Une ville, une œuvre : l’arbre des voyelles de Guiseppe Penone

par Daphné Brottet

Généralement, les œuvres d’art que le passant découvre au détour d’une rue, d’une place ou d’une fontaine, se montrent avec force. Leurs tailles imposantes, leurs formes et leurs revêtements(1) parfois colorés surprennent et obligent à s’arrêter. Bien souvent, un aménagement de l’espace est nécessaire pour mieux les voir et en faire le tour. Cependant, en plein cœur de Paris, au Jardin des Tuileries, se cache une œuvre monumentale de Guiseppe Penone depuis 1999. Longue de 30 mètres, elle se découvre de très près.

Cette création m’interpelle particulièrement car si sa forme s’aperçoit de loin, l’œuvre s’appréhende(2) en s’approchant d’elle. Pour dire simplement les choses, cette sculpture est un moulage(3) en bronze d’un arbre et de ses racines.
Grâce à sa matière, L’arbre des voyelles retrouve les tons chromatiques(4) de son modèle pour se fondre dans le décor naturel. Le bronze est un matériau qui résiste au temps mais qui s’oxyde(5) aussi. Cette oxydation est de couleur verdâtre et fait ressembler la matière à une feuille ou à du bois. Si l’artiste italien a employé le bronze «… c’est parce qu’il est une fossilisation(6) idéale du végétal». Nombre de ses créations sont issues de cette volonté de rendre le geste invisible.
L’aspect poétique de cette œuvre réside dans la puissance de sa présence tout en se dissimulant dans ce jardin. Il n’y a pas de supercherie(7) ! Cette copie d’un arbre sorti de terre par une tempête est bien à sa place et se transforme avec le temps. L’arbre à voyelles prend vie alors qu’il se présente comme un arbre mort. Grâce au bronze, cette œuvre retrouve un état de nature. Bien que statique(8), cette sculpture intègre à nouveau son environnement pour mieux en révéler son aspect changeant.

Sorte de non-finito(9) de Michel-Ange (sculpteur italien du XVème siècle), l’œuvre surgit(10) de la broussaille(11) d’un jardin dénudé en hiver, révélant ses formes, ou, dans un cadre verdoyant en été, créant alors une sorte de désordre dans son agencement « à la française ».

Post scriptum sur l’art contemporain…
En périphérie(12) de la capitale, de nombreux lieux d’art contemporain mènent des projets de haute qualité. Ils s’implantent en banlieue (région Île-de-France) pour y développer des actions en lien avec les habitants et avec l’international. Faciles d’accès, ces endroits (institutionnels, associatifs, collectifs et même des galeries privées) méritent une attention particulière.

Les sites :
http://www.tram-idf.fr et http://www.paris-art.com proposent un annuaire de ces espaces dédiés à l’art contemporain. Ils apportent une première vision de toute l’étendue des propositions artistiques qui s’ajoutent à celles présentées tout au long de l’année « à la capitale! ».

Lexique :
1. revêtements (n. m.p.) : matériaux qui recouvrent un objet
2. s’appréhende (v. s’appréhender) : se découvre
3. moulage (n. m.s.) : technique de reproduction à l’identique d’un objet
4. chromatiques (adj. m.p.) : de la gamme des couleurs
5. s’oxyde (v. s’oxyder) : change de couleur à cause d’une réaction chimique
6. fossilisation (n. f.s.) : processus qui permet le passage de la matière organique d’un organisme mort à une empreinte minérale.
7. supercherie (n. f.s.) : tromperie, malhonnêteté
8. statique (adj. f.s.) : immobile
9. non-finito : de l’italien, non achevé, voulu par Michel- Ange (style)
10. surgit (v. surgir) : sort, se détache
11. broussaille (n. f.s.) : végétation sauvage
12. en périphérie : au bord de, extérieur à la ville