Prosper Mérimée

par Florence Teste

L’auteur, Prosper Mérimée est né en 1803 à Paris dans une famille aisée. Il fait des études de droit. Très tôt, il fréquente les salons littéraires au côtés de Hugo, Stendhal, Viollet-Le-Duc, Musset.  Il commence à publier des nouvelles dans les journaux. Il entre aussi dans l’administration comme inspecteur des monuments historiques. Ce travail lui donne l’occasion de beaucoup voyager, d’apprendre et de pratiquer les langues étrangères.

Prosper_MériméeIl est élu à l’Académie Française en 1844. En 1845, il publie Carmen, le livre qui inspirera le très célèbre opéra Carmen dont la musique est composée par Bizet. En 1853, il est nommé sénateur et devient un familier de l’empereur Napoléon III et de l’impératrice Eugénie.

En 1856, il commence à avoir des problèmes de santé (asthme).  Il continue pourtant à voyager régulièrement. Il publie des études historiques et des traductions. Il meurt en 1870 à Cannes.

Son œuvre , en 1839, Prosper Mérimée fait un voyage de deux mois en Corse dans le cadre de son travail d’inspecteur des monuments historiques. On lui raconte l’histoire d’une vendetta(1) qui s’est réellement passée. Il s’en inspire pour écrire l’histoire de Colomba.
Cette nouvelle paraît le 1er juillet 1840 dans le journal La Revue des deux mondes.
Le père de Colomba a été assassiné. En suivant la culture corse, elle espère que son frère Orso, qui est maintenant le chef de famille, décidera de venger son père en tuant quelqu’un de la famille de l’assassin. Mais Orso vient de passer plusieurs années dans la garde impériale, «sur le continent». Il revient en Corse mais ne semble pas vouloir mettre en œuvre cette vengeance tant attendue par sa sœur et les gens de son village. Malgré tout, Colomba manœuvre(2) pour que la vendetta ait bien lieu.

L’extrait
Après l’assassinat de son père, Orso della Rebbia revient de France. Il retrouve sa sœur qui l’attend impatiemment. En chemin vers son village natal, ils rencontrent une troupe de bergers qui fête le retour d’Orso. Mais celui-ci se sent gêné par autant d’empressement(3).

Orso, de très mauvaise humeur au centre de ce groupe d’hommes à cheval parlant tous ensemble et se pressant pour lui donner la main(4) , demeura(5) quelque temps sans pouvoir se faire entendre. Enfin, prenant l’air qu’il avait en tête de son peloton(6) lorsqu’il lui distribuait les réprimandes(7 )et les jours de salle de police(8) :
“ Mes amis, dit-il, je vous remercie de l’affection que vous me montrez, de celle que vous portiez à mon père ; mais j’entends(9), je veux, que personne ne me donne de conseils. Je sais ce que j’ai à faire.
– Il a raison, il a raison ! s’écrièrent(10) les bergers. Vous savez bien que vous pouvez compter sur nous.
– Oui, j’y compte : mais je n’ai besoin de personne maintenant, et nul danger ne menace ma maison. Commencez par faire demi-tour, et allez-vous-en à vos chèvres. Je sais le chemin de Pietranera, et je n’ai pas besoin de guides.
– N’ayez peur de rien, Ors Anton, dit le vieillard ; ils n’oseraient se montrer aujourd’hui. La souris rentre dans son trou lorsque revient le matou(11).
– Matou toi-même, vieille barbe blanche ! dit Orso. Comment t’appelles-tu ?
– Eh quoi ! vous ne me connaissez pas, Ors Anton, moi qui vous ai porté en croupe(12) si souvent sur mon mulet(13) qui mord ? Vous ne connaissez pas Polo Griffo ? Brave homme, voyez-vous, qui est aux della Rebbia corps et âme(14). Dites un mot, et quand votre gros fusil parlera, ce vieux mousquet(15), vieux comme son maître, ne se taira pas. Comptez-y, Ors Anton.
– Bien, bien ; mais de par tous les diables(16) ! Allez-vous-en et laissez-nous continuer notre route. ”
Les bergers s’éloignèrent enfin, se dirigeant au grand trot(17) vers le village ; mais de temps en temps ils s’arrêtaient sur tous les points élevés de la route, comme pour examiner s’il n’y avait point(18) quelque embuscade(19) cachée, et toujours ils se tenaient assez rapprochés d’Orso et de sa soeur pour être en mesure de(20) leur porter secours au besoin.

Bibliographie choisie

  • Mateo Falcone, 1829
  • Tamango, 1829
  • Le vase étrusque, 1830
  • Carmen, 1845
  • La dame de pique, de Pouchkine, 1849
  • Les faux Démétrius, 1852

Lire
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre2672.html

 

Écouter
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-
gratuit-mp3/merimee-prosper-colomba.htm

1. vendetta (n. f.s.) : mot en langue corse pour «vengeance»
2. manœuvre (v. manœuvrer) : agit, fait en sorte que
3. empressement (n. m.s.) : ardeur, vivacité, énergie
4. donner la main : serrer la main
5. demeura (v. demeurer) : resta
6. peloton (n. m.s.) : troupe de soldats
7. réprimandes (n. f.p.) : reproches
8. jours de salle de police : jours de garde des soldats
9. j’entends (v. entendre) : je veux
10. s’écrièrent (v. s’écrier) : dirent avec énergie, avec force
11. matou (n. m.s.) : nom familier pour «chat»
12. en croupe : assis derrière le cavalier, sur un cheval
13. mulet (n. m.s.) : croisement entre un âne et une jument
14. corps et âme (expression ) : totalement
15. mousquet (n. m.s.) : ancienne arme à feu
16. de par tous les diables (expression) : exclamation, juron
17. trot (n. m.s.) : allure (vitesse intermédiaire) d’un cheval
18. ne … point (négation) : ne … pas (forme littéraire)
19.  embuscade (n. f.s.) : manœuvre cachée
20.  être en mesure de : pouvoir, être capable de

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