savoir et l’apprentissage