L’empreinte française

Par Laura Tejeda Meza

Depuis le début de son histoire, la ville de La Nouvelle-Orléans possède une communauté cosmopolite1 et multiraciale, riche en culture et traditions. La ville est au cœur de la culture des Caraïbes et est imprégnée d’une forte identité francophone.

La Nouvelle-Orléans a été fondée par les Français en 1718, sous la direction du colon Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville (1680–1767). Son nom a été choisi en honneur au régent Philippe, duc d’Orléans (1674-1723). La ville est devenue capitale de la Louisiane française en 1722.
Sa construction fut difficile à cause du manque de main d’œuvre, des maladies, du climat et du type de végétation qui poussait sur le territoire.

Néanmoins, il y avait un problème plus grave encore : le manque de femmes. Le Royaume de France a donc procédé à l’envoi des Filles du Roi : de jeunes femmes, choisies par les responsables des hospices et d’hôpitaux où elles étaient hébergées, étaient envoyées vers la Nouvelle France pour s’y marier et fonder une famille. Elles étaient appelées Filles du Roi puisque le Roi de France agissait comme un tuteur en payant les frais du voyage ainsi que leur dot2 de mariage. Précisons que seules les femmes blanches étaient destinées à cette mission. En effet, les femmes amérindiennes étaient prises comme maîtresses3 et les femmes noires comme maîtresses et/ou servantes. Du fait du Code noir*, il était impossible de célébrer des mariages interraciaux4.

Avec le traité de Fontainebleau signé le 3 novembre 1762, la Nouvelle-Orléans a été cédée à l’Empire espagnol. Cependant, aucun gouverneur espagnol n’a pris le contrôle de la ville avant 1766 et peu d’hispanophones s’y sont installés. Dans ces années, on instaure le principe de l’exclusif : il s’agit d’autoriser les échanges uniquement entre la colonie et sa métropole en utilisant des bateaux de la métropole.
Il n’était plus possible d’importer d’ailleurs5 ou de vendre directement à d’autres pays. Le 28 octobre 1768, un groupe de colons créoles a tenté de chasser les Espagnols. Cette révolte a vite été arrêtée, cependant elle a abouti à la création d’un conseil municipal qui a pris en compte le point de vue des créoles.
La ville est revenue sous contrôle français en 1800. Mais, en 1803, Napoléon Ier (1769–1821) a vendu la Louisiane aux États-Unis pour quatre-vingt millions de francs.

À cette époque, la Louisiane était essentiellement peuplée de colons d’origine française. Mais à partir de 1803, le port de La Nouvelle-Orléans a reçu d’importantes vagues d’immigrants d’origines différentes. Les premiers à s’y installer ont été des Français en provenance de la colonie de Saint-Domingue fuyant6 avec leurs esclaves la révolution haïtienne (1791-1804). Puis, il y a eu des flux d’immigrants venus des États-Unis, de France métropolitaine, d’Irlande et d’Allemagne.

Pendant l’époque coloniale, le français de France est resté la langue officielle. Elle était la seule langue des Blancs, les Noirs parlaient le créole et les Amérindiens parlaient leurs langues. Cependant, le conflit armé entre Confédérés et Unionistes (la guerre de Sécession, 1861-1865) a engendré7 des divisions entre francophones blancs, francophones noirs et créoles. Ces derniers ont maintenu la langue française en raison du partage des idées révolutionnaires (égalité et liberté chères à la Révolution française). Les francophones blancs se sont intégrés aux Confédérés anglophones, car ils étaient favorables au système esclavagiste. À la fin de cette guerre, le paysage linguistique de la Louisiane a changé radicalement. Le français est devenu une langue minoritaire, parlée uniquement dans les familles, elle a cessé d’être enseignée à l’école ; elle sera bannie officiellement en 1921.

Aujourd’hui, le français n’est pas une langue officielle, bien sûr. Néanmoins, il possède un statut spécial grâce à la reconnaissance donnée par la Législature de l’État sur l’héritage français en Louisiane, faite en 1968, en raison de son importance dans la culture actuelle.

Lexique
1. cosmopolite (adj. f.s.) : d’origines variées
2. dot (n. f.s.) : biens donnés par une femme lors du mariage
3. maîtresses (n. f.p.) : amante hors du mariage
4. interraciaux (adj. m.p.) : qui ont lieu entre différentes races
5. ailleurs : venant d’autres lieux
6. fuyant (v. fuir. Part.prés.) : s’éloignant
7. a engendré (v. engendrer) : a provoqué

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