Le voyage éthique

Je m’appelle Boris et je travaille pour Etika Mondo, j’accompagne des voyageurs en quête de sens. Avez-vous  déjà entendu parler de « voyage éthique » ?

En 1866, le biologiste allemand Ernst Haëckel a écrit que l’écologie était « la science des relations des organismes avec l’environnement, c’est-à-dire la science des conditions d’existence ». En cela, il a remplacé le « Je pense, donc je suis » de Descartes pour poser les bases du concept d’écologie : nos conditions d’existence ne sont donc pas nos pensées, comme l’affirme Descartes,pexels-photomais plutôt nos relations, selon Haëckel. Cette prise de conscience et ses conséquences commencent à nous influencer. Par exemple, pêle-mêle(1), l’agriculture biologique (alimentation), internet (technologie) et les révoltes arabes (politique) ont en commun cette vision « relationnelle », interactive.
L’éthique, c’est la quête de sens dans les actes, c’est la recherche du « bon geste ». Elle évolue selon la vision et les valeurs de la civilisation. Avec Descartes, favoriser le bonheur, c’était favoriser la science, ou la pensée. Mais depuis Haëckle, c’est favoriser les relations avec les autres et avec la nature.
Naturellement, le voyage est aussi impacté par cette vision des choses. De plus en plus de voyageurs décident par exemple de leur destination en fonction des interactions que l’expérience génèrera(2).

Le tourisme responsable veut associer développement économique local, écologie et rencontres authentiques. C’est un premier pas. Toutefois, encore beaucoup de gens disent qu’ils « visitent un pays » en une semaine ; chez les jeunes, c’est la mode du tour du monde à 1€ par jour. Succès garanti sur les réseaux sociaux. Mais tant qu’il en sera ainsi, le tourisme restera un tourisme de masse, l’écologie n’ira pas mieux et les rencontres resteront folkloriques. Raisons pour lesquelles Etika Mondo va plus loin avec le voyage en quête de sens. Le voyage éthique, c’est une contribution au bonheur par le bon geste.

Le voyage est souvent une fuite. On cherche ailleurs ce pexels-photo-31223qu’on ne trouve pas ici. La façon de chercher donne (ou pas) son caractère éthique au voyage. Soit on fuit une situation sans réfléchir, avec à la clé(3) la nostalgie du voyageur qui n’a pas trouvé de réponse, pas reçu d’enseignement, voire4 qui n’a pas cherché, et qui souhaite repartir. Soit on travaille sur soi : « Qui suis-je aujourd’hui ? Qui je veux devenir demain ? » et on se demande comment son voyage va permettre de passer d’aujourd’hui à demain. Car voyager responsable n’est pas voyager en vain.

Le voyage éthique sert donc un projet de vie. C’est même sa raison d’être.
On pourrait alors craindre que la quête personnelle se détache des enjeux logistiques, comme choisir des transports doux, un éco-lieu et un manger local et bio. Mais ce n’est pas le cas puisque les personnes qui ne trouvent pas leur place dans la société moderne sont généralement sensibles à ces questions. Justement parce qu’elles cherchent à donner un sens à leur vie avec une dimension interactive importante.
Pour cela, une préparation sur mesure loin des offres des catalogues est nécessaire. D’abord identifier son projet de vie. Puis identifier le territoire réunissant des projets proches de ses aspirations, voire qui les ont dépassés. Enfin, étudier les projets.
Et se souvenir : « les relations sont les conditions d’existence ».

Aussi, pour comprendre un projet, il est nécessaire de comprendre son environnement. Raison pour laquelle un voyage éthique ne peut pas couvrir beaucoup de territoires : c’est à chaque territoire beaucoup de préparation. C’est la contrainte qui oblige le choix. Avant d’être un lieu, la destination du voyage éthique, c’est la quête de soi.

Le voyage éthique, ce n’est pas aider les autres. C’est leur demander de l’aide. Ils se sentiront enfin reconnus pour leur talent. D’autant que les questions que nous leur posons leur offrent une prise de recul. Un jour, alors que j’expérimentais la méthode d’Etika Mondo, mon hôte(5) a versé une larme. Après un silence, il a relevé la tête et m’a dit : « Ca fait trente ans que j’agis pour le bon sens. C’est la première fois que je fais le bilan pour savoir si mes actes répondent bien à mes convictions ».

Le voyage éthique est réussi quand, à son retour, le voyageur souhaite réaliser son rêve. Un voyage éthique ne remplit pas un passeport. Il remplit nos vies. Grâce à d’excellentes relations.

Lexique
1. pêle-mêle (adv) : dans le désordre, en vrac
2. génèrera (v. générer) : engendrera, créera, aura pour conséquence
3. à la clé : au bout, à la fin
4. voire (adv.) : et même
5. hôte (n. m.s.) : personne qui reçoit chez elle

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