Les grandes orgues

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Connaissez-vous en français un mot qui est masculin au singulier et féminin au pluriel ? Il y en a seulement trois dans toute la langue française (heureusement !) : délice, amour et orgue. C’est ce dernier qui nous intéresse aujourd’hui car il a une place non négligeable dans la musique que l’on peut écouter dans de nombreuses églises en France.

Qui, en visitant une église, n’est pas resté admiratif en regardant une grande façade souvent haut perchée, bastienmgarnie de majestueux tuyaux savamment alignés ? Les façades des orgues sont magnifiques et lorsque l’instrument joue, le plaisir devient complet.
Laissez-moi vous expliquer comment il est fait : un buffet(1) composé de dizaines de tuyaux, une soufflerie et une console, lieu où se trouvent toutes les commandes ainsi que les claviers. Le buffet peut se trouver posé en « tribune » ou accroché en « nid d’hirondelle » ; il est souvent composé d’une grande façade de grands tuyaux à laquelle est rattaché un buffet plus petit. Parfois au pied des tuyaux de la grande façade, se trouvent d’autres tuyaux disposés en éventail et à l’horizontale : on les appelle tuyaux de chamade(2), ce sont généralement des jeux d’anches(3), trompette ou clairon selon leur longueur. Ils permettent de donner un son plus percutant. Les artisans qui ont édifié ces instruments sont des
« facteurs d’orgues ».

L’Europe possède un patrimoine exceptionnel de grandes orgues. Les pays les mieux fournis sont l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie mais on en trouve aussi ailleurs, y compris dans les deux Amériques. En France, on trouve des instruments datant du XVIe siècle jusqu’aux constructions les plus contemporaines.

On peut classer les orgues en quatre grandes catégories qui suivent la chronologie.
Tout d’abord, les orgues classiques, de taille moyenne, possèdejean-pierre-dalberant une composition sonore équilibrée et leur fonctionnement est uniquement mécanique. Les sonorités sont très typées. Ils datent principalement des XVIe et XVIIe siècles. Il faut par exemple voir les orgues de Saint-Germain-en-Laye (orgue Clicquot, joué par la dynastie du célèbre François Couperin) ; et celles de Saint-Maximin-en-Provence (orgue Isnard, d’un modèle typiquement conforme à la description faite dans L’art du facteur d’orgue, le livre du moine bénédictin Dom Bedos de Celle, qui est une sorte de bible pour les spécialistes).
Les orgues symphoniques, ou romantiques, proposent une composition de timbres(4) rappelant la masse sonore de l’orchestre. On peut appeler des groupes de timbres ou « jeux » par une seule commande. Leur fonctionnement peut être assisté par une machinerie pneumatique ou électro-pneumatique. Ils datent du XIXe siècle. Cette époque a été fortement marquée par le facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll : à Paris, la cathédrale Notre-Dame-de-Paris et l’église Saint-Sulpice ; à Marseille, l’église Saint-Joseph ; ou encore à Toulouse, la basilique Saint-Sernin.
Les orgues néoclassiques, elles, disposent leur composition dans le but de corriger les excès de l’orgue symphonique en revenant à l’orgue classique mais elles gardent la possibilité de jouer les œuvres romantiques. Leurs commandes peuvent être électro-pneumatiques ou électriques. Il s’agit plutôt d’instruments du XXe siècle. On les trouve par exemple dans les cathédrales de Reims et de Chartres.
Enfin, les orgues contemporaines peuvent jouer tous les styles mais avec un retour à la traction mécanique pour les touches des claviers et des commandes électriques ou assistées par ordinateur pour appeler les jeux. Les buffets abandonnent la boiserie(5) traditionnelle pour laisser voir les rangées de tuyaux. La traction est électrique, permettant ainsi le déplacement de la console qui peut alors être vue du public lors des concerts. Un dispositif informatique permet d’enregistrer à l’avance les diverses combinaisons de timbres que l’organiste appelle d’un simple appui sur un bouton.

Si les orgues ont servi le culte dans les églises, les salles de concert apprécient d’avoir de tels instruments. On peut d’ailleurs en voir dans de nouvelles salles, comme celle de la Philharmonie de Paris, l’auditorium de Radio-France, ou encore l’auditorium Maurice Ravel de Lyon.
En dehors des concerts, on peut entendre résonner ces instruments lors des offices religieux. Les enregistrements sur CD sont nombreux de la part d’interprètes talentueux et variés qui remettent parfois au goût du jour(6) des compositeurs oubliés ou méconnus pour le plus grand plaisir des mélomanes.
Gageons(7) que, lors vos prochaines visites, vous verrez ces grandes orgues d’un autre œil … !

Lexique
1. buffet (n. m.s.) : meuble en boiserie qui contient les tuyaux et
l’ensemble de la mécanique
2. chamade (n. f.s.) : roulement de tambour
3. anches (n. f.p.) : lamelles qui produisent le son de certains instruments
à vent
4. timbres (n. m.p.) : types de sons différents
5. boiserie (n. f.s.) : meuble en bois
6. au goût du jour : à la mode
7. gageons (v. gager) : parions, soyons sûrs

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Une réflexion sur “ Les grandes orgues ”

  1. Une merveille ! Dieu ne serait-il pas jaloux devant de si belles réalisations ? Je vous souhaite les plus belles prestations sur un si bel instrument musical. Chanoine Joseph Jallet, prêtre du diocèse de Namur, Belgique !

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