A l’école de Doisneau

A l’école de Doisneau

Par Axelle Negrignat

Avec humour et grande tendresse, le photographe humaniste Robert Doisneau a su saisir l’enfance comme nul autre. Celui qui aimait se définir comme un « pêcheur d’images » témoigne, par cette photo, de ce qui se passait sur les bancs de l’école dans la France des années 1950.

Le décor de cette classe de l’école Buffon, dans le Ve arrondissement de Paris, est des plus minimalistes(1) : une grande armoire, une pendule, deux bureaux et quelques dessins ornant les murs. Tout est bien en place pour mettre en valeur les trois écoliers. Deux sont sagement assis, les bras croisés, dans une posture d’écoute respectueuse très représentative de ces années-là, tandis que le troisième tourne la tête vers l’horloge, comme s’il espérait que le temps s’accélère et que sonne enfin l’heure de la sortie. Et pourtant, la pendule n’affiche que 11h25 ! La patience est donc de rigueur(2) pour ce petit garçon !

Doisneau saisit dans cette scène un instant très précis de la vie d’une classe, sans que l’on sache si elle est spontanée ou posée(3). Le cliché est marqué par une composition forte qui oriente le regard vers la pendule, unique ligne courbe de la photographie principalement composée de lignes horizontales, verticales ou diagonales. Ainsi, l’horloge devient une personne à part entière, prenant presque la place du maître qu’on ne voit pas. Impatience ou ennui, il est difficile de se prononcer sur l’attitude des enfants mais le temps semble comme suspendu dans cette classe. La pendule nous permet de rentrer dans une classe primaire de l’Après-guerre et nous invite à découvrir comment les petits Français étudiaient à cette époque : dans des classes non mixtes, le port de l’uniforme n’est pas obligatoire mais l’écolier de droite porte une blouse. Les élèves ont des cartables en cuir plutôt que des sacs à dos. S’il est évident qu’une salle de classe du XXIe siècle ne ressemble plus beaucoup à celle de Doisneau, les préoccupations des élèves qui attendent la sonnerie, elles, paraissent ne pas avoir beaucoup changé !

Pour beaucoup, Doisneau à l’instar de(4) Prévert et de ses textes, est resté un poète du quotidien dont les clichés témoignent d’un amour incondition-nel de Paris et de ses habitants, petits ou grands.

Lexique

1. minimalistes (adj. m.p.) : simples
2. de rigueur : obligatoires
3. posée (adj. f.s.) : préparée à l’avance
4. à l’instar de (loc. prép.) : comme