Renoir de Gilles Bourdos, FRANCE, (2012)

par Alex Flacoute

Ce mois-ci, on mélange le cinéma et la peinture et on obtient un très bon film biographique sur l’un des maîtres de la peinture française. Et… réalisé par un Niçois !

En 1915, à Cagnes-sur-Mer, sur la côte d’Azur, une jeune femme, Andrée (surnommée Dédée) se présente au domicile d’un vieil homme en fauteuil roulant. Cet homme au caractère un peu bourru(1), c’est Pierre- Auguste Renoir, célèbre peintre impressionniste. Il vient de perdre sa femme, et ses deux fils ont été blessés à la guerre. Dès lors, par son tempérament(2) un peu rebelle et désinvolte(3), Dédée va redonner le goût de vivre, et surtout de peindre, au vieil homme à la recherche d’inspiration. Elle sera son dernier modèle, jusqu’à la mort du peintre en 1919.

Wild Bunch - Mars Film
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En réalité, le film aurait pu également s’appeler  » Dédée « , tellement ce personnage féminin a été important dans la vie de Renoir. Car en plus de donner un nouveau souffle au peintre, elle va aussi bouleverser l’univers de Jean, fils de Pierre-Auguste.  En effet, Jean retourne en convalescence(4) au domaine de son père, car il vient d’être blessé à la jambe lors de combats dans les Vosges. Lui qui ne pense qu’à retourner se battre, et qui n’a finalement pas d’autres projets quand la guerre sera finie, va immédiatement tomber sous le charme de cette jeune fille un peu bohème(5).

Mais Renoir, c’est avant tout le peintre. Et Michel Bouquet interprète(6) avec beaucoup de justesse cet homme rongé(7) par la maladie, totalement pétri de rhumatismes. Il passe son temps dans un fauteuil roulant, assisté par ses domestiques pour chaque mouvement, chaque déplacement. Pourtant, l’obsession pour son art lui permet de tenir des journées entières à peindre dans son domaine. Sa passion fait disparaître la maladie lorsqu’il peint, mais dès qu’il repose ses pinceaux, les douleurs reviennent.

Renoir, c’est aussi un homme à la personnalité mystérieuse, un peu cynique(8) face à l’absurdité de la guerre. Par conséquent(9), les rapports entre le père et le fils en deviennent compliqués. Il ne comprend pas la décision de Jean de vouloir retourner au combat quand il sera guéri. Et ce dernier reproche à son père de s’impliquer davantage dans la peinture que dans les rapports humains et affectifs. Ce qui n’empêche pas certains moments de complicité, par exemple lorsque Jean accompagne son père pour des séances de peinture dans la nature.

Mark Ping Bing Lee
Mark Ping Bing Lee

Et la nature, justement, est un personnage à part entière dans le film. Avec le choix des paysages et des décors, ainsi que la lumière naturelle du sud de la France, le film reproduit logiquement l’esthétisme des tableaux de Renoir. Ce travail remarquable est celui du directeur de la photographie Mark Ping Bing Lee, qui a déjà œuvré, entre autres, sur le film À la verticale de l’été  (LCF n°14).

Pour résumer, on prend plaisir à découvrir la fin de la vie du célèbre peintre, parfaitement interprété par un Michel Bouquet au plus haut de son talent, et renforcé par une mise en scène sobre(10) et efficace. Maintenant, il ne reste plus qu’à se replonger dans les tableaux du maître !

1. bourru (adj. m.s.) : désagréable, dur, sec
2. tempérament (n. m.s.) : caractère
3. désinvolte (adj. f.s.) : légère, sans gêne
4. convalescence (n. f.s.) : période de soin en attendant la guérison
5. bohème (adj. f.s.) : indépendante, en dehors des conventions sociales
6. interprète (v. interpréter) : joue le rôle
7. rongé (adj. m.s.) : attaqué de tous côtés
8. cynique (adj. m.s.) : immoral
9. par conséquent (loc. adverbiale) : donc
10. sobre (adj. f.s.) : simple, pure

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