Chez les Mayas Quiché, au Guatemala

Chez les Mayas Quiché,  au Guatemala

Par Chritian Puech

Dans les sociétés occidentales, basées sur la consommation et le spectacle, l’apparence et le jeunisme(1) l’emportent souvent sur le fond. La mode, dont on peut apprécier l’élégance et la créativité, joue un grand rôle qui peut être positif dans l’économie comme dans la culture. D’autant plus que l’image de soi participe au jeu de la séduction et peut concourir à une certaine réussite, de tous temps enviée(2).
Cependant, on peut également penser que la mode comble(3) un manque, souvent dû à des frustrations d’ordre social, économique ou autre. Elle s’épanouit dans les sociétés modernes où les traditions ont été battues en brèche(4) par idéologie et où l’on doute que le passé puisse éclairer l’avenir.
Dans une exposition ayant pour titre L’art et la manière de porter ses rides dans d’autres civilisations, j’ai eu l’occasion de montrer des femmes et des hommes qui présentent un visage différent de celui des Occidentaux. Un visage, d’après moi, plus vrai, plus conforme à la nature des choses et bien moins sujet aux effets de mode. Ces personnes portent fièrement sur leur visage le parchemin(5) qui conte(6) l’émouvante histoire de leur vie de combat, et souvent beaucoup plus. En effet, ces dernières sont dans l’enracinement(7), alors que nous sommes plutôt dans le mouvement.
Malheureusement, la force de l’uniformisation de type occidental est telle que l’on rencontre rarement des autochtones en tenue traditionnelle dans les grandes villes, où la population s’habille à l’européenne. Il faut aller dans les régions plus reculées pour rencontrer des hommes et des femmes qui continuent à porter leur costume traditionnel au quotidien.

Les Mayas Quiché
Chez les Mayas Quiché, les femmes tissent encore sur de petits métiers de ceinture, comme à l’époque préhispanique, les pièces de tissu qui constituent leurs vêtements traditionnels. Elles s’inspirent des motifs géométriques, zoomorphes(8) et naturalistes(9)
anciens empruntés au répertoire iconographique et mythologique maya. Elles emploient encore des laines colorées avec des teintes(10) naturelles chatoyantes(11), bien que les fibres synthétiques plus criardes(12) aient également envahi les marchés. Elles adorent y ajouter quelques fils dorés ou argentés, imitant les métaux précieux déjà employés avant la Conquista espagnole. La pièce tissée la plus importante (elle peut atteindre deux mètres cinquante), enroulée au niveau de la taille de la femme, tient lieu de robe, fermement tenue par une large ceinture. Cette dernière fait office(13) de porte-monnaie ou permet de dissimuler(14) un petit couteau. Ce sont les pièces les plus finement tissées. Pour se protéger  du soleil, les femmes  portent sur la tête une autre pièce tissée de forme carrée pliée en quatre, le tzut. Le huipile reste le corsage traditionnel, généralement brodé à la main, d’un décor floral de type tropical multicolore, parfois ajouré(15) ; certains sont de véritables merveilles.
Les femmes Quiché ont de beaux cheveux noir de jais(16) et brillants, symbole de leur féminité, sacrée chez  les  Mayas : la coiffure vient parachever(17) la toilette. Elle est souvent composée de deux tresses et s’inspire des fresques du Tikal, faisant ainsi partie intégrante de la culture traditionnelle. Elle ne suit jamais aucune mode, elle est simplement personnalisée : un ruban de satin de plusieurs couleurs, selon l’âge de la femme, est enroulé  avec les  deux tresses, pratique et simple pour se coiffer joliment. Des fleurs en laine ou coton réalisées au crochet(18) ornent les coiffures des femmes mûres, parfois agrémentées de petits foulards serpentant entre les tresses relevées sur la tête. C’est élégant et étonnant et preuve que les traditions ne sont pas incompatibles avec la variété. Ces coiffures sont appelées tocoyal, baghals,…
Les vêtements traditionnels des habitants des villages Quiché sont  tous légèrement  différents selon le village et l’ethnie. Ces différences leur ont été imposées par les Espagnols qui voulaient pouvoir les reconnaître dès qu’ils sortaient de leur village. Cette différenciation saute aux yeux des voyageurs qui visitent les villages qui entourent le lac Atitlan, ou les hautes terres du côté de Todos Santos. Là, par exemple, les hommes portent des pantalons rouges à rayures blanches.
Quelle que soit la façon de s’habiller ou de se coiffer, soyons sûrs que c’est la connaissance de l’autre, de ses traditions et de ses valeurs, qui favorise le « vivre ensemble », but suprême de la culture.

Christian Puech est un explorateur qui photographie la nature et ses habitants. Il a participé à de nombreuses expositions, que ce soit en France ou à l’étranger. Parmi celles-ci, Les peuples autochtones en  voie d’extinction, De l’Himalaya au Gange ou encore Diversité, nomadisme et liberté de choix de vie.
Blog : http:// christianpuech.wordpress.com

Lexique

1. jeunisme (n. m.s.) : volonté de donner plus d’importance à la jeunesse
2. enviée (adj. f.s.) : que tout le monde voudrait
3. comble (v. combler) : remplit, remplace
4. battues en brèche : combattues
5. parchemin (n. m.s.) : support à l’écriture
6. conte (v. conter) : raconte
7. enracinement (n. m.s.) : attachement au lieu d’origine
8. zoomorphes (adj. m.p.) : qui représentent des animaux
9. naturalistes (adj. m.p.) : qui représentent la nature
10. teintes (n. f.p.) : couleurs
11. chatoyantes (adj. f.p.) : aux couleurs chaudes
12. criardes (adj. f.p.) : aux couleurs exagérément voyantes
13. fait office (v. faire office) : remplace, tient lieu
14. dissimuler (v.) : cacher
15. ajouré (adj. m.s.) : aéré, ouvert, qui présente des espaces vides
16. noir de jais (adj. m.s.) : noir intense
17. parachever (v.) : terminer, mettre la touche finale
18. crochet (n. m.s.) : outil pour réaliser une sorte de tricot