Archives pour l'étiquette musicien

Les victoires de la musique 2018

Par Florence Teste

Les Victoires de la musique ont récompensé, cette année comme d’habitude, les artistes masculins et féminins les plus remarquables de l’année. Mais plus encore, en 2018, elles auront consacré un style de musique que l’on n’était pas accoutumé(1) à voir sur les scènes « officielles » : le rap.
Jusqu’alors, le rap faisait figure de musique « à part », jouée dans les quartiers plutôt défavorisés, par des jeunes en rupture avec le reste de la société. Aujourd’hui, le rap est enfin considéré comme un style à part entière, ouvert à tous les publics. Preuve en est que les artistes qui le représentent ne sont plus nommés uniquement dans la catégorie « rap », mais dans des domaines plus généraux. C’est ainsi que Orelsan a remporté les Victoires de l’Artiste masculin, des Musiques urbaines et de la Création audiovisuelle. La Victoire de la Chanson originale a été attribuée à Bigflo & Oli pour Dommage, celle de l’Album de chansons à MC Solaar pour Géopoétique ; enfin, la Victoire de la Révélation scène à Gaël Faye. Six Victoires sur douze. C’est un record !

Il faut dire que le rap ne se cantonne(2) plus à des textes portant de violentes revendications sociales, aboyés(3) par des jeunes de banlieue qui portent de grosses chaînes en or, qui sont entourés de voitures de luxe et de jeunes filles peu vêtues, qui ont des voix rauques(4) et qui brandissent(5) leur poing levé contre les riches sur une musique lancinante(6)… La caricature existe mais il y a aussi un rap plus accessible et plus « artistique ».

En France, on peut considérer que le premier rappeur a été MC Solaar, en 1995. Il proposait déjà des textes de grande qualité, qui dévoilaient toute sa poésie. On peut également citer Abd Al Malik en 2008 ou encore Stromae en 2014. Orelsan, lui, est moins poétique mais il poursuit très clairement la critique sociale : par exemple, Basique, son clip qui a été vu près de cinquante millions de fois sur la Toile(7), dénonce certaines évidences qui devraient nous faire réagir mais qui sont acceptées telles quelles car elles font totalement partie de nos vies quotidiennes.

Cent personnes possèdent la moitié des richesses du globe (simple)
Tu s’ras toujours à un ou deux numéros d’avoir le quinté dans l’ordre (basique)
Si t’es souvent seul avec tes problèmes, c’est parce que souvent l’problème c’est toi (simple)

Oui, on peut dire que le rap a trouvé sa place dans le paysage musical français.

Gaël Faye, artiste éclectique

Vu lors de cette soirée des Victoires de la musique, Gaël Faye, qui a reçu la Victoire de la « Meilleure révélation scène ». Effectivement, il faut le voir sur scène. Il y a dans toutes ses prestations, que ce soit dans une petite salle ou lors d’une grande cérémonie, une profondeur et une force qui impressionnent. Regardez par exemple le morceau qu’il a chanté lors de la soirée des Victoires de la musique (https://www.youtube.com/watch?v=9i4n6FVhhvc).

Il est difficile de mettre une étiquette sur un artiste comme Gaël Faye. C’est un musicien, un rappeur, oui. La Victoire qu’il vient de recevoir prouve la reconnaissance de ses pairs(8), même s’il n’est pas encore parfaitement connu du grand public. Mais la musique n’est pas son seul champ d’excellence : il a signé un roman autobiographique, Petit pays, pour lequel il a également reçu, en 2016, plusieurs prix, dont le prix Goncourt des lycéens. Il y raconte la vie d’un jeune garçon qui traverse une enfance calme et heureuse au Burundi jusqu’à la séparation de ses parents et la guerre civile qui déchire tout sur son passage et fait de lui un immigré.

Gaël Faye est franco-rwandais : sa mère est rwandaise et son père français. Il est né et a grandi à Bujumbura, au Burundi, jusqu’à ce que la guerre l’exile vers la France en 1995, il a alors treize ans. Avec Edgar Sekloka, il forme pendant un temps le duo Milk coffee and sugar. Puis son premier album solo, Pili pili sur un croissant au beurre, rencontre un succès rapide. Un documentaire intitulé Quand deux fleuves se rencontrent, réalisé par Nicolas Bozino et Toumani Sangaré, retrace son parcours.

«Mon père est un gentil chasseur de croco. Et moi, je suis un enfant. Aussi petit qu’un Pygmée. Et j’en pleure et j’en ris.»
Gaël FayeQuand deux fleuves se rencontrent.
Film réalisé par Toumani Sangaré et Nicolas Bozino
https://vimeo.com/82387913

Sa musique autant que son écriture portent à la fois puissance et poésie. Et le personnage lui-même ne manque pas de charisme. Gaël Faye, révélation, c’est sûr !

J’ai débarqué Paris d’un monde où l’on te rêve
J’ai fui les périls, les déserts où l’on crève
Tu m’as ouvert tes bras, toi ma Vénus de Milo
Tu brillais trop pour moi, je n’ai vu que ton halo

 

Lexique
1. était accoutumé (v. accoutumer. Passif) : était habitué
2. se cantonne (v. se cantonner) : se limite
3. aboyés (adj. m.p.) : criés
4. rauques (adj. m.p.) : durs, rudes, âpres
5. brandissent (v. brandir) : lèvent
6. lancinante (adj. f.s.) : répétitive
7. Toile (n. f.s.) : internet
8. pairs (n. m.p.) : égaux, personnes de même catégorie

téléchargez gratuitement la version imprimable de Musique 61

Je souhaite recevoir la newsletter

Johnny est parti !

Serge Gainsbourg lors d’une émission mémorable en 1986 (Apostrophes) avait déclaré que la chanson était un art « mineur », par opposition à la peinture, la musique ou encore la littérature en ceci qu’elles nécessitent une initiation. Il avait été ensuite contredit par Guy Béart et bien d’autres encore, pour qui la chanson est un art tout court.
C’est toute la chanson française, et toute la France avec elle, qui sont en deuil(1) depuis ce 6 décembre :
Johnny Hallyday est décédé. Il avait soixante-quatorze ans et était atteint d’un cancer du poumon.
Parmi les Français, tout le monde n’aimait pas Johnny Hallyday en tant que musicien. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire qu’il était un phénomène à lui tout seul et les hommages sont unanimes. De grandes funérailles(2) ont même été organisées : descente des Champs-Elysées, cortège de motos (sa passion), discours du président de la République, hommage de milliers de ses fans.

Sa carrière
Tout d’abord, la carrière de Johnny, de son vrai nom Jean-Philippe Smet, a commencé en 1960, alors qu’il avait dix-sept ans. Très rapidement, il devient L’idole des jeunes, apportant une bouffée(3) de rock’n’roll dans la chanson française. Il a continué la musique quasiment jusqu’à ses derniers jours puisqu’en novembre, il était encore en train d’enregistrer son prochain album.
En presque soixante ans de carrière, il a su épouser les différentes modes musicales en travaillant avec ceux qui faisaient évoluer la musique : Charles Aznavour, Michel Berger, Jean-Jacques Goldman, Pascal Opispo, Zazie ou encore Gérald De Palmas. Il a également collaboré avec son fils David, avec qui il a sorti l’album Sang pour sang. Johnny a aussi joué dans une trentaine de films.
En France, on a beaucoup comparé Johnny à Elvis Presley. Il a d’ailleurs adapté une vingtaine des titres du King Elvis et plus généralement, plus de deux cents morceaux de rock, blues et autres musiques américaines. Johnny Hallyday a vendu plus de cent dix millions d’albums. Il a également donné d’incroyables spectacles, remplissant des stades entiers. Il représentait la « rock’n’roll attitude », la puissance, l’énergie mais aussi la sensibilité et l’instinct.

Ses chansons
Johnny Hallyday a interprété plus d’un millier de chansons. Parmi elles, j’en ai choisi deux que j’aime particulièrement. Il s’agit de deux chansons écrites et composées par Michel Berger.
La première date de 1981: Diego. On peut penser que l’auteur y dénonce les dictatures sud-américaines des années 80. Ce titre a déjà été chanté en 1981 par France Gall, l’épouse de Michel Berger, et par Michel Berger lui-même en 1983. Johnny le reprend en 1990. Il lui donne une atmosphère différente de celle d’origine, plus de puissance et d’intensité.

Derrière des barreaux
Pour quelques mots
Qu’il pensait si fort
Dehors il fait chaud
Des milliers d’oiseaux
S’envolent sans effort
Quel est ce pays
Où frappe la nuit
La loi du plus fort ?
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
S’endort peut-etre…
Et moi qui danse ma vie
Qui chante et qui rit
Je pense à lui
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
Déjà mort peut-être…

La seconde a été composée en 1985, également par Michel Berger. Ce dernier connaît l’admiration de Johnny pour le dramaturge(4) américain, auteur de Un tramway nommé désir, La chatte sur un toit brûlant ou encore La ménagerie de verre. Il lui écrit cette chanson qui restera l’une des préférées du public français.

On a tous
Quelque chose en nous de Tennessee
Cette volonté de prolonger la nuit
Ce désir fou de vivre une autre vie
Ce rêve en nous avec ses mots à lui
Quelque chose de Tennessee
Cette force qui nous pousse vers l’infini
Y a peu d’amour avec tell’ment d’envie
Si peu d’amour avec tell’ment de bruit
Quelque chose en nous de Tennessee
Ainsi vivait Tennessee
Le cœur en fièvre et le corps démoli
Avec cette formidable envie de vie
Ce rêve en nous c’était son cri à lui

Johnny Hallyday restera dans la mémoire des Français comme une véritable légende.

Lexique
1. deuil (n. m.s.) : période après la mort de quelqu’un
2. funérailles (n. f.p.) : cérémonie pour célébrer une personne qui vient de mourir
3. bouffée (n. f.s.) : dose, quantité
4. dramaturge (n. m.s.) : auteur de pièces de théâtre

téléchargez gratuitement la version imprimable de Musique

Je souhaite recevoir la newsletter

Vianney, musicien et voyageur

Connaissez-vous les Victoires de la musique ? Cela pourrait s’apparenter aux Césars ducinéma : plusieurs artistes sont nommés dans différentes catégories comme « la chanson de l’année », « l’artiste féminine », « l’album révélation », « le clip vidéo » ou encore « le spectacle musical », et l’un d’entre eux est choisi à la suite d’un vote effectué par ses pairs.
Cette année, pour « l’artiste masculin de l’année », étaient nommés Kendji Girac, Dominique A et Vianney. Et c’est ce dernier qui a remporté la célèbre récompense.
LCFF a rencontré pour vous ce jeune auteur-compositeur-interprète.

LCFF : Vous écrivez vos chansons en français, quels rapports entretenez-vous avec les langues ?

Vianney : Le français est ma langue maternelle, mais j’ai étudié l’anglais et le suédois. J’ai d’ailleurs vécu en Angleterre où je ne parlais qu’anglais. L’apprentissage d’autres langues m’a fait apprécier encore plus le français. Je me suis aperçu à quel point elle est exceptionnelle et précise. Le message que je transmets, les images que je décris dans mes chansons sont très importants pour moi, c’est pour ça que j’écris en français, dans la langue que je maîtrise le mieux. Finalement, faire sonner le français, même pour un francophone, c’est un défi en soi.

Vous avez l’habitude de voyager, vous êtes allé à Berlin et à Stockholm seul à vélo depuis Paris, vous avez fait le tour de France en scooter. Qu’est-ce que vous aimez dans le voyage ?

Le voyage est une manière de me remettre en question et de prendre de la distance par rapport à ma vie et à mon métier. Cela me permet de relativiser, de me détacher des choses et de revenir plus serein dans mon quotidien. Malgré la notoriété, les gens ont toujours quelque chose de vrai à offrir.

Vous êtes très actif sur les réseaux sociaux, pourquoi ?

Les réseaux sociaux représentent un lien incroyable avec le public. Le public me donne tellement, que c’est une façon de donner à mon tour. C’est aussi un bon moyen pour avoir des retours de la part des gens, un peu comme un baromètre. Bien sûr, les réseaux sociaux ne permettent pas un contact individuel mais je prends quand même le temps de tout lire.

On voit dans vos clips qu’il y a un véritable sens de l’esthétique. Vous n’êtes pas qu’un musicien, n’est-ce pas ?

Effectivement, je vois la musique comme un ensemble. Le message est important mais il faut aussi habiller les chansons, c’est un tout. J’ai la chance de ne pas avoir à porter de déguisement et de pouvoir être à la vie comme à la scène.

Emilie Orzalesi

téléchargez gratuitement la version imprimable de Musique Entretien

Je souhaite recevoir la newsletter