Marrakech « la terre de Dieu »

par Laura Tejeda Meza

Le nom de Marrakech vient du tamazight -langue berbère- ‘’Mourakouch’’. Mour signifie pays et akouch signifie Dieu, ce qui donne « la terre de Dieu ». Les jardins de style islamique s’intègrent parfaitement dans le paysage urbain. Ils dépeignent l’image du paradis tel qu’il est décrit dans les livres, avec son abondante(1) végétation et ses sources d’eau représentant l’ordre universel musulman, à travers un jeu d’ombre et de lumière.

Ces jardins ont été une source d’inspiration et d’admiration pour beaucoup d’artistes et d’intellectuels comme le peintre français Eugène Delacroix (1798-1863) ou l’écrivain britannique Osbert Sitwell (1892-1969).

Pour commencer, il faut savoir que l’eau est l’élément suprême desJean-Pierre Dalbéra jardins islamiques, puisque chaque composante(2) en dépend. Les fontaines constituent un élément central, souvent de forme octogonale(3), reproduisant l’ordre du monde grâce à l’utilisation de figures géométriques qui contrastent avec l’imperfection de l’Homme. Dans ce type de jardins, on trouve aussi des bassins peu profonds afin de ne pas utiliser trop d’eau, ce qui est très important étant donné(4) la nature aride du Maroc et de tous les pays où les jardins islamiques se sont répandus : de Bagdad jusqu’à Séville, en passant par Marrakech et Cordoue. Pour cela, il était essentiel de maîtriser les techniques d’irrigation ainsi que la botanique.

La construction des jardins commence avec l’introduction de l’Islam au Maroc par la dynastie Almoravide (1040-1147). La palmeraie(5), plantée sous le règne des Almoravides, est une oasis(6) avec plus de cent mille plantes dont des palmiers de différentes tailles qui survivent grâce à un ingénieux système d’arrosage. Au XIIe siècle, des galeries (khettaras) sont creusées pour récupérer les eaux de pluie et les conduire jusqu’aux nappes phréatiques(7). Elles sont ensuite redirigées vers la surface pour nourrir la végétation.

En 1147, la dynastie Almohade s’empare de Marrakech. C’est à partir du règne du premier calife Abd Al-Mumin (1100-1163), qu’on institue un modèle de jardins avec d’immenses bassins d’eau. Un des plus beaux se trouve dans le jardin de la Ménara, situé au cœur de la ville. Les jardins de l’Agdâl sont eux aussi hauts en couleurs et en histoire, bâtis pendant le règne des Almohades, avec des inspirations andalouses. Malheureusement, la chute de cette dynastie entraîne la dégradation des jardins. En effet, Fès devient la capitale du pays à partir de l’époque mérinide (1269 – 1465) jusqu’à l’arrivée de l’empire saâdien en 1554. On construit les jardins de la nouvelle capitale avec les matériaux pris dans ceux de Marrakech qui se détériorent rapidement. Ils ne renaîtront qu’au XIXe siècle, quand la ville devient une nouvelle fois capitale. La maîtrise des techniques hydrauliques(8) permet de réhabiliter(9) remarquablement ces jardins. La configuration(10) actuelle des jardins de l’Agdâl est la même qu’au XIXe siècle. Pendant l’époque du protectorat français (1912-1956), ils ont malheureusement perdu 30% de leurs arbres.

Le Jardin Majorelle est un autre jardin historique de Marrakech, conçu par le peintre français
Jacques Majorelle (1886-1962) en 1931. Il a mis quarante années pour réaliser cet espace vert. Autour de sa villa, l’artiste a fait construire un jardin d’inspiration islamique. Après sa disparition, le jardin tombe dans l’oubli jusqu’à sa restauration, commandée par les célèbres Yves Saint-Laurent (1936-2008) et Pierre Bergé (1930-) en 1980.

Lieux privilégiés où le calme s’oppose à la violence de la ville, les jardins de Marrakech accueillent les visiteurs pour profiter de la végétation locale, admirer le génie ancestral(11) des systèmes d’irrigation, ou simplement se reposer un moment au bord d’un majestueux bassin.

1. abondante (adj. f.s.) : en grande quantité
2. composante (n. f.s.) : élément d’un ensemble
3. octogonale (adj. f.s.) : qui a huit côtés
4. étant donné : si on considère, compte tenu de
5. palmeraie (n. f.s.) : jardin de palmiers
6. oasis (n. f.s.) : zone de végétation au milieu du désert
7. nappes phréatiques : masses d’eau sous la terre
8. hydrauliques (adj. f.p.) : en rapport avec l’eau
9. réhabiliter (v.) : rénover, réparer
10. configuration (n. f.s.) : disposition,
organisation
11. ancestral (adj. m.s.) : ancien, très vieux