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Johnny est parti !

Serge Gainsbourg lors d’une émission mémorable en 1986 (Apostrophes) avait déclaré que la chanson était un art « mineur », par opposition à la peinture, la musique ou encore la littérature en ceci qu’elles nécessitent une initiation. Il avait été ensuite contredit par Guy Béart et bien d’autres encore, pour qui la chanson est un art tout court.
C’est toute la chanson française, et toute la France avec elle, qui sont en deuil(1) depuis ce 6 décembre :
Johnny Hallyday est décédé. Il avait soixante-quatorze ans et était atteint d’un cancer du poumon.
Parmi les Français, tout le monde n’aimait pas Johnny Hallyday en tant que musicien. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire qu’il était un phénomène à lui tout seul et les hommages sont unanimes. De grandes funérailles(2) ont même été organisées : descente des Champs-Elysées, cortège de motos (sa passion), discours du président de la République, hommage de milliers de ses fans.

Sa carrière
Tout d’abord, la carrière de Johnny, de son vrai nom Jean-Philippe Smet, a commencé en 1960, alors qu’il avait dix-sept ans. Très rapidement, il devient L’idole des jeunes, apportant une bouffée(3) de rock’n’roll dans la chanson française. Il a continué la musique quasiment jusqu’à ses derniers jours puisqu’en novembre, il était encore en train d’enregistrer son prochain album.
En presque soixante ans de carrière, il a su épouser les différentes modes musicales en travaillant avec ceux qui faisaient évoluer la musique : Charles Aznavour, Michel Berger, Jean-Jacques Goldman, Pascal Opispo, Zazie ou encore Gérald De Palmas. Il a également collaboré avec son fils David, avec qui il a sorti l’album Sang pour sang. Johnny a aussi joué dans une trentaine de films.
En France, on a beaucoup comparé Johnny à Elvis Presley. Il a d’ailleurs adapté une vingtaine des titres du King Elvis et plus généralement, plus de deux cents morceaux de rock, blues et autres musiques américaines. Johnny Hallyday a vendu plus de cent dix millions d’albums. Il a également donné d’incroyables spectacles, remplissant des stades entiers. Il représentait la « rock’n’roll attitude », la puissance, l’énergie mais aussi la sensibilité et l’instinct.

Ses chansons
Johnny Hallyday a interprété plus d’un millier de chansons. Parmi elles, j’en ai choisi deux que j’aime particulièrement. Il s’agit de deux chansons écrites et composées par Michel Berger.
La première date de 1981: Diego. On peut penser que l’auteur y dénonce les dictatures sud-américaines des années 80. Ce titre a déjà été chanté en 1981 par France Gall, l’épouse de Michel Berger, et par Michel Berger lui-même en 1983. Johnny le reprend en 1990. Il lui donne une atmosphère différente de celle d’origine, plus de puissance et d’intensité.

Derrière des barreaux
Pour quelques mots
Qu’il pensait si fort
Dehors il fait chaud
Des milliers d’oiseaux
S’envolent sans effort
Quel est ce pays
Où frappe la nuit
La loi du plus fort ?
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
S’endort peut-etre…
Et moi qui danse ma vie
Qui chante et qui rit
Je pense à lui
Diego, libre dans sa tête
Derrière sa fenêtre
Déjà mort peut-être…

La seconde a été composée en 1985, également par Michel Berger. Ce dernier connaît l’admiration de Johnny pour le dramaturge(4) américain, auteur de Un tramway nommé désir, La chatte sur un toit brûlant ou encore La ménagerie de verre. Il lui écrit cette chanson qui restera l’une des préférées du public français.

On a tous
Quelque chose en nous de Tennessee
Cette volonté de prolonger la nuit
Ce désir fou de vivre une autre vie
Ce rêve en nous avec ses mots à lui
Quelque chose de Tennessee
Cette force qui nous pousse vers l’infini
Y a peu d’amour avec tell’ment d’envie
Si peu d’amour avec tell’ment de bruit
Quelque chose en nous de Tennessee
Ainsi vivait Tennessee
Le cœur en fièvre et le corps démoli
Avec cette formidable envie de vie
Ce rêve en nous c’était son cri à lui

Johnny Hallyday restera dans la mémoire des Français comme une véritable légende.

Lexique
1. deuil (n. m.s.) : période après la mort de quelqu’un
2. funérailles (n. f.p.) : cérémonie pour célébrer une personne qui vient de mourir
3. bouffée (n. f.s.) : dose, quantité
4. dramaturge (n. m.s.) : auteur de pièces de théâtre

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Je n’suis pas bien portant Gaston Ouvrard

Voulez-vous écouter une curiosité ? Suivez ce lien (https://www.youtube.com/watch?v=mluu9VIGifQ). Vous y verrez/entendrez un véritable morceau de bravoure(1) : Gaston Ouvrard chante Je n’suis pas bien portant.
Gaston Ouvrard est un comique-troupier. Le comique-troupier est un genre à lui tout seul : c’est un homme, souvent un ancien militaire, qui propose des numéros qui divertissent la troupe(2), soit en chantant, soit en racontant des histoires qui sont liées à la vie de soldat.
Le premier troupier connu a été Eloi Ouvrard, le père de Gaston Ouvrard. De grands artistes de l’époque se sont aussi illustrés dans ce style : Fernandel, Raimu, Rellys, Maurice Chevalier.
Dans cette chanson, Ouvrard dresse une longue liste des douleurs dont il souffre. Remarquez avec quelle rapidité il chante son texte et la mémoire qu’il lui a fallu pour énoncer ces vers sans se tromper !

J’ai la rate qui s’dilate
J’ai le foie qu’est pas droit
J’ai le ventre qui se rentre
J’ai l’pylore qui s’colore
J’ai l’gésier anémié
L’estomac bien trop bas
Et les côtes bien trop hautes
J’ai les hanches qui s’démanchent
L’épigastre qui s’encastre
L’abdomen qui s’démène
J’ai l’thorax qui s’désaxe
La poitrine qui s’débine
Les épaules qui se frôlent
J’ai les reins bien trop fins
Les boyaux bien trop gros
J’ai l’sternum qui s’dégomme
Et l’sacrum c’est tout comme
J’ai l’nombril tout en vrille
Et l’coccyx qui s’dévisse

Ah ! Bon Dieu ! Qu’ c’est embêtant
D’être toujours patraque,
Ah ! Bon Dieu ! Qu’ c’est embêtant
Je n’suis pas bien portant.

Lexique
1. bravoure (n. f.s.) : courage
2. troupe (n. f.s.) : groupe de soldats

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Concours Eurovision de la chanson : chanson en langue nationale et victoire sont compatibles

La soixante-deuxième édition du Concours Eurovision de la chanson s’est tenue ce samedi 13 mai à Kiev (Ukraine). Elle a vu le représentant du Portugal Salvador Sobral remporter le concours avec une chanson intitulée Amar pelos dois, intégralement interprétée en portugais. Cette édition montre qu’il est possible de chanter dans sa langue nationale et d’obtenir la victoire.

Comme les éditions précédentes, la très grande majorité des candidats avait choisi d’interpréter leur chanson en anglais. Si l’on ne compte pas le Royaume-Uni et l’Australie, pays anglophones, sur les vingt-quatre autres participants, dix-huit ont intégralement interprété leur morceau en anglais, soit environ les trois-quarts, deux en langue nationale et en anglais, et quatre en langue nationale seule.

L’on peut s’interroger sur le recours(1) à l’anglais en tout ou partie par les représentants des pays non anglophones. Si la chanson de langue anglaise domine très largement la chanson en langue étrangère dans ces pays, les paroles des chansons en anglais ne sont généralement pas comprises des auditeurs ou des consommateurs de ces chansons. De plus, la langue est encore plus difficile à comprendre quand elle est chantée que quand elle est parlée.

L’absence d’obstacle à la diffusion et au succès des chansons de langue anglaise dans le monde comme chanson en langue étrangère, malgré la non-compréhension des paroles, permet de penser que des chansons en d’autres langues peuvent rencontrer le succès en dehors de leur espace linguistique naturel. La chanson du Portugal, morceau mélancolique interprété sur une musique douce de jazz, le confirme clairement en remportant le concours de cette édition avec, en plus, le plus grand nombre de points de l’histoire (758 points). Elle a obtenu la première place à la fois des jurys nationaux de professionnels et des téléspectateurs.

Cette édition est marquée par deux autres chansons interprétées intégralement en langue nationale et faisant partie des dix premières classées : Occidentali’s Karma, morceau pop en italien interprété par le représentant italien Francesco Gabbani ; et Origo, titre folk-rap chanté en hongrois par le candidat hongrois Joci Papai.

Aucune des deux chansons interprétées en langue nationale et en anglais ne fait partie des dix premiers titres de cette édition. Le morceau pop aux sonorités orientales de la représentante française Alma, Requiem, obtient la douzième place avec une grande différence de classement entre celui des jurys nationaux de professionnels qui lui ont attribué la dix-neuvième place et celui des téléspectateurs, la dixième. On peut alors se demander s’il était utile d’interpréter une partie de la chanson en anglais. Quant à l’autre morceau bilingue, la chanson pop-reggae Do it for your lover, interprété en espagnol et en anglais par le représentant espagnol Manel Navarro, il a obtenu la dernière place avec les jurys nationaux de professionnels et la vingt-troisième dans le classement des téléspectateurs. Le choix linguistique de l’Espagne paraît particulièrement étonnant puisque la même semaine du concours, un titre intégralement interprété en espagnol connaissait un immense succès international : Despacito, morceau de reggaeton interprété par le chanteur portoricain Luis Fonsi avec la participation d’un autre chanteur portoricain, Daddy Yankee. Ce titre occupait en effet la première position de la plupart des classements officiels des ventes de titres disponibles dans le monde.

La plus grande diversité linguistique de cette édition avec les performances des chansons intégralement interprétées en langue nationale ainsi que les grands succès internationaux interprétés dans d’autres langues que l’anglais pourraient inciter(2) de nouveaux candidats pour les prochaines éditions à chanter intégralement dans leur langue nationale. On pense au représentant espagnol mais aussi à celui qui représentera la France et les autres pays francophones (Belgique et Suisse) s’ils sont qualifiés. Le répertoire de langue française, même s’il ne présente pas les plus grands chiffres de ventes, est en effet celui qui, après le répertoire anglophone, présente la plus grande diversité des genres à l’international.

Lexique
1. recours (n. m.s.) : utilisation
2. inciter (v.) : pousser

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Jean-Claude Amboise
Docteur en droit
Avocat au barreau de Paris
intervenant en droit de la culture