Marseille, carrefour multiculturel

Par Laura Tejeda Meza

Loin des stéréotypes qui décrivent cette ville comme violente et dangereuse, Marseille est une terre d’accueil, une ville vibrante(1) et cosmopolite emplie de richesses culturelles dont le principal trésor est… ses habitants !

La population de Marseille s’est construite sur des vagues migratoires(2) successives(3) provenant de tous les coins du monde.
Elle a été fondée(4) par les Grecs autour de 600 av. J.-C. sous le nom de Massalia. D’après la légende, Marseille s’est faite grâce au mariage entre Gyptis, fille du chef des autochtones(5), et Protis, un marin originaire de Phocée, en Turquie. Cette alliance symbolisait le rapprochement des deux peuples et la création d’une ville où l’étranger se fond(6) parmi les indigènes.

Marseille est depuis ses origines l’un des ports les plus importants pour les réseaux commerciaux du bassin méditerranéen, ce qui a attiré de nombreux négociants européens au XVIe siècle. Parmi lesquels des Suisses, qui ont eu un rôle important dans la formation de la communauté protestante, et des Italiens, qui ont été les principaux marchands en dominant le grand commerce marseillais.

À partir du milieu du XIXe siècle, les activités portuaires et la construction de la voie ferrée(7) se sont développées et ont exigé une main d’œuvre importante que le pays ne pouvait pas fournir à cause de sa faible croissance démographique. C’est pourquoi dès 1850 et jusqu’à l’entre-deux-guerres, l’immigration italienne a crû(8) de manière extraordinaire. Toutefois, cette population était mal accueillie, parfois même avec violence. À cette époque, la France a ainsi assisté à une augmentation de la xénophobie(9).

Au début du XXe siècle, on observe une nouvelle vague corse, la première ayant eu lieu pendant la Guerre de Corse au XVIe siècle, fuyant, cette fois, la crise économique qui frappait l’île. De nombreux Corses se sont alors installés dans les quartiers traditionnels d’immigration autour du Vieux-Port.

Marseille a également été un abri pour les réfugiés. En effet, dans les années 1920, il y a eu une grande vague d’immigration arménienne qui fuyait(10) le génocide dans l’actuelle Turquie. La ville n’avait jamais accueilli en si peu de temps autant de réfugiés !
De la même manière, à la suite des accords d’Évian en mars 1962, la plupart des Juifs d’Algérie se sont dirigés vers la métropole. Certains ont transité(11) par Marseille avant de partir pour Israël, mais une grande partie s’y est définitivement établie. Il faut aussi noter que Marseille avait été la plus grande ville de la « zone libre » pendant l’invasion allemande en 1940.

Marseille est aussi « la porte de l’Orient » de la France. À partir de 1950, l’immigration maghrébine et pied-noir (des Français d’Algérie) explose. C’est l’encouragement du gouvernement français pour faire venir des travailleurs algériens et les répercussions(12) de la décolonisation qui ont favorisé leur arrivée. Ils se sont installés dans des cités au nord de la ville destinées au départ à n’être que provisoires(13). Néanmoins, une grande partie de ces immigrants y habite toujours, dans des immeubles souvent délaissés(14) par les pouvoirs publics.

L’engagement des troupes coloniales aux côtés de la France pendant les deux guerres mondiales a consolidé(15) la mise en place des couloirs(16) migratoires entre Marseille et l’Afrique noire au début du XXe siècle. Puis, les indépendances des pays africains, dans les années 1950, et la signature d’accords sur la circulation de main-d’œuvre entre la France et ses anciennes colonies accélèrent le phénomène. À titre d(17)’exemple, l’indépendance des Comores en 1975 est suivie d’une période politique et socio-économique difficile qui a provoqué une forte vague migratoire, faisant de Marseille la plus grande ville comorienne devant même la capitale de Comores, Moroni !
L’appartenance à la confession(18) musulmane de cette nouvelle communauté a favorisé les relations avec la communauté maghrébine, notamment au quartier Belsunce. La sortie des mosquées est en effet un lieu d’échange, de partage et de négociations
commerciales.

Comme on peut le constater, Marseille est l’exemple vivant d’une terre d’accueil, d’exil et de métissage, malgré les spécificités socioculturelles propres à chaque communauté.

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