Rock the casbah de Laïla Marrakchi

LCFF pose ses valises sous le soleil du Maroc, pas de meilleure occasion pour vous proposer en ce mois de juillet une œuvre franco-marocaine !

Dans une fabuleuse villa de Tanger, à l’extrémité nord du royaume marocain, la famille d’un riche entrepreneur connaît un triste événement : le décès de son patriarche(1). Comme le veut la tradition musulmane, cet éprouvant(2) moment donne lieu à trois jours de deuil(3) durant lesquels la famille se réunit pour se remémorer quelques souvenirs et partager sa peine.


C’est l’occasion pour les trois filles qui ont perdu leur père de se© Hassen Brahiti retrouver, car elles n’ont pas souvent l’occasion de le faire. Toutes trois ont aujourd’hui des vies très opposées et sont devenues des femmes assez différentes : Sofia est actrice à New York où elle connaît un succès notable dans des séries américaines, bien qu’elle n’interprète que des rôles de terroristes. Elle est mariée à un réalisateur américain (juif, d’après ce que pense sa grand-mère) et jongle(4) entre l’anglais et le français pour élever son fils (ce que critique sa famille). Miriam est la plus matérialiste des trois sœurs, elle s’est fait refaire les dents, les fesses et les seins pour plaire à son mari (ou peut-être à son chirurgien). Enfin, Kenza est une institutrice respectable et très à cheval sur(5) les traditions et les règles.

Trois sœurs, trois personnalités pleines de contradictions menant à une compréhension réciproque(6), chacune étant secrètement jalouse de l’autre (même pour une simple djellaba) et critiquant mutuellement leurs choix de vie. Bref, une famille ordinaire !

Rock the Casbah est une comédie dramatique en trois actes, rythmée par les funérailles(7) et les commentaires du défunt(8), Moulay Hassan, interprété par Omar Sharif. Selon lui, « les morts gouvernent les vivants » ; le patriarche observe donc sa maison tel un fantôme bienveillant, offrant subtilement à ses descendants quelques sages conseils. Petit à petit, de larmes en cris, les langues vont se délier : les vieilles rancœurs(9) vont disparaître, les lourds et pesants secrets de famille vont être mis à jour et toute cette frustration familiale va enfin se calmer.

Plus qu’une thérapie familiale, le film de Laïla Marrakachi nous offre une critique de la société marocaine actuelle ; avec l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI, les femmes ont gagné des droits, mais il reste encore beaucoup à faire, comme par exemple au sujet de l’héritage encore très inégalitaire, ou de la place du divorce dans la société marocaine.
En faisant mourir le père de famille, la réalisatrice a souhaité donner une voix aux femmes de la famille pour qu’elles se questionnent et trouvent leur place. Hymne à la liberté, contestation poétique, ce long métrage n’a rien de provocateur, selon la réalisatrice marocaine. Il tire cependant son titre du célèbre morceau du groupe punk britannique The Clash qui évoque l’interdiction de la musique rock en Iran.

Alors, si votre mois de juillet n’était pas aussi ensoleillé que vous le souhaitez, ou tout simplement si vous manquez d’inspiration lors d’une soirée télé, Rock the casbah est une valeur sûre. Vous vous amuserez des querelles de famille et vous voyagerez dans les merveilleux décors du nord du Maroc, au moins le temps d’une soirée.

1. patriarche (n. m.s.) : homme âgé respecté entouré d’un famille nombreuse
2. éprouvant (adj. m.s.) : émotionnellement difficile
3. deuil (n. m.s.) : période qui suit la mort d’un proche
4. jongle (v. jongler) : cherche l’équilibre
5. à cheval sur : stricte à propos de
6. réciproque (adj. f.s.) : de l’une envers l’autre
7. funérailles (n. f.p.) : cérémonies d’enterrement
8. défunt (n. m.s.) : celui qui est mort
9. rancœurs (n. f.p.) : sentiments négatifs qui suivent une injustice

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