Ma cabane au canada

Ma cabane au canada

par Laurent Permingeat

Mon nom est Laurent et je suis originaire du sud de la France. Voilà trois ans que je vis et travaille à Montréal. Si comme moi, la découverte, le changement, les nouveaux horizons vous ont déjà fait rêver, vous avez sûrement réfléchi à l’idée d’aller voir ailleurs. Mais où?

Première idée : en Europe. Mais il y a la barrière de la langue ! Il y a bien quelques pays francophones, mais trop près et trop ressemblants à mon goût. On pense ensuite au soleil et aux Antilles, mais là, c’est encore  la France et les emplois y sont rares. À ce moment-là, on regarde Google Map. Après le Maghreb, arrive assez vite le Canada et en particulier le Québec. En effet, l’aventure et la découverte, c’est bien, mais avec un minimum de repères en commun, c’est mieux ! Et c’est bien connu : les Québécois sont nos « cousins d’Amérique ».

Je fais donc un premier séjour de prospection avec des amis, en plein hiver. Puis je commence les démarches pour faire une demande de résidence. Un an et demi plus tard, atterrissage dans la première tempête de neige de l’année, il y a 40 cm de neige et me voilà devant l’aéroport avec ma valise de 30 kg. L’aventure commence !

C’est la période de Noël, Montréal rayonne(1) avec ses décorations. C’est le temps de l’insouciance(2), je m’installe chez des amis arrivés depuis l’été. Les gens rencontrés sont très agréables, polis et amicaux. La vie est paisible et il n’est pas rare qu’on vous parle juste pour le plaisir ou pour vous proposer de l’argent en échange d’une cigarette !
Quand arrive le temps de chercher du travail et un logement, quelques appels suffisent pour décrocher un premier entretien dans mon domaine. Je commence trois jours plus tard. Suite à la consultation(3) de quelques annonces sur internet, je trouve rapidement un appartement sans caution(4) et sans état des lieux(5).

Jusque là, tout va bien, la vie passe tranquillement. Aaahhh… le Canada, les grands espaces, les lacs, la forêt boréale, les chiens de traîneaux, la cabane en bois rond… Mais assez vite, vient la période de la désillusion(6).  Tout cela existe mais il faut aussi une voiture et de l’argent. Ici, les prix sont indiqués sans les taxes, alors au moment de payer, ils font un bond de 15 à 30%.
Premier hiver, première angine(7) ! Je me rends compte du parcours du combattant(8) qu’il faut réaliser pour voir un médecin, des heures d’attente juste pour du Paracétamol.
Bref, mes références françaises sont bouleversées(9), on ne trouve pas les mêmes choses dans les magasins, les gens mangent à 18h00 et beaucoup de commerces ferment à cette heure-là !
Je m’aperçois vite que les mentalités sont assez différentes : c’est l’Amérique mais… en français !
Vient ensuite le temps de l’adaptation et de l’intégration. Eh oui,  j’utilise des expressions québécoises, même avec ma famille : je vais magasiner le samedi après-midi (faire les magasins).  La société de consommation m’a rattrapé : j’ai un gros frigo américain et une soif de nouveaux produits nourrie par la publicité toujours présente.  Mais je vis plus décontracté. Ici, il n’y a pas de volets et nul besoin de barrer(10) les portes en tout temps. Je peux envisager la possibilité d’acheter un logement. Je peux même imaginer de retourner aux études, car ici, on peut facilement changer d’emploi pour trouver mieux. En d’autres mots, de nouveaux horizons s’ouvrent à moi.

En conclusion, ce n’est pas tout à fait le rêve que j’avais
imaginé : Montréal est une
métropole de quelques millions d’habitants, embouteillée(11), parfois polluée, avec une criminalité comme ailleurs. Au niveau du travail, les congés ne sont que de deux ou trois semaines par an. On est quand même loin de l’image insouciante et paisible de la cabane au Canada !

Et pourtant, dans l’esprit, on n’en est pas si loin !
On a un sentiment de liberté, on se voit urbain mais proche de la nature. A moins d’une heure de Montréal, on peut être totalement dépaysé(12) car le Québec est une terre de contrastes : par exemple, à 700 km au sud de Montréal, il y a  New York, tandis que pour la même distance vers le nord, on se retrouve dans la forêt boréale(13) où vivent les Inuits(14) et les caribous, sur un territoire immense. Vers l’ouest, ce sont les Grands Lacs et le reste du territoire canadien sur plus de 5000 km; à l’est, on trouve le golfe du St-Laurent avec ses baleines et quelquefois des icebergs provenant du cercle polaire(15).
C’est donc pour moi un point central pour vivre mon aventure et ma vie de Français au Canada. Je peux dire aujourd’hui que je suis fier et heureux d’avoir tenté ma chance.

Alors, à qui le tour ?

1. rayonne : brille, scintille
2. insouciance : absence d’inquiétude et de souci
3. consultation : visite chez le médecin
4. caution : argent que l’on donne comme garantie en entrant dans un logement
5. état des lieux : visite du logement pour faire la liste des éléments éventuellement abîmés au moment de l’installation
6. désillusion : perte des illusions, retour à la difficile réalité
7. angine : maladie de la gorge
8. parcours du combattant : chemin difficile
9. bouleversées : profondément modifiées
10. barrer : fermer à clé
11. embouteillée : bloquée, bouchée à cause des  voitures
12. dépaysé : perdu
13. forêt boréale : étendue d’arbres située très au   Nord
14. inuits : peuple originaire du nord du Canada
15. cercle polaire : cercle du Pôle Nord

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