La scolarisation des filles

La scolarisation des filles

Par Mamadou Berthé

La Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 fait mention dans son préambule, de l’égalité de droits entre les hommes et les femmes ; l’article 26 de la même Déclaration stipule que toute personne a droit à l’éducation.

Si cela est vrai pour tous les humains sans distinction, pourquoi alors la scolarisation des jeunes filles africaines se trouve-t-elle au centre des polémiques(1) et de sempiternels(2) débats ? Dans la plupart de nos fa-milles africaines, les petits garçons sont prédestinés à une éducation intellectuelle tandis que les jeunes filles doivent se familiariser avec les tâches ménagères qui feront d’elles de parfaites épouses une fois mariées. Si de très nombreuses jeunes filles ne sont pas scolarisées, c’est par la seule volonté de leur famille. Les difficultés financières sont souvent évoquées, mais certains parents n’hésitent pas à se retrancher(3) derrière les traditions en sacrifiant l’avenir de leurs filles sur l’autel(4) d’un certain respect de la parole donnée pour les engager dans des mariages aux conséquences désastreuses. Les quelques grandes intellectuelles africaines qui font la fierté de leur pays proviennent, elles, de familles d’intellectuels ou ont bénéficié d’extraordinaires concours de circonstances.

Dans de nombreux pays africains, les hommes politiques n’ont pas fait de la scolarité de la jeune fille l’une de leurs priorités et ne semblent pas pressés de rectifier le tir(5), à en juger par le nombre impressionnant de jeunes filles analphabètes, donc dépendantes et très vulnérables(6). Malgré les discours hypocrites et enflammés, accompagnés de manipulations de chiffres qui font croire que les mêmes chances de scolarité sont offertes autant aux jeunes filles qu’aux jeunes garçons, la réalité est triste et choquante. Nos traditions et coutumes africaines qui n’ont aucune valeur juridique doivent être faites pour préserver nos acquis et non créer des frustrations car, en plus du faible taux d’alphabétisation des filles, les femmes font face à de nombreuses discriminations puisqu’elles ne disposent pas de véritables droits de propriété sur les biens et les terres. Je ne terminerai pas sans évoquer le meurtre barbare perpétré contre une jeune et brillante lycéenne par son grand frère, tout simplement parce qu’elle a refusé d’interrompre ses études pour se marier. La véritable égalité des chances passe nécessairement par une scolarisation obligatoire de la jeune fille africaine qui fera voler en éclats les mœurs barbares et rétrogrades.

Lexique

1. polémiques (n. f.p.) : vives discussions

2. sempiternels (adj. m.p.) : qui se répètent indéfiniment

3. se retrancher (v.) : se cacher

4. en sacrifiant l’avenir de leurs filles sur l’autel : en prétextant

5. rectifier le tir (exp.) : changer

6. vulnérables (adj. f.p.) : fragiles

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