L’invention du vaccin BCG

Peu de personne ayant subi dans leur jeunesse l’inoculation(1) du fameux BCG connaissent la signification de cet acronyme(2). Il s’agit du vaccin « bilié(3) de Calmette et Guérin », du nom de leurs découvreurs. On croit souvent que le B signifie « bacille », mais non, « bilié » renvoie au procédé employé pour la production du vaccin.
Leurs noms sont pour toujours associés à la lutte contre une maladie dont on ne parle plus guère aujourd’hui dans les pays développés mais qui était un fléau(4) au XIXe siècle : la tuberculose, dont sont morts Jane Austen, les sœurs Brontë,  Frédéric Chopin, Guy de Maupassant… ou encore le père de Camille Guérin alors que ce dernier n’avait que deux ans.

Les symptômes principaux sont une toux(5) persistante souvent accompagnée de crachats(6), de fièvre, d’une grande fatigue et d’une perte d’appétit et de poids. La maladie est contagieuse et se transmet par la salive(7) rejetée par le malade lorsqu’il tousse, éternue ou crache. Ceux qui n’en mouraient pas pouvaient également en conserver de graves séquelles pulmonaires.
Albert Calmette naît à Nice en 1863 et Camille Guérin naît à Poitiers en 1872.
Albert devient médecin dans la marine dès 1883. Il voyage ensuite en Indochine et en Afrique. Louis Pasteur lui-même lui demande de créer l’Institut Pasteur de Saïgon en 1891 et d’y développer un centre antirabique(8). De son côté, le jeune Camille ne se destine pas à la médecine humaine mais à des études vétérinaires à l’école de Maisons-Alfort, près de Paris.
En 1896, Guérin rencontre Calmette à l’Institut Pasteur de Lille que ce dernier vient de fonder.
Albert est déjà connu pour ses travaux sur les sérums antivenimeux(9) et la bactériologie des eaux souillées(10). Camille commence à travailler avec lui sur la variole(11), succédant ainsi au chercheur anglais Edward Jenner (1749-1823). C’est en 1905 que les deux compagnons découvrent que le bacille de la tuberculose bovine(12) peut immuniser(13) les animaux sans déclencher(14) la maladie. Reste à trouver un vaccin pour l’homme mais leurs travaux sont interrompus par la Première guerre mondiale. Finalement, le résultat est atteint en 1921 et le vaccin antituberculeux est autorisé par les pouvoirs publics en 1924. Cette période sera pour eux le temps de la reconnaissance : Albert est nommé professeur honoraire en 1914, élu en 1919 à l’Académie de médecine et entre en 1927 à l’Académie des sciences.

Il prend la responsabilité des Instituts Pasteur d’outre-mer. En plus de ses recherches sur la tuberculose, il crée la première station française d’épuration(15) des eaux à Lille.
De son côté, Camille Guérin est nommé directeur du service de la tuberculose à l’Institut Pasteur de Paris en 1928, puis, après la Seconde guerre mondiale, président du premier congrès international consacré au BCG en 1948 avant de devenir en 1951 président de l’Académie de médecine et de recevoir en 1955 le grand prix de la recherche scientifique de l’Académie des sciences.
Albert Calmette meurt en 1933 et Camille Guérin disparaît en 1961.

En France, le vaccin est rendu obligatoire de 1950 à 2007 pour les enfants scolarisés. Son obligation est suspendue en 2007 du fait de l’éradication(16) de la maladie en Europe.
Aujourd’hui, l’Institut Pasteur perpétue(17) la tradition des grands scientifiques du siècle dernier et compte parmi les meilleurs centres de recherche mondiaux. Il dispose d’une centaine d’unités de recherche dans lesquels travaillent mille cinq cents chercheurs, originaires de plus de soixante-dix pays différents. L’Institut a développé un réseau mondial de vingt-quatre Instituts hors de France. Chaque année, l’Institut fait appel à la générosité du public dans le cadre de l’opération « Pasteurdon », destinée à collecter des fonds pour financer la recherche fondamentale.
Pour autant, la tuberculose reste l’une des principales causes de mortalité dans les pays pauvres. En 2015, plus de dix millions de personnes ont contracté cette maladie et deux millions en sont mortes. Six pays totalisent 60% des cas : l’Inde, l’Indonésie, la Chine, le Nigéria, le Pakistan et l’Afrique du Sud.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) espère éradiquer définitivement cette maladie d’ici 2030.

1. inoculation (n. f.s.) : action d’introduire un produit dans le corps
2. acronyme (n. m.s.) : mot formé à partir des initiales des mots qui le composent
3. bilié (adj. m.s.) : qui contient de la bile
4. fléau (n. m.s.) : catastrophe, calamité
5. toux (n. f.s.) : symptôme d’une affection pulmonaire, rejet brusque de l’air contenu dans les poumons
6. crachats (n. m.p.) : petites quantités de salive et/ou de mucus rejetées par la bouche
7. salive (n. f.s.) : liquide produit dans la bouche
8. antirabique (adj. m.s.) : qui combat la rage (maladie)
9. antivenimeux (adj. m.p.) : qui combat les venins de serpent
10. souillées (adj. f.p.) : salies
11. variole (n. f.s.) : maladie mortelle
12. bovine (adj. f.s.) : relative à l’espèce des vaches, bœufs, …
13. immuniser (v.) : protéger
14. déclencher (v.) : créer, engendrer, provoquer
15. épuration (n. f.s.) : action de rendre propre, pur
16. éradication (n. f.s.) : élimination, suppression
17. perpétue (v. perpétuer) : poursuit, continue, prolonge

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