Pierrot le fou de Jean-Luc Godard

Patricia Favreau

Ce mois-ci, à travers ses différentes rubriques, LCFF vous fait découvrir différents visages du monde de l’art. J’ai donc choisi de vous présenter une œuvre majeure du cinéma français, Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard.
Lorsqu’il commence le film en 1965, Godard a déjà Pierrot_le_fouréalisé neuf films dont A bout de souffle qui a posé les bases de son œuvre singulière. Pierrot le fou est une libre adaptation du roman policier de Lionel White, Le démon de onze heures. Ce film montre à lui seul que le cinéma peut nourrir et se nourrir des autres arts. Il raconte l’histoire d’un amour fou et porte un regard critique sur la société de consommation ainsi que sur la politique de son temps. De nombreux moyens artistiques y sont mis en scène. En effet, la littérature, la poésie, la peinture, la chanson et la bande dessinée sont autant de moyens d’exprimer les idées du réalisateur suisse, anciennement rédacteur de la célèbre revue critique Les cahiers du cinéma.
Il s’agit de l’histoire de Ferdinand, un professeur d’espagnol désabusé1. Il est marié à une très riche italienne et père de famille. Après avoir laissé ses enfants à la baby-sitter, le couple se rend à une soirée où tous les invités s’expriment d’une façon bizarre, en utilisant des slogans publicitaires. Notre personnage traverse la soirée comme il traverse le plan fixe de la caméra dont les filtres changent de couleur au fur et à mesure2. Enfin, Ferdinand rencontre le cinéaste Samuel Fuller. Lui, parle simplement de cinéma et d’émotions. Cette rencontre a l’effet d’une révélation3 pour le jeune homme : sa vie a soudain un sens, devient authentique. En signe de contestation, il jette un gâteau au visage des invités et s’en va.
En rentrant chez lui, Ferdinand abandonne sa famille et part dans une voiture volée avec Marianne, la baby-sitter, qui se révèle être une ancienne petite amie. Elle l’appelle désormais Pierrot. Ils tuent, sont recherchés par la police, fuient4 vers le sud de la France sur une île déserte. Comme celle du capitaine Grant de Jules Verne. Ainsi, de nombreuses références sont faites à la littérature et la poésie. Le poète A. Rimbaud est plusieurs fois cité, notamment à la fin du film lorsqu’il ne reste plus rien de l’histoire, des héros : « Je l’ai retrouvée / Quoi ? / L’éternité / C’est la mer allée / Avec le soleil. »

Depuis le début du film, on remarque que ce dernier est très pictural5 avec des jeux sur la couleur bleue comme le ciel, la mer, la couleur de Pierrot le rêveur, qui s’oppose au rouge, la couleur de l’énergie, de la vie mais aussi du sang, la couleur de Marianne. Elle s’appelle Renoir comme le peintre. De plus, certaines images du film montrent des tableaux comme ceux de Nicolas de Staël et Picasso, entre autres.
Sur l’île, nous pouvons voir la relation amoureuse entre les deux êtres évoluer et s’achever tragiquement après la trahison de Marianne. Il faut dire que Pierrot lit, écrit (et de toutes les couleurs, d’ailleurs) tandis que Marianne s’ennuie et répète le célèbre « Qu’est-ce que je peux faire ? / chais pas quoi faire ». Elle rêve d’aventure, de luxe, d’argent. Les chansons qu’elle entonne6 spontanément montrent sa vitalité7, comme dans une comédie musicale.
Jean-Luc Godard s’inspire de sa rupture avec la comédienne qui était sa compagne à la ville8. Tout comme Jean-Paul Belmondo / Pierrot, Anna Karina / Marianne a plusieurs fois joué dans les films de Jean-Luc Godard.
Ainsi, le film est en quelque sorte un film bilan ; il est comme une synthèse des thématiques de ses films précédents : A bout de souffle (1960), Le petit soldat (1960), Une femme est une femme (1961), Vivre sa vie (1962), Le mépris (1963), Bande à part (1964), Alphaville (1965)… à tel point que Godard dira lui-même que « Pierrot le Fou, c’est un petit soldat qui découvre avec mépris qu’il faut vivre sa vie, qu’une femme est une femme et que dans ce monde nouveau, il faut faire bande à part pour ne pas se retrouver à bout de souffle. »

Lexique
1. désabusé (adj. m.s.) : désenchanté, qui ne s’étonne de rien
2. au fur et à mesure (loc. adv.) : progressivement
3. révélation (n. f.s.) : prise de conscience
4. fuient (v. fuir) : partent précipitamment
5. pictural (adj. m.s.) : comme une image, une photo
6. entonne (v. entonner) : chante
7. vitalité (n. f.s.) : énergie de vie
8. à la ville : dans la réalité, dans la vraie vie

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