Théophile Gautier

par Florence Teste

L’auteur

Théophile Gautier est né à Tarbes en 1811. Son père, fonctionnaire des impôts, emmène la famille à Paris où il grandit. Il fréquente très tôt les artistes comme Gérard de Nerval et Victor Hugo. Avec eux, il participe à la fameuse «bataille d’Hernani», qui oppose les Classiques et les Romantiques.

Il se lie également avec Honoré de Balzac, et écrira plus tard une biographie à son sujet. En 1836, il devient critique d’art dans le journal La presse puis dans Le moniteur universel. A partir de 1840, il voyage beaucoup : en Espagne, en Algérie, en Italie, en Russie, en Angleterre,… Il écrit des poèmes, des nouvelles, des romans mais aussi le livret du célèbre ballet Giselle. Il est très influent dans le milieu littéraire et est même considéré par certains écrivains comme chef d’école. Baudelaire lui dédie Les fleurs du mal, le qualifiant de « poète impeccable(1) ». Il meurt en 1872 d’une crise cardiaque. Il est enterré au cimetière de Montmartre à Paris.

Son œuvre

Théophile Gautier est aussi connu pour ses poèmes que pour ses contes, ses nouvelles fantastiques et  ses romans, tels que le fameux roman historique Le capitaine Fracasse.

Il appartient au mouvement des Romantiques, qu’il défendra toute sa vie avec force. Voici une citation tirée de la préface de Mademoiselle de Maupin, très caractéristique  de cette école : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme(2)  nature. »

Le pied de momie

Le narrateur(3) recherche chez un antiquaire un objet original qui lui servira de serre-livres(4). Il décide d’acheter le pied d’une momie(5), un vrai pied humain momifié. Plus tard, en rentrant chez lui, il s’aperçoit que le pied qu’il avait posé sur son bureau bouge. De plus, une jeune fille qui n’a qu’un pied se trouve dans sa chambre

L’extrait

L’extrait proposé ici se situe au moment où le narrateur choisit le pied dans la boutique de l’antiquaire.

« Ce pied fera mon affaire », dis-je au marchand, qui me regarda d’un air ironique et sournois(6) en me tendant l’objet demandé pour que je pusse l’examiner plus à mon aise.

Je fus surpris de sa légèreté; ce n’était pas un pied de métal, mais bien un pied de chair, un pied embaumé(7), un pied de momie : en regardant de près, l’on pouvait distinguer le grain(8) de la peau et la gaufrure(9) presque imperceptible(10) imprimée par la trame(11) des bandelettes. Les doigts étaient fins, délicats, terminés par des ongles parfaits, purs et transparents comme des agates(12); le pouce, un peu séparé, contrariait heureusement le plan des autres doigts à la manière antique, et lui donnait une attitude dégagée, une sveltesse(13) de pied d’oiseau; la plante, à peine rayée de quelques hachures(14) invisibles, montrait qu’elle n’avait jamais touché la terre, et ne s’était trouvée en contact qu’avec les plus fines nattes(15) de roseaux du Nil et les plus moelleux tapis de peaux de panthères.

« Ha ! ha ! vous voulez le pied de la princesse Hermonthis, dit le marchand avec un ricanement(16) étrange, en fixant sur moi ses yeux de hibou(17) : ha! ha! ha! pour un serre-papier(4) ! idée originale, idée d’artiste; qui aurait dit au vieux Pharaon que le pied de sa fille adorée servirait de serre-papier l’aurait bien surpris, lorsqu’il faisait creuser une montagne de granit(18) pour y mettre le triple cercueil(19) peint et doré, tout couvert d’hiéroglyphes avec de belles peintures du jugement des âmes, ajouta à demi voix et comme se parlant à lui-même le petit marchand singulier.

Bibliographie choisie

  • La cafetière, 1831
  • Mademoiselle de Maupin, 1835
  • La morte amoureuse, 1836
  • Le pied de momie, 1838
  • Emaux et camées, 1851
  • Honoré de Balzac, 1859
  • Le capitaine Fracasse, 1863

A lire et à écouter
(texte et fichier audio)

http://www.audiolivres.info/texte-le-pied-de-momie-de-theophile-gautier

1. impeccable (adj. m.s.) : absolument parfait, irréprochable
2. infirme (adj. f.s.) : malade, handicapée
3. narrateur (n. m.s.) : personne qui raconte
4. serre-livres, serre-papier : objet qui sert à maintenir les livres et papiers groupés
5. momie (n. f.s.) : corps d’une personne morte qui a été traité pour être conservé très longtemps
6. sournois (adj. m.s.) : qui cache ce qu’il pense vraiment
7. embaumé (adj. m.s.) : traité pour être conservé très longtemps
8. grain (n. m.s.) : matière qui constitue, finesse ou rugosité
9. gaufrure (n. f.s.) : relief fait de rayures creuses puis bombées
10. imperceptible (adj. f.s.) : qu’on ne peut pas sentir
11. trame (n. f.s.) : structure
12. agates (n. f.p.) : pierres transparentes
13. sveltesse (n. f.s.) : finesse, minceur
14. hachures (n. f.p.) : rayures, lignes, traits
15. nattes (n. f.p.) : sortes de petits tapis tressés
16. ricanement (n. m.s.) : rire mauvais, méprisant et moqueur
17. hibou (n. m.s.) : oiseau de nuit
18. granit (n. m.s.) : variété de pierre dure
19. cercueil (n. m.s.) : coffre, boîte où l’on met le corps d’une personne morte

téléchargez gratuitement la version imprimable de Auteur N°15

Je souhaite recevoir la newsletter