Visite au Pays du matin calme

Visite au Pays du matin calme

par  Florence Teste

Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion d’aller en Corée du sud avec une collègue pour visiter une université à Chonnam, au sud du pays.

J’ai tout d’abord participé à quelques réunions de travail.
On pourrait imaginer qu’une réunion de travail ressemble à une autre, que ce soit à New-York, à Paris ou à Pékin. Bien sûr, dans une certaine mesure, c’est vrai. Toutefois, il y a aussi de très notables(1) différences : en Corée, par exemple, nous étions dans une pièce plutôt petite presque entièrement occupée par deux énormes canapés et deux gros fauteuils avec, au centre, une grande table basse.

DSCF8686On nous a offert un thé dans une magnifique théière en porcelaine fine et une grosse part d’un gâteau vert dégoulinant(2) de crème. Un gâteau au thé vert, nous a-t-on dit. Ça ressemblait tout à fait à un « tea time » avec des invités de marque(3)… En France, nous avons plutôt l’habitude de faire nos réunions de travail autour de tables, assis sur des chaises souvent peu confortables. Si nous buvons quelque chose, c’est généralement du café ou du thé en sachet et si nous mangeons, ce sont des gâteaux secs, des madeleines, des biscuits. Habituellement, rien qui se mange à la cuillère !
Nous avons discuté avec quelques professeurs qui parlaient dans  un anglais impeccable mais avec un accent asiatique « à couper au couteau(4) » ! Ils étaient  très attentifs et nous les sentions prêts à tout pour rendre notre séjour agréable.

Ensuite, on nous a proposé de nous emmener visiter le marché local. Des montagnes de choux, des piments, des poissons séchés, … Mais aussi des mixtures(5) bizarres. Je me demande bien ce qu’il peut y avoir dedans. En tout cas, ça sent… euh… ça sent… je ne saurais pas trop dire ce que ça sent mais… ça sent fort, c’est le moins qu’on puisse dire !
Le soir, notre hôte nous a invitées dans un restaurant coréen traditionnel. Il s’agissait d’une très belle bâtisse(6) de type asiatique.
A l’intérieur, sur les bords de la pièce principale, il y avait une sorte de trottoir en hauteur desservant(7) de petits bungalows. Dans chacun, un petit salon privé qui ne contenait qu’une table très basse. Pas de chaise !
Il fallait tout d’abord se déchausser à l’entrée de la pièce. Je me suis assise sur le petit trottoir, j’ai ôté(8) délicatement mes chaussures et j’ai posé les pieds sur la moquette(9). Mais avec un regard un peu désapprobateur(10), on m’a gentiment fait comprendre que ce n’était pas très   hygiénique…  Aïe… J’ai commis un impair(11) : je ne savais pas qu’il fallait enlever sa chaussure et poser son pied directement sur le trottoir.
Dans ces petits salons, les convives(12) s’assoient en tailleur(13) DSCF8712autour de la table basse. Heureusement, je portais un tailleur pantalon(14), ce qui facilitait la position assise. En revanche, ma collègue portait une jupe droite un peu serrée; elle ne pouvait pas s’asseoir facilement et a eu du mal à trouver une position confortable. Elle a passé tout le repas à essayer de trouver une solution pour ne pas avoir l’air ridicule.
Le professeur qui nous accompagnait est vraiment un homme incroyable. Avant mon voyage, j’avais échangé quelques mails avec lui, écrits dans un français très correct, érudit même. Il m’a expliqué qu’il avait étudié le français tout seul dans sa jeunesse grâce à seulement 2 livres : la Bible et un dictionnaire. Il lisait les phrases, cherchait tous les mots dans le dictionnaire puis déduisait(15) les règles de grammaire à travers ce qu’il comprenait. Ce qui explique son vocabulaire recherché.
Nous avons beaucoup parlé ; de très nombreux sujets ont été abordés. Par exemple, il nous a raconté qu’il pratiquait le yoga depuis très longtemps. En particulier, il faisait des équilibres(16) sur la tête, qu’il tenait pendant de longues minutes. Il a voulu nous faire une démonstration immédiate : il a poussé les coussins sur lesquels il était assis et le voilà le crâne sur le sol et les pieds en l’air, tout à côté de la table sur laquelle s’étalait notre dîner fin… Nous avons donc parlé de yoga, puisque je le pratique aussi depuis plusieurs années. Alors, pour ne pas démériter(17), j’ai fait moi aussi une démonstration (non, vous ne verrez pas la photo !!!). Évidemment, le professeur a voulu essayer lui aussi cette posture. C’était une scène à la fois d’une grande drôlerie, sans aucune forfanterie(18), en toute simplicité et gentillesse. Les autres participants au repas riaient de bon cœur(19) et nous étions ravis, le professeur et moi-même, de faire l’animation de ce repas qui aurait pu être un peu ennuyeux.

Mais non, vive l’amitié franco-coréenne !

1. notables (adj. f.p.) : remarquables, qu’on peut noter
2. dégoulinant (adj. m.s.) : qui coule
3. de marque : importants
4. à couper au couteau : très fort
5. mixtures (n. f.p.) : mélange indéterminé de divers produits ; terme assez négatif
6. bâtisse (n. f.s.) : bâtiment, construction
7. desservant (v. desservir) : donnant sur, ouvrant sur
8. ôté (v. ôter) : enlevé
9. moquette (n. f.s.) : sorte de tapis qui recouvre la totalité de la pièce
10. désapprobateur (adj. m.s.) : qui montre qu’il n’est pas  d’accord
11. commis un impair (v. commettre) : fait une erreur
12. convives (n. m.p.) : invités
13. (s’assoient) en tailleur : les jambes repliées, comme un yogi
14. tailleur pantalon (n. m.s.) : costume (veste + pantalon assortis) pour femme
15. déduisait (v. déduire) : imaginait, construisait à partir de suppositions
16. (faisait) des équilibres (n. m.p.) : pratiquait des postures de yoga où le corps est en équilibre
17. ne pas démériter : être à égalité
18. sans forfanterie : simplement, modestement, sans vouloir en faire trop
19. (riaient) de bon cœur : franchement et gentiment