Jean de La Fontaine

Par Florence Teste

L’auteur
Jean de La Fontaine est né le 18 juillet 1621 à Château-Thierry en Picardie. Il fait des études de droit à Paris et devient avocat. Il se marie en 1647 mais se désintéresse rapidement de son épouse et de leur fils, Charles. Il commence une carrière de poète mais ne rencontre pas immédiatement le succès. En 1648, il est engagé par Fouquet, surintendant des finances(1), mais celui-ci est jeté en prison.

La Fontaine écrit alors pour prendre la défense de son protecteur. À partir de 1664, il est au service de la duchesse de Bouillon. Il fréquente les salons littéraires et y rencontre Molière, Perrault. Il publie une comédie, L’eunuque, puis Les contes et nouvelles en vers et c’est en 1668 que paraissent Les fables choisies et mises en vers, qui sont dédiées au Grand dauphin, le fils aîné de
Louis XIV. Cet ouvrage lui apporte le succès. Il se place sous la protection de la duchesse d’Orléans, puis, à la mort de celle-ci, de Madame de la Sablière. En 1674, ce sont Les nouveaux contes, des contes licencieux(2) qui seront interdits par la censure(3). En 1678 et 1679, il publie deux autres recueils(4) de fables et est élu à l’Académie française en 1683. Il meurt en 1695.

L’œuvre
Les Fables de La Fontaine est un ouvrage composé de 243 fables courtes et en vers. Les personnages sont, pour la plupart, des animaux. Ceux-ci permettent de dépeindre5 la société de l’époque et de critiquer les grands personnages de l’État. Chacune des fables se termine par une moralité, supposée participer à l’éducation des enfants qui la lisent.
De nombreuses fables sont inspirées, ou sont des traductions, d’Ésope, d’Horace ou encore de Tite-Live, qui sont des auteurs antiques. Elles ont été illustrées par de nombreux artistes, dont Gustave Doré et Marc Chagall.

Parmi les nombreuses pièces qui composent Les fables choisies et mises en vers, j’en ai choisi deux pour vous : l’une que tous les petits Français connaissent, La cigale et la fourmi, et l’autre, un peu moins connue, mais tout aussi intéressante, Les deux amis.

à écouter
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/la-fontaine-jean-de-fables-selection.html
Fabrice Luchini, un merveilleux acteur qui dit La Fontaine comme s’il était de notre temps : https://www.youtube.com/watch?v=HSOf2YBkxkc
Une version adaptée, humoristique et moderne de Pierre Péchin qui date des années soixante-dix : https://www.youtube.com/watch?v=TVATOwy9Hoo

à lire
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5440698v.r=La+Fontaine%2C+Jean+de.langFR

L’extrait

La Cigale et la Fourmi
La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue(6)
Quand la bise(7) fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau(8).
Elle alla crier famine(9)
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister(10)
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’août, foi(11) d’animal,
Intérêt(12) et principal(13).
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre(14) défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant(15)
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise(16).
Eh bien ! dansez maintenant.

Les deux amis
Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L’un ne possédait rien qui n’appartînt(17) à l’autre :
Les amis de ce pays-là
Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,
Et mettait à profit l’absence du soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme(18) ;
Il court chez son intime, éveille les Valets(19) :
Morphée avait touché le seuil de ce palais(20).
L’ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ;
Vient trouver l’autre, et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissez homme
À mieux user du temps destiné pour le somme(21) :
N’auriez-vous point(22) perdu tout votre argent au jeu ?
En voici. S’il vous est venu quelque querelle(23),
J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point(22)
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés ; voulez-vous qu’on l’appelle ?
Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :
Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;
J’ai craint qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit songe(24) en est la cause.
Qui d’eux aimait le mieux ? Que t’en semble(25), lecteur ?
Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur(26)
De les lui découvrir vous-même.
Un songe(24), un rien, tout lui fait peur
Quand il s’agit de ce qu’il aime.

1. surintendant des finances : équivalent du ministre des finances
2. licencieux (adj. m.p.) : érotiques
3. censure (n. f.s.) : loi limitant la liberté
d’expression
4. recueils (n. m.p.) : ensemble de textes
5. dépeindre (v.) : décrire
6. dépourvue (adj. f.s.) : en manque, qui n’a rien
7. bise (n. f.s.) : vent sec et froid de l’hiver
8. vermisseau (n. m.s.) : petit ver de terre, très petit animal
9. crier famine : demander de la nourriture
10. subsister (v.) : survivre
11. foi (n. f.s.) : promesse
12. intérêt (n. m.s.) : argent supplémentaire que
rapporte un prêt à celui qui a prêté
13. principal : somme d’argent qui a été prêtée
14. moindre (adj. m.s.) : plus petit
15. à tout venant : dans toutes les circonstances
16. fort aise : très heureux
17. appartînt (v. appartenir) : imparfait du subjonctif
18. en alarme : effrayé
19. valets (n. m.p.) : serviteurs
20. Morphée avait touché le seuil de ce palais : tout le monde dormait
21. somme (n. m.s.) : sommeil
22. (ne) … point (nég.) : ne … pas (littéraire)
23. querelle (n. f.s.) : dispute
24. songe (n. m.s.) : rêve
25. Que t’en semble : Qu’en penses-tu ?
26. épargne la pudeur : évite la honte

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