Jean-Paul Gaultier

par Cécile Josselin

« l’enfant terrible de la mode française »

Une marinière(1) bleue et le corset aux seins coniques(2) de Madonna suffisent à évoquer son univers. Jean-Paul Gaultier est l’homme du contre-pied(3). Humaniste avec une pointe de provocation, il joue brillamment avec le métissage et le mélange des genres.

Jean-Paul Gaultier  avril 2012-® Rainer Torrado po Jean Paul Gaultier
® Rainer Torrado po Jean Paul Gaultier

L’histoire de la maison Jean-Paul Gaultier commence à Bagneux en banlieue parisienne, où le créateur naît en 1952 dans une famille modeste. Enfant unique d’une mère caissière(4) et d’un père comptable, le jeune garçon fuit l’école, préférant se réfugier chez sa grand-mère où il dévore les magazines de mode. Là, il s’amuse à relooker Nana, son ours en peluche.

À quinze ans, fasciné par Falbalas, le film de Jean Becker, il a une révélation. C’est décidé. Il sera couturier ! Il envoie ses croquis à Pierre Cardin qui, impressionné par la précocité(5) du jeune homme l’embauche en 1970. Jean-Paul n’a alors que 18 ans !

Après un bref passage chez Jacques Esterel, il rejoint Jean Patou chez qui il reste deux ans. De retour chez Pierre Cardin en 1974, il crée à Manille les collections destinées aux États-Unis. Deux ans plus tard, alors qu’il n’a que 24 ans, il lance sa première collection au Palais de la découverte. Bien que remarquée, celle-ci fait un flop(6). Jean-Paul Gaultier envisage alors de tout abandonner, mais après quelques années de doute, sa marque décolle dans les années quatre-vingts, notamment grâce au soutien financier de son partenaire japonais Kashiyama.

Dès 1983, il présente ses premières robes corset. Puis c’est la jupe pour homme (1985) et sa célèbre marinière bleue qui annoncent la ligne directrice de son œuvre : le mélange des genres féminin/masculin. Anticonformiste, le créateur ouvre la mode du « toy boy » : un homme objet androgyne(7) qu’il habille de jupes, de jupons et de robes…

Dans les années quatre-vingt-dix, Jean-Paul Gaultier se diversifie. Il lance ses différents parfums, accessoires et bijoux qui rencontrent immédiatement un vif succès. En 1993, il propose un premier parfum pour femme Classique, suivi deux ans plus tard par sa version masculine, baptisée Le mâle, complétés en 2003 par une ligne cosmétique pour homme avant-gardiste(8), puis par un troisième parfum pour homme et femme baptisé Gaultier².MarinmaleGaultier

Entre temps, le couturier a continué à élargir son travail de styliste. Après une première ligne de jeans, il lance en 1994 la collection JPG, une ligne unisexe à tendance sportswear à petit prix. Mais la date la plus décisive de sa carrière est 1997. Cette année-là, Jean-Paul Gaultier entre dans le cercle très fermé de la haute couture. Désormais pleinement reconnu par ses pairs(9), il dessine de 2004 à 2010 la collection de prêt-à-porter féminin d’Hermès qui détient 35% du capital de sa marque.

Très médiatique, l’homme aux cheveux décolorés collabore régulièrement avec le monde du spectacle. En 1990, Madonna lui commande les costumes de sa tournée. Fan de la star, Jean-Paul Gaultier dessine pour elle le célèbre corset aux seins coniques. Ravie, la diva de la pop fait à nouveau appel à lui en 2006, suivie par Kylie Minogue. Éclectique(10), le créateur français n’oublie pas ses compatriotes. Il créé ainsi les tenues de l’accordéoniste Yvette Horner, comme ceux de Sheila, Johnny Hallyday et Mylène Farmer.
Animateur télé à ses heures perdues, il présente au côté d’Antoine de Caunes, l’émission Eurotrash sur Chanel4 en 1993, puis la cérémonie de MTV Europe Music Awards deux ans plus tard. En 2008, il récidive(11) auprès de Julien Lepers à l’occasion du concours  de l’Eurovision.
Jury au Festival de Cannes en 2010, l’homme est fréquemment demandé par le cinéma pour dessiner les costumes de film qui deviendront « culte ». Parmi les plus connus, citons Le cinquième élément de Luc Besson, La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet, ou encore Kika de Pedro Almodóvar.
Désormais directeur artistique de sa marque, qui a été rachetée par le groupe PUIG en 2011, l’enfant terrible de la mode n’a pas fini de bousculer les codes.

Rayonnement de Jean-Paul Gaultier dans le monde

Actuellement à l’honneur au musée de Brooklyn à New York, Jean-Paul Gaultier fait l’objet depuis 2011 d’une grande rétrospective12 dans le cadre de La planète mode de Jean-Paul Gaultier. De la rue aux étoiles.  Commencée à Montréal avant de gagner les États-Unis (où elle est passée de Dallas à New York en passant par San Francisco), puis l’Europe (Madrid, Rotterdam et Stockholm), cette exposition a déjà vu défiler près d’un million de personnes selon ses organisateurs.

Produit phare

Le corset

Corset Madonna -® Brooklyn Museum ÔÇô De La Rue aux EtoilesDepuis ses débuts, Jean-Paul Gaultier n’a cessé de revisiter le corset.  Dès 1984, il dévoile ses premières robes corset et en fait un thème majeur de son travail. Mais c’est incontestablement le corset rose pâle aux seins coniques qu’il dessine pour Madona, pour sa tournée internationale Blond Ambition Tour, qui fait de cet accessoire de lingerie LE produit phare de sa marque, au côté du kilt et de la marinière bleue. Il en reprend la ligne pour le flacon de son parfum star Classique.

Loin d’être un instrument de torture, cet accessoire est pour Jean-Paul Gaultier un véritable instrument de pouvoir qui sublime(13) la féminité de la femme qui le porte.

 

1. marinière (n. f.s.) : vêtement de marin rayé de bleu et blanc
2. coniques (adj. m.p.) : en forme de cône, pointus
3. contre-pied (n. m.s.) : à l’opposé de ce qui est attendu
4. caissière (n. f.s.) : femme qui travaille à la caisse d’un supermarché
5. précocité (n. f.s.) : maturité, avance
6. fait un flop (expression) : n’a pas de succès
7. androgyne (adj. m.s.) : sur qui on ne voit pas la différence homme/femme
8. avant-gardiste (adj. m.s.) : précurseur,  visionnaire, qui anticipe
9. pairs (n. m.p.) : ceux qui font le même métier
10. éclectique (adj. m.s.) : aux goûts variés
11. récidive (v. récidiver) : recommence
12. rétrospective (n. f.s.) : exposition qui recueille l’ensemble d’une œuvre
13. sublime (v. sublimer) :  met en évidence

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