« une élégance toute aristocratique(1) » Givenchy

par Cécile Josselin

Impossible de parler d’Hubert de Givenchy  sans penser immédiatement à Audrey Hepburn et à Cristóbal Balanciaga. La première fut sa muse(2), le second son mentor. Tous les deux ont, selon l’aveu du couturier, changé sa vie et fait de cet aristocrate l’un des plus grands créateurs de la mode
française.

GIVENCHY_Woman 2_SS13_HDHubert de Givenchy n’a que vingt-quatre ans quand il crée sa propre maison de couture. Né à Beauvais en 1927, le jeune homme était pourtant destiné à une tout autre carrière : clerc de notaire. Mais c’était sans compter sur la vocation(3) de l’adolescent pour la mode. Fasciné par le travail de Balenciaga qui restera toute sa carrière son maître à penser, il fait ses débuts chez Jacques Fath dès l’âge de dix-sept ans, recommandé par une amie de la famille. Deux ans après, il entre chez Robert Piguet comme styliste. Il passe ensuite chez Lucien Lelong, avant de devenir six mois plus tard le premier assistant d’Elsa Schiaparelli, pour qui il crée des accessoires, des bijoux et des vêtements.

Se sentant désormais prêt pour voler de ses propres ailes(4), Givenchy crée sa propre maison en 1952 à deux pas du parc Monceau, grâce au président de Prisunic, Louis Fontaine. Ses premières pièces rencontrent un tel succès que le New-York Times n’hésite pas à titrer : « A star is born » (une star est née).

Sa première création emblématique est alors La blouse Bettina. Portée par la mannequin et attachée de presse de la maison, Bettina Graziani. La tenue est immortalisée par René Gruau. Il faut ensuite citer Les séparables (1952-53), composés de jupes légères et de blouses à manches bouffantes(5), sa Robe-chemise qui deviendra la Robe-sac (1955). Même si cette dernière a été accueillie avec scepticisme(6) par la presse française, les clientes américaines l’adoptent très vite. Séduites par les talents du jeune homme, les clientes célèbres ne tardent pas à affluer(7). Parmi celles-ci, Jacky Kennedy dont il contribua à créer le style, mais aussi Grace de Monaco qui dispute à Marlène Dietrich, Greta Garbo et Lauren Bacall le privilège d’être habillée par le jeune couturier. Mais c’est bien sûr Audrey Hepburn qui est devenue la meilleure ambassadrice du couturier français, à la ville comme à l’écran.

GIVENCHY
GIVENCHY

Givenchy pensait rencontrer Katharine Hepburn sur le tournage de Sabrina, mais c’est en réalité Audrey Hepburn qui fait le film. Tout de suite, une grande complicité les unit et l’actrice l’impose partout comme costumier. On lui doit ainsi la magnifique robe de bal en organdi blanc bordé de motifs floraux(8) en fils de soie noirs, qu’Audrey  porte dans Sabrina, comme la célèbre petite robe noire de Diamant sur canapé. La même année, Givenchy est présenté à Balanciaga, qui devient son meilleur ami et l’aide à racheter son affaire en 1955. Deux ans plus tard, Hubert de Givenchy décide avec son frère aîné de créer les Parfums Givenchy. Premiers parfums de la marque, le De (en référence à la particule du jeune Français) et l’Interdit rencontrent immédiatement un grand succès. Ils sont suivis par des parfums pour homme comme Monsieur de Givenchy et l’Eau de Vétiver dont il se parfume lui-même. Une initiative payante(9) qu’il rééditera en 1973, date à laquelle il prête son élégante silhouette à sa toute nouvelle ligne de prêt-à-porter masculine Gentleman Givenchy.  Dans le même temps, il lance diverses licences pour une ligne de maquillage et de soins signée des quatre G de son logo, mais aussi du linge de table, une voiture, en passant par la décoration de deux hôtels. Comprenant que l’avenir est aux grands groupes, il finit par vendre sa maison à LVMH en 1987, puis prend sa retraite en 1996. Il confie alors les « clefs » de la maison à John Galliano, vite remplacé par Alexander McQuenn et Julien Mac Donald.
En mars 2005, c’est au tour du créateur italien Riccardo Tisci de prendre la relève. C’est lui désormais qui donne à la marque ce ton jeune et médiatique qui le caractérise aujourd’hui.

Rayonnement mondial de la marque
S’il est représenté dans peu de pays en occident, deux en Europe (en France et au Royaume-Uni) et deux en Amérique (aux USA et au Canada, où il jouit d’une grande renommée), Givenchy est également présent au Moyen-Orient et en Asie du sud-est, où des boutiques Givenchy sont ouvertes dans quatorze    pays.

Produit phare
L’interdit
L’interdit fait partie des deux premiers parfums de la marque. Commercialisé en 1957, la légende veut que ce nom soit dû au veto qu’aurait prononcé Audrey Hepburn en apprenant que son parfum personnel allait être proposé au grand public. La version officielle est bien différente. « J’ai pensé que lorsqu’on interdit quelque chose à des enfants, ils ont tout de suite envie de l’essayer », confie Hubert de Givenchy.

En acceptant de poser pour la campagne publicitaire, l’actrice est devenue la première star associée à un parfum. En flattant(10) la clientèle américaine, ce choix a assuré le succès du parfum.

1. aristocratique (adj. f.s.) : noble
2. muse (n . f.s.) : celle qui donne l’inspiration pour créer
3. vocation (n. f.s.) : goût profond associé à une volonté de suivre une carrière professionnelle
4. voler de ses propres ailes (expression) : prendre son indépendance
5. bouffantes (adj. f.p.) : très amples, comme des ballons
6. scepticisme (n. m.s.) : doute
7. affluer (v.) : arriver en grand nombre
8. floraux (adj. m.p) : composés de fleurs
9. payante (adj. f.s.) : qui a des conséquences favorables
10. flattant (part. présent du v. flatter) : faisant des compliments

 

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