La vengeance est un plat qui se mange … sur scène !

par Romain Devaux

Il y a trente ans, Andreï Filipov était à la tête de l’Orchestre du Bolchoï, l’un des plus prestigieux théâtres soviétiques. Aujourd’hui il y travaille toujours… mais il y fait le ménage. Licencié en pleine gloire pour avoir tenu tête(1) au régime parce qu’il protégeait ses musiciens juifs, Andreï n’a plus eu le droit de remonter sur scène, transformant son illustre carrière en un souvenir douloureux.

EuropaCorp Production1Un soir, alors qu’il reste tard pour nettoyer un bureau poussiéreux du théâtre moscovite, il tombe par hasard sur un fax venu tout droit de Paris, invitant l’Orchestre officiel du Bolchoï à se produire sur la scène du mythique théâtre du Chatelet, en plein cœur de la capitale française. Sans réfléchir, Andreï subtilise(2) le fax, il a une idée de folie : réunir tous ses anciens musiciens et se faire passer pour l’Orchestre du Bolchoï afin de jouer un ultime concert. Le chef d’orchestre se lance alors à la recherche de son ancienne troupe d’artistes humiliés, mis au ban(3) de la société, aujourd’hui devenus des ratés et des ivrognes(4), ce qui donne lieu à des scènes assez burlesques.  Pour renforcer sa crédibilité, ce faux orchestre exige certaines dispositions de la part du théâtre du Châtelet. Notamment, il veut qu’Anne-Marie Jacquet (interprétée par Mélanie Laurent), violoniste française de renommée internationale, soit leur soliste pour jouer l’œuvre de Tchaïkovski qu’ils n’ont pu terminer trente ans auparavant, ce qui donne un goût de vengeance à cette supercherie(5).
Pour pimenter l’histoire, il se trouve que le directeur du vrai Bolchoï est en vacances à Paris au même moment. Fâcheuse(6) coïncidence !

Qu’en pense la critique ?

Comédie pour les uns, farce grossière pour d’autres, Le Concert de Radu Mihaileanu est sorti dans les salles en 2009. La bande son du film a été récompensée par deux Césars en 2011, dans les catégories Meilleur son et Meilleure musique.

Ce long métrage(7), poétique et dramatique, véhicule(8) l’énergie slave grâce à un scénario imprévisible, mais construit sur de solides bases historiques et aussi humaines. L’aspect comique manque cependant de profondeur, le film tombe par moment dans le domaine de la farce en offrant une image des Juifs, Russes et Tziganes assez caricaturale(9).

Et la musique dans tout ça ?

Andreï Filipov choisit une œuvre du compositeur russe Tchaikovsky pour son concert au théâtre du Châtelet, lors de la dernière scène du film. Cependant, avant cela, on peut entendre un grand nombre de titres très divers qui donnent du rythme et de l’énergie au film : de la musique russe, tzigane, égyptienne, arménienne… La musique a ici une place importante, comme le dit le personnage principal : « C’est une confession, un cri, dans chaque note de musique, il y a la vie. Toutes les notes recherchent l’harmonie ». On comprend à la fin du film que cette recherche de l’harmonie est synonyme de bonheur et de sérénité pour Andreï.

LCFF vous conseille

Mêlant langue russe et française, nous vous conseillons de voir ce splendide film en version originale sous titrée pour pouvoir profiter de l’accent russe et vous amuser du vieux, vieux, très vieux français employé par les personnages. Peu importent vos styles musicaux et vos goûts cinématographiques, vous trouverez dans Le Concert de quoi vous faire sourire et partagerez, le temps d’une scène, quelques frissons au son des violons.

Lexique

1. tenu tête : résisté
2. subtilise (v. subtiliser) : vole discrètement
3. mis au ban : rejetés
4. ivrognes (n. m.p.) : alcooliques
5. supercherie (n. f.s.) : arnaque, farce
6. fâcheuse (adj. f.s.) : qui peut poser problème
7. long métrage : film
8. véhicule (v. véhiculer) : transporte
9. caricaturale (adj. f.s.) : exagérée

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