L’Amérique française

Damien Douillard avec la collaboration de Nicolas Hebbinckuys

« Y’a dans le sud de la Louisiane et dans un coin du Canada, des tas de gars, des tas de femmes, qui chantent dans la même langue que toi. »  Voici les premières paroles d’une célèbre chanson que Michel Fugain interprétait dans les années 70. Beaucoup de Français la connaissent sans vraiment savoir qui sont tous ces Acadiens et toutes ces Acadiennes.

Nicolas Hebbinckuys
Nicolas Hebbinckuys

Sachez d’abord que l’Acadie est le berceau(1) de la francophonie en Amérique du Nord. En effet, au XVIe siècle, les grandes nations européennes comme l’Espagne, le Portugal, la France et l’Angleterre cherchent à se partager le Nouveau Monde, cet énorme continent qu’on appelle alors les Indes occidentales. Alors que les Espagnols et les Portugais se consacrent plutôt aux Antilles, au centre et au sud de l’Amérique, les Anglais et les Français se disputent(2) le nord : la Virginie pour les premiers et la Cadie pour les seconds. C’est le navigateur Giovanni da Verrazano qui utilise pour la première fois ce nom en 1524. Dans la mythologie grecque, l’Arcadie symbolise l’âge d’or ; c’est un pays paisible où vivent de nombreux bergers3. À partir de 1603, la Cadie désigne toutes les Terra Nova comprises entre le 40e et le 46e degré de latitude nord.

Dès 1604, les Français essaient de s’installer à l’île Sainte-Croix, mais c’est un échec. L’explorateur Pierre Dugua de Mons (~ 1560-1628) réussit finalement à poser les premières pierres de la petite habitation du Port-Royal dont une reconstitution(4) se trouve de nos jours en Nouvelle-Écosse. Samuel de Champlain (~ 1570-1635) y passe quelques années avant d’aller fonder la ville de Québec en 1608. Cette ville va aussi donner son nom à une autre province canadienne qui concentre de nos jours le plus grand foyer(5) de
population francophone en Amérique du Nord.

À la fin du XVIIe siècle, la moitié de l’Amérique du Nord est occupée par les Européens, mais largement dominée par les Français. Cependant cela ne dure pas : différents conflits perdus par la France débouchent sur(6) des traités qui réduisent ses possessions à une peau de chagrin(7) en moins de 100 ans. Historiquement, le territoire a été dominé alternativement par les Anglais et les Français de 1604 à 1755. Mais en 1755, les Anglais s’imposent et décident de déporter(8) les Acadiens par bateau vers la Louisiane, les côtes américaines, vers certaines prisons britanniques ou vers la France, notamment Belle-Île-en Mer : c’est le Grand Dérangement. Quelques années plus tard, certains Acadiens reviennent sur leurs terres d’origine. Ils se dispersent(9) alors dans toute l’ancienne Acadie et parviennent à sauvegarder leur langue et leur culture grâce notamment aux arts et à la musique.

manumilou
manumilou

De nos jours, l’Acadie n’est donc plus une région au sens administratif du terme. Il s’agit plutôt d’une région historique ou culturelle du Canada et qui regroupe essentiellement le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, une partie de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve et Labrador, ainsi que les îles de la Madeleine – qui font, elles, partie du Québec.

Enfin, non loin de là, se trouve l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Au retour de son deuxième voyage (1536), Jacques Cartier (1491-1557) longe ces îles déjà bien connues des pêcheurs basques, bretons et normands. Aujourd’hui, elles sont encore rattachées à la France.

D’une manière plus générale en Amérique du Nord, plusieurs dialectes d’origine française existent toujours. De nombreux francophones de langue maternelle y vivent, soutenus par de plus en plus de francophiles qui ont appris le français. Dynamiques et fiers de leur culture commune, ils sont un peu partout au Canada et dans plusieurs régions des États-Unis.

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