La cour de Babel de Julie Bertuccelli

Par Romain Devaux

Ce mois-ci, LCFF vous fait découvrir l’envers du décor des écoles de FLE. A cette occasion, nous avons choisi de vous présenter le documentaire de Julie Bertuccelli qui a posé ses caméras et ses micros dans la classe d’accueil du collège de la Grange-aux-Belles dans le Xe arrondissement de Paris, pour suivre un petit groupe d’élèves nouvellement arrivés en France.

Si je vous disais que Brigitte Cervoni arrive à faire le tour du monde en un jour, me croiriez-vous ? Et bien, Brigitte est enseignante de français dans la classe d’accueil d’un collège parisien et elle côtoie chaque568295 jour des élèves venant des quatre coins du monde. Ces élèves sont arrivés il y a peu de temps en France avec leurs parents qui cherchaient à fuir une zone politiquement instable, une région en crise ou qui ont tout simplement immigré pour des raisons professionnelles. Agés de onze à quinze ans, ces adolescents se retrouvent dans une même classe pour apprendre ou parfaire leurs connaissances en langue française avant de pourvoir intégrer un cursus scolaire ordinaire. La réalisatrice, Julie Bertuccelli, qui n’en est pas à son premier documentaire, a observé pendant trois trimestres des adolescents roumains, chinois, irlandais, sénégalais, chiliens, croates, ukrainiens et de bien d’autres nationalités, afin de nous faire comprendre le parcours de ces jeunes qui viennent de pays plus différents les uns que les autres et n’espèrent qu’une chose : devenir des collégiens comme les autres.
Au sein de cette petite classe, qui représente à elle seule le monde, des amitiés se créent, mais aussi des tensions que l’enseignante doit désamorcer(1) avec la seule arme qu’elle possède : la parole. Les mots ont un grand rôle ; on réalise
bien rapidement, grâce aux interactions de ses élèves aux langues natales très différentes, que chaque langue reflète la conception du monde d’une communauté. Le jeu de mot dans le titre construit à partir du mythe biblique de la Tour de Babel explique très simplement cette idée.

De sa voix douce, l’enseignante les corrige, les accompagne et les guide à travers les leçons et exercices qui visent(2) à leur permettre de s’exprimer avec plus d’aisance. Tour à tour, les élèves s’interpellent et passent au tableau pour parler du plus beau souvenir qu’ils ont de leur pays natal ou de ce qu’ils ont éprouvé lorsqu’ils ont quitté leurs amis pour aller en France. Ils sont à la fois heureux et tristes et mettent, pour la plupart, beaucoup d’espoir dans l’accomplissement de leurs études en France. Très impliquée, leur enseignante n’hésite pas à leur faire aborder des sujets tels que la religion et la laïcité(3) et les fait participer à un concours de cinéma pour lequel la classe doit réaliser un court métrage. Tout cela permet aux élèves de soulever de grandes questions malgré leur jeune âge et leur innocence.
Vous n’êtes pas féru(4) de documentaires ? Lancez-vous, vous ne le regretterez pas. Construit comme un récit de vie, on ne voit pas le temps passer et on s’attache très vite aux personnages. Chose surprenante, on ne voit que très peu l’enseignante. La réalisatrice a en effet souhaité donner la parole aux élèves pendant la plus grande partie de l’œuvre.

Que vous appreniez le français à l’école, à la maison ou en famille, La cour de Babel vous rappellera très certainement votre propre apprentissage de la langue de Molière.

1. désamorcer (v.) : éviter une crise
2. visent (v. viser) : ont pour but
3. laïcité (n. f.s.) : caractère de ce qui n’est pas religieux
4. féru (adj. m.s.) : amateur passionné

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