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A l’école d’antan

Quand on regarde ce qu’est l’école aujourd’hui, les personnes de ma génération (nées dans les années soixante) ne peuvent pas s’empêcher de ressentir de la nostalgie. Tout est si différent en ce XXIe siècle ! Bien sûr, nous trouvons toujours que c’était «mieux avant», comme tout le monde. Quand nous étions jeunes, pleins d’énergie, quand la vie était tout entière devant nous. Mais il faut dire qu’il ne s’agit pas uniquement de cela : outre(1) les conditions de vie, la philosophie même de l’enseignement était différente.

A la petite école
Je vivais avec mes parents et mes frères et sœurs dans un petit village du sud de la France. J’allais à l’école primaire, qu’on appelait à l’époque « la petite école ». Il ecolierey avait l’école « laïque » (c’est-à-dire publique et non religieuse), mais moi, j’allais à l’école catholique privée, où mon père était également professeur d’espagnol. Les garçons et les filles n’allaient pas à la même école. Tous les enfants portaient une blouse bleue par-dessus leurs vêtements. Pour ne pas se salir mais aussi pour qu’on ne voie pas les disparités(2) entre les différentes couches sociales (fils de paysans, de commerçants, d’employés, de patrons, etc). La mixité sociale était une réalité.
Dans chaque classe, il n’y avait qu’un seul enseignant pour toutes les matières : écriture, dictée, récitation, géographie, histoire, morale, calcul (on ne parlait pas de mathématiques, à cette époque-là), leçon de choses (on ne parlait pas non plus de sciences), dessin, musique, travaux manuels.
Au coin droit de chaque petit bureau en bois, il y avait une place occupée par un encrier(3) en porcelaine blanche, rempli lui-même d’une encre d’un bleu profond. Nous y trempions soigneusement nos porte-plume(4) et nous nous appliquions(5) pour ne pas faire de pâté(6), la main appuyée sur un buvard(7) rose.
Nous avions de beaux cahiers de papier blanc avec de petites lignes et une grande marge à gauche qu’il fallait bien respecter pour que la maîtresse puisse écrire ses commentaires et ses notes. Chaque cahier portait un protège-cahier de couleur différente et les livres, recouverts de papier craft, arboraient(8) une belle étiquette bordée d’un liseré(9) bleu sur laquelle ma mère avait noté mon nom de sa belle écriture calme. J’adorais l’école ! Et je crois que cela ne m’a jamais quitté puisqu’à mon âge, je continue à y aller. Mais cette fois-ci, c’est moi le professeur !

Mon entrée au collège
Lorsque je suis entré en première année de collège, babsynous étions en septembre 1973 et c’est le président Pompidou qui figurait sur les photos officielles.
J’étais très désireux d’apprendre. Parmi mes préférences, il y avait l’Histoire mais le programme de « sixième » n’évoquait que l’Antiquité, période qui ne me passionnait guère(10), sauf à me prendre pour Ulysse. Heureusement, l’enseignant nous commentait l’actualité et de ce côté-là, nous étions à la fête. Le monde vivait en pleine « guerre froide », drôle d’expression pour dire que les deux superpuissances (URSS et Etats-Unis) s’opposaient partout dans le monde, avec un risque permanent de conflit nucléaire. Il nous parlait régulièrement de la guerre du Vietnam ou du coup d’état au Chili et dès le mois d’octobre, il nous fit suivre en direct la guerre
« israélo-arabe » du Kippour qui venait d’éclater. Je me prenais alors pour un vrai journaliste !
L’autre cours qui me plaisait beaucoup, c’était la géographie ! On y apprenait par cœur le palmarès des principales productions des grands pays (l’acier, le charbon, le blé, l’électricité,…) et cela nous semblait naturel de voir la France parmi les cinq puissances mondiales. Je me doutais pourtant que les choses changeaient car, dans ma petite ville grise du nord-est, la sidérurgie(11) et le textile commençaient à licencier suite au « choc pétrolier ». Ce cours me faisait rêver et grâce à lui, je me promenais sur une plage californienne, au bras d’une Drôle de dames, la série américaine qui faisait fureur(12) à l’époque.
Les cours de français et de latin offraient moins de divertissement car l’imparfait du subjonctif continuait à nous chagriner tandis qu’une version latine m’assoupissait(13) rapidement.
La matière nouvelle, c’était l’anglais et même si je dialoguais laborieusement devant la classe, je savais que c’était mon passeport pour rencontrer un jour Farrah Fawcett dont j’étais follement amoureux ! Nous suivions plus sérieusement l’instruction civique qui nous expliquait le fonctionnement de la Ve République. A cette époque, l’école chère à Jules Ferry nous ouvrait les portes du monde par son aptitude à nous faire croire que tout était possible à force de mérite…

Lexique
1. outre (prép.) : en plus de
2. disparités (n. f.p.) : différences
3. encrier (n. m.s.) : récipient dans lequel on mettait de l’encre liquide
4. porte-plume (n. m.p.) : outil d’écriture formé d’une plume
métallique et d’un . long corps en bois
5. nous appliquions (v. s’appliquer) : nous faisions de notre mieux
6. pâté (n. m.s.) : tache
7. buvard (n. m.s.) : papier absorbant
8. arboraient (v. arborer) : montraient
9. liseré (n. m.s.) : ligne fine qui entoure
10. ne … guère (nég.) : ne … pas beaucoup
11. sidérurgie (n. f.s.) : industrie de l’acier, du fer et de la fonte
12. faisait fureur : avait beaucoup de succès
13. assoupissait (v. assoupir) : endormait

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