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Claude Monet impressionné par Londres

Par Axelle Negrignat


Monet a découvert les œuvres de Turner en 1870 lors d’un premier séjour à Londres. Séduit par son traitement du célèbre smog londonien, il est revenu plusieurs fois dans la capitale britannique et a exécuté une centaine de tableaux sur le thème du brouillard sur la Tamise.

Chef de file de l’Impressionnisme, Claude Monet

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considérait la lumière comme le personnage principal de ses peintures et travaillait depuis 1890 sur le principe de la série, afin de parvenir à fixer sur la toile les multiples variations de l’atmosphère d’un même paysage. Londres en hiver, avec son smog, le brouillard qui enveloppait la ville au XIXe siècle, avait tout pour émerveiller Monet. Empreint(1) du souvenir de l’œuvre de Turner mais aussi de Whistler, il a peint entre 1899 et 1904 les ponts de Waterloo et de Charing Cross depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel ainsi que le Parlement depuis l’autre rive du fleuve. En vrai passionné, il se lançait simultanément dans plusieurs toiles, passant de l’une à l’autre selon les heures de la journée afin de capter au mieux les jeux de lumières sur les imposantes(2) formes architecturales.
Comme le peintre a achevé la plupart de ces œuvres dans son atelier de Giverny (non loin de Paris) à partir de photographies, on pourrait se demander si ces tableaux étaient bien fidèles à la réalité. Mais ce n’est finalement pas là une question pertinente car ses compositions privilégiaient clairement la couleur pure et la lumière, n’accordant que peu d’importance aux détails. Les paysages et les formes semblent se dissoudre(3) dans le brouillard et la pluie, ce qui donne à la ville un aspect fantomatique, presque irréel, inédit.
Au XIXe et au début du XXe siècle, les échanges culturels et artistiques entre la France et l’Angleterre étaient en plein essor(4). Les idées modernes voyageaient aisément et traversaient les frontières. En France et en Angleterre, pays voisins uniquement séparés par la Manche, les artistes se sont mutuellement influencés, que ce soit pour la naissance de l’Impressionnisme français ou pour l’art des peintres anglais.
Cet été, une grande exposition au Petit Palais de Paris rendra d’ailleurs hommage aux « Impressionnistes à Londres ». A ne pas manquer !

Lexique
1. empreint (adj. m.s.) : rempli, plein
2. imposantes (adj. f.p.) : grandes, fortes, importantes
3. se dissoudre (v.) : disparaître, se fondre
4. essor (n. m.s.) : développement

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Quand le football fascine Nicolas de Stael…

Axelle Négrignat

C’est une véritable révélation que vit le peintre Nicolas de Stael à l’occasion d’un match de football. On est en 1952 et Nicolas de Stael commence alors une série d’une dizaine d’œuvres, connues sous le titre Les grands footballeurs, qui montre sa fascination pour le mouvement et les couleurs.

Peintre russe né en 1914 et ayant fui la révolution pour s’installer en France en 1943, Nicolas de Stael a occupé une place unique dans le monde de l’art de l’Après-guerre, dépassant largement la simple opposition « figuration(1) / abstraction(2) ». Quand il assiste à un match amical France – Suède le 26 mars 1952, c’est presque par hasard que l’artiste se trouve au Parc des Princes, car il n’avait jamais été auparavant habité par la moindre passion pour le football. Cependant, il vit ce jour-là un véritable choc artistique. De nature hyper sensible, il voit dans ce sport quelque chose qui relève du merveilleux. Cela a été une telle révélation qu’il a quitté pour un temps l’abstraction afin d’entrer dans une longue période de figuration. Cette volte-face(3) artistique lui a valu les foudres(4) de ses détracteurs(5) qui la considérèrent comme une forme de trahison au mouvement auquel il était supposé appartenir.

Il est aisé de comprendre comment le sport, alliant mouvement et vitesse, peut être une source d’inspiration pour un peintre. Nicolas de Stael s’est lui-même dit non seulement enthousiasmé mais aussi ébloui pour la matière en mouvement telle qu’il a pu la percevoir sur le terrain de football. Dans des tableaux de plus en plus grands, il a déployé(6) de larges bandes de couleurs étalées(7) avec fermeté à la truelle(8) pour retranscrire la beauté du geste de ces sportifs unis dans le même désir de victoire. La pièce maîtresse, Le Parc des Princes, atteint près de 7 m2 ! Cette immense toile laisse sortir de la matière des corps blancs, ocres, verts, bleus, qui semblent à tout moment pouvoir être engloutis(9) par un grand fond noir. La bataille des masses et des formes sur la toile rejoint la bataille des joueurs sur le terrain.

Pour admirer ces œuvres uniques dans le parcours de l’auteur, il faudra se rendre à la Fondation Giannada de Martigny, en Suisse où seule une toile est exposée de manière permanente. Les autres sont visibles uniquement lors de rétrospectives de cet artiste disparu trop tôt, en 1955.

Lexique
1. figuration (n. f.s.) : représentation de la réalité
2. abstraction (n. f.s.) : interprétation de la réalité
3. volte-face (n. f.s.) : demi-tour
4. a valu les foudres : a suscité de vives critiques
5. détracteurs (n. m.p.) : personnes opposées
6. a déployé (v. déployer) : a déposé
7. étalées (adj. f.p.) : disposées à plat
8. truelle (n. f.s.) : outil de maçon qui permet de déposer une couche épaisse
9. engloutis (adj. m.p.) : avalés, mangés

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