Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? Philippe de Chauveron, France, (2014)

Par Mélanie Hernandez

Le rire a le pouvoir de dédramatiser les situations les plus tendues. Molière utilisait la comédie au théâtre pour divertir les gens et en même temps les inciter à réfléchir sur leur condition ou leurs comportements. Ce mécanisme s’applique également au cinéma et cette année 2014 a vu un film français ren-contrer un immense succès à la fois public et critique, même s’il y a toujours des détracteurs. Je vous propose un retour sur la comédie à succès de l’année.

L’action se déroule au sein d’une famille bourgeoise et catholique. Les trois sœurs aînées, pour le plus grand malheur des parents, ont épousé un musulman, un juif et un Chinois. Fervents(1) pratiquants de leur religion, les parents mettent alors tous leurs espoirs sur la petite dernière, pour qu’elle se marie avec un bon chrétien.
Lourde responsabilité pour la jeune femme qui subit également la pression de ses sœurs qui comptent sur elle pour ne pas décevoir les parents, une fois de plus. Ils ne s’en remettraient pas. Cela tombe bien, son amoureux est catholique…. mais il reste un souci : il est noir !
Vous l’aurez compris, ce couple de parents plein de principes(2) ne comprend pas bien le choix de leurs filles qui ont grandi dans une France multiculturelle mais n’ont pas hérité de toutes leurs idées. Nous allons alors assister à un concours du gendre(3) parfait ! Le Chinois, le juif et le musu2_Qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu_Arnaud-Borrellman n’ont jamais été complices, ils se tolèrent tout juste. Mais face à l’arrivée d’un nouveau beau-frère et à la demande de leurs épouses, ils vont faire des efforts pour se supporter et plaire à beau-papa !

Tous les clichés(4) culturels, tous les stéréotypes(5) communautaires, tous les préconçus racistes sont mis à jour, exploités et dynamités. Et c’est précisément ce qui fonctionne dans cette comédie. Elle ne fait pas dans la légèreté. Elle ose, elle montre et nous n’avons plus qu’à rire du ridicule de ces fameux clichés. De plus, la richesse des dialogues et le dynamisme du jeu des acteurs donnent un rythme qui ne retombe jamais.

Les critiques

Globalement, le film a été apprécié des critiques. Le message passé amène un point de vue positif dans l’environnement plutôt pessimiste(6) du moment. Les Français apprécient cette image sympathique d’eux-mêmes que le film renvoie. C’est une façon d’expliquer le phénomène, et on peut vraiment parler de phénomène car le film est entré dans le Top 10 des records d’entrées pour un film français sur le territoire. L’exception culturelle française ne signifie pas que l’on doit s’ennuyer au cinéma, on a aussi envie de s’y amuser !4_Qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu_Arnaud-Borrel
Un ingrédient du succès réside sans doute dans l’écriture qui fait cohabiter deux générations d’humour. Un humour très années 80, symbolisé par les parents, et un humour plus actuel avec les enfants. Les échangent sont énergiques et extrêmement
drôles, on pourrait les retrouver dans les sketches de nos meilleurs humoristes.
Les détracteurs(7), moins nombreux, trouvent ce film démagogique(8), estimant que les réalisateurs ont surfé sur le thème actuellement à la mode de l’identité française. Ils n’acceptent pas la banalisation(9) des propos racistes, mais ils oublient que ces propos sont tenus dans un contexte humoristique. Le public n’est pas idiot, il comprend parfaitement qu’il s’agit de second degré.
Je peux cependant comprendre que l’on n’aime pas ce film à cause de la lourdeur des clichés, que l’on n’apprécie pas ce dessin grossier de la société française actuelle.

La stratégie

Le film n’a pas été montré à la presse avant sa sortie en salle. Il a d’ailleurs été testé longtemps avant, et ajusté(10) en fonction des réactions du public-test. Les réalisateurs savaient que le sujet était explosif, ils ont pris des précautions pour éviter le lynchage(11) médiatique. Cela a parfaitement fonctionné car, de cette façon, le public a pu se faire une opinion par lui-même, n’étant pas découragé à l’avance par des commentaires négatifs.

Le scénario a été acheté dans de nombreux pays. On verra sans doute des adaptations dans peu de temps. Mais ce ne sera certainement pas le cas aux États-Unis qui le considèrent comme raciste. Nos passés sont très différents, il est normal que nous jugions différemment des sujets sensibles comme le racisme, l’intégration des cultures étrangères ou les rapports entre différentes communautés.

1. fervents (adj. m.p.) : actifs
2. principes (n. m.p.) : idées arrêtées, lignes de conduite
3. gendre (n. m.s.) : mari de la fille
4. clichés (n. m.p.) : images représentatives
5. stéréotypes (n. m.p.) : traits principaux
6. pessimiste (adj. m.s.) : qui voit l’avenir en noir
7. détracteurs (n. m.p.) : ceux qui n’aiment pas
8. démagogique (adj. m.s.) : qui dit des choses uniquement pour plaire
9. banalisation (n. f.s.) : action de rendre normal, habituel
10. ajusté (adj. m.s.) : corrigé
11. lynchage (n. m.s.) : critique très négative, destruction

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