Thomas Gunzig, un auteur qui prend sa revanche sur l’école

Thomas Gunzig,  un auteur qui prend sa revanche sur l’école

Par Marine Schmets

Le Belge Thomas Gunzig n’est pas un auteur comme les autres. Amateur d’arts martiaux, il est notamment connu pour avoir racheté ses droits d’auteur en provoquant en duel son éditeur sur la Foire du livre de Bruxelles.

La Ministre en charge de la culture à l’époque a eu beau(1) s’opposer à cette « sauvagerie », le duel a bien eu lieu et Gunzig l’a emporté. Si son dernier ouvrage s’intitule La vie sauvage (2017), il n’a cependant aucun rapport avec cet événement, il s’agirait plutôt d’un clin d’œil à Vendredi ou la vie sauvage. Jugez plutôt : Charles est un enfant qu’on pensait disparu à tout jamais, non pas suite à un naufrage, mais bien après un accident d’avion dans la jungle africaine. Recueilli par les indigènes(2), il y grandit et n’est retrouvé que quinze ans plus tard. Il est alors ramené en Europe dans ce qui lui reste de famille et brusquement scolarisé.

Si la trame est improbable (le protagoniste(3) a notamment lu tous les grands classiques avec son précepteur dans la jungle), ce n’est qu’un prétexte pour mieux décrire alors le système scolaire de l’intérieur. Le regard et le ton sont acerbes(4), tout le monde y passe : l’école « d’une laideur si brutale et finalement si volontaire, […] Sans doute que les référents de la prison et de l’hôpital avaient guidé inconsciemment l’architecte » ; les enseignants, « petite faune(5) épuisée(6) par les élèves démotivés, les règlements contradictoires, les horaires hachés(7), les programmes absurdes et un salaire suffisant à peine à la survie », sans compter la direction et la psychologue. Le monde le plus sauvage n’est finalement pas celui qu’on croit. Dès lors, tout au long du récit, Charles ne souhaitera qu’une chose : retourner en Afrique pour ne plus vivre « ces jours parfumés à la craie(8), à l’encre, à l’eau croupie(9) des éponges, la frustration d’élèves qui se sentaient comme en prison et de professeurs dont la fréquence des arrêts-maladie trahissait le mal-être. »

Aujourd’hui écrivain à l’origine d’une production multiforme (nouvelles, roman, théâtre), mais aussi professeur de littérature dans deux écoles supé-rieures artistiques de Bruxelles et enfin chroniqueur pour la station de radio La Première, Thomas Gunzig est pourtant dyslexique(10). À l’âge de douze ans, on l’estime inapte(11) à poursuivre ses études dans l’enseignement traditionnel qu’il quitte alors pour des classes spécialisées. Il y passe plusieurs années assez seul, emportant des livres pendant la récréa-tion pour avoir le droit de la passer sans être obligé de jouer avec ses camarades bizarres. Il dit avoir découvert la littérature ainsi. Ce qui ne devait être qu’un refuge ou une excuse est pourtant devenu une passion et un métier, et ce, contre toute attente des conseillers d’orientation…

Lexique

1. a eu beau (v. avoir beau) : a essayé inutilement
2. indigènes (n. m.p.) : personnes qui vivent là où elles sont nées
3. protagoniste (n. m.s.) : personnage principal
4. acerbes (adj. m.p.) : acides, vifs, agressifs
5. faune (n. f.s.) : ensemble des animaux d’une zone
6. épuisée (adj. f.s.) : fatiguée
7. hachés (adj. m.p.) : coupés en plusieurs parties
8. craie (n. f.s.) : bâton de calcaire qu’on utilisait pour écrire au tableau noir
9. croupie (adj. f.s.) : sale et immobile
10. dyslexique (adj. m.s.) : qui a des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture
11. inapte (adj. m.s.) : incapable

téléchargez gratuitement la version imprimable de Thomas Gunzig, un auteur qui prend sa revanche sur l\'école

Je souhaite recevoir la newsletter