Les pieds dans l’eau

Les pieds dans l’eau

Par Stéphanie Grousset-Charrière

Par la fenêtre de sa chambre, au premier, Louisa guettait l’arrivée de la voiture. Treize ans qu’ils ne s’étaient pas vus ! Si elle avait su à l’époque, en organisant la fête de ses quarante ans, que cela se terminerait comme ça… Enfin maintenant, tout allait rentrer dans l’ordre. Ils seraient bientôt là, tous les deux, et sans leurs épouses. Tout se passerait bien.

Les vallons arides s’étiraient vers le ciel bleu. Le silence régnait. Le silence ou presque : face à elle, le chant des cigales montait des collines. Dans son dos, la vieille horloge égrenait chaque seconde de sa solitude.

Enfin, au loin, les cyprès se découpèrent sur le chemin ennuagé de poussière blanche.
Ils arrivaient !
Son cœur bondit, ses jambes aussi. Louisa dévala le grand escalier de pierre jusqu’à la salle à manger, ajusta le bouquet de lavande au centre de la table et courut dans la cuisine pour s’assurer, encore une fois, que la limonade que ses frères aimaient tant était au frais. Elle entendit des claquements de portières, des bruits de pas sur les gravillons, des voix, leurs voix !

Ils entrèrent sans frapper et jetèrent leurs vestes sur le sofa de l’entrée tout en continuant leur conversation, comme s’ils revenaient d’une simple course.
« – Mais non, insistait Marius, je pense que si un enfant ne veut pas jouer de musique, on ne peut pas le forcer.
– J’ai bien forcé mon fils, répliquait Alessio, et maintenant il joue du Beethoven. Un jour, il me remerciera !
– Si tu le dis… »
Figée sur le seuil du salon, Louisa attendait que ses frères aient terminé leur discussion. Quand Alessio l’aperçut enfin, il ouvrit grands ses bras en s’écriant :
« – Ah, la petite Louisa !
– Bonjour, souffla-t-elle dans un large sourire. »
Il l’embrassa fort, complimenta sa longue robe à carreaux qui appartenait jadis à leur mère et s’installa dans le canapé. Marius se montra moins exubérant mais déposa un baiser sur la joue de sa sœur. Il prit place dans un fauteuil.
« – Tiens, lança son aîné, Louisa, on t’a bien fait apprendre le violoncelle quand tu étais petite ?
– Oui, mais enfin, je n’ai jamais eu de talent.
– Tu vois ! répliqua Marius.
– Mais c’est une question d’éducation : les mômes ne doivent pas oublier qui est le patron. Leur père décide, ils obtempèrent, point. Louisa, on a quelque chose au frais ?
– Oui, oui, bien sûr. De la limonade, ça ira ?
– Si c’est tout ce qu’il y a… »

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