Les bêtises, Alice et Rose Philippon, 2015

Par Romain Devaux

« J’ai tout démonté tes tableaux,
J’ai tout découpé les rideaux,
Tout déchiré tes belles photos
Que tu cachais dans ton bureau
Fallait pas m’quitter tu vois,
Il est beau le résultat,
Je fais rien que des bêtises,
Des bêtises quand t’es pas là … »

En 1985, une jeune chanteuse, Sabine Paturel, fait un carton(1) avec un titre très mélodieux racontant toutes les bêtises que peuvent faire les enfants en l’absence de leurs parents. Cette chanson revient aujourd’hui sur la bande originale du film d’Alice et Rose Philippon, Les bêtises, un long métrage atypique(2) et plein de surprises que les amoureux des salles sombres ont beaucoup aimé, au début de l’été 2015.
Comme les célèbres frères Cohen, les deux réalisatrices ont depuis toujours l’envie de travailler ensemble. Toutes deux diplômées en cinéma, elles collaborent aujourd’hui pour amener sur grand écran le scénario qui leur a permis de gagner le prix junior du meilleur scénario en 2012.

Le résumé
François est un jeune homme grand, brun, charmant, célibataire et on peut le dire, assez maladroit. Il est le genre de personne à coincer ses lacets dans l’escalator(3), à se prendre les pieds dans les marches ou à s’appuyer sur un mur fraîchement repeint. Dès les premières minutes du film, tout le monde cerne(4) le personnage.
À trente ans, le jeune homme s’est lancé dans une entreprise existentielle : retrouver sa mère biologique. Les centres d’adoption sont très stricts sur certains points, dont celui de garantir l’anonymat(5) aux mères qui ont décidé de faire adopter leur enfant après l’accouchement. François se heurte donc à un mur lorsqu’il cherche à retrouver le nom de sa mère. Heureusement pour lui, sa maladresse va lui faire obtenir l’adresse où vit aujourd’hui sa mère. Le trentenaire part alors à sa rencontre. Il arrive dans un petit village de campagne et sonne au portail d’une grande villa. On y célèbre justement un anniversaire ; immédiatement, François en profite pour soudoyer(6) le serveur qui arrive en même temps que lui, et prend sa place afin de rencontrer celle qui l’a mis au monde. Vous le pressentez sûrement, un serveur aussi maladroit et concentré uniquement sur l’idée de rencontrer celle qui l’a abandonné à sa naissance, ça ne présage(7) rien de bon !

Notre avis
Le thème de l’œuvre, assez ordinaire, est pris avec beaucoup d’adresse, ce qui rend l’histoire surprenante et digne(8) d’intérêt. Les deux réalisatrices voient juste en proposant un film court (1h20) mais percutant. Malgré un manque de rythme dans certaines scènes, les plans sont assez contrastés, lumineux, voire colorés, ce qui apporte de la joie au long métrage – la scène de la fête costumée durant laquelle le tube de Sabine Paturel est repris redonne un bon coup de fouet(9) au film.
Le personnage de François, très attachant, aide les spectateurs à entrer dans l’univers des sœurs Philippon. Jérémy Elkaim (François) que l’on a vu dans Polisse ou encore La Guerre est déclarée, nous offre une performance touchante et mélancolique ; tout comme Sara Giraudeau, la serveuse un peu timide et atteinte d’un hoquet(10) chronique. Au contraire, la prestation d’Anne Alvaro est un peu décevante, elle manque d’émotion dans ce rôle de mère pourtant tiraillée(11) par son passé.

Loin des drames et des classiques, Les bêtises est une comédie fraîche, amusante qui vous fera sourire et découvrir quelques artistes montants du cinéma français.

Lexique
1. fait un carton : connaît un grand succès
2. atypique (adj. m.s.) : inhabituel, particulier
3. escalator (n. m.s.) : escalier mécanique
4. cerne (v. cerner) : comprend
5. anonymat (n. m.s.) : fait de rester inconnu
6. soudoyer (v.) : payer pour un service malhonnête
7. présage (v. présager) : montre un avenir
8. digne (adj. m.s.) : qui mérite
9. coup de fouet : montée d’énergie
10. hoquet (n. m.s.) : trouble de la respiration
11. tiraillée (adj. f.s.) : tourmentée, perturbée

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