Jacques Brel, ce poète, ce chanteur, cet acteur

par Romain Devaux

« Ne me quitte pas,
Il faut oublier,
Tout peut s’oublier… ».
Il n’en faut pas plus pour rappeler à tous Jacques Brel, l’auteur, le compositeur, l’interprète et le poète belge. Mais connaissez-vous Jacques Brel, l’acteur et réalisateur ?

Né en Belgique, Jacques Brel émigre(1) vers la France dans les années 1950 afin de percer dans la musique(2). Après des débuts difficiles, il commence enfin à se faire connaître avec Quand on n’a que l’amour, son premier grand succès. De là, l’amour du public ne fera que grandir et ses chansons entreront à jamais dans l’histoire de la musique française :  Le plat pays, Amsterdam, Ne me quitte pas pour ne citer que quelques-uns de ses titres emblématiques.
Bien qu’il soit aujourd’hui connu pour ses talents musicaux, Brel décide très tôt de s’éloigner du monde de la musique ; c’est donc en 1966, alors qu’il est au sommet de son art, qu’il fait ses adieux à son public sur la mythique scène de l’Olympia de Paris.

Grosse erreur pour certains, révélation artistique pour d’autres, quitter les salles de concerts enfumées va faire prendre à la carrière de Jacques Brel un tournant assez inattendu en le rapprochant des plateaux de tournages.
C’est en 1967 que le « Grand Jacques » apparaît pour la première fois sur les écrans dans le drame de André Cayatte, Les risques du métier dans lequel il incarne(3) un instituteur accusé de pédophilie(4).
Mais alors, comment devient-on acteur lorsque l’on est chanteur ? C’est la question que tout le monde se pose, même Brel. À l’époque, cela surprend beaucoup car Brel est d’abord et avant tout un chanteur, un spécialiste des bandes musicales. Malgré cela, le film connaît un certain succès et par la suite, le chanteur belge s’imposera progressivement comme acteur.
Le réalisateur André Cayatte voit en lui quelqu’un de très expressif et de très naturel, mais aussi un homme plein de discipline et de rigueur, qualités qui sont, d’après lui, fondamentales au cinéma.

Après quelques rôles, dont celui d’un médecin dans la comédie franco-italienne Mon oncle Benjamin, d’un anarchiste dans La bande à Bonnot, ou encore d’un lieutenant(5) chassé de l’armée dans Mont-Dragon, Brel passe derrière la caméra et devient à son tour réalisateur. En 1971, il produit son tout premier film, Franz, dans lequel il joue auprès de la chanteuse Barbara, puis, Le Far West, qui est récompensé à trois reprises lors de la vingt-sixième édition du Festival de Cannes en 1973. Cette même année, il tourne également avec l’immense Lino Ventura dans L’emmerdeur d’Édouard Molinaro, film pour lequel l’équipe LCFF a une affection particulière puisqu’il se déroule à Montpellier, ville où se trouvent nos bureaux !

Mais alors, pourquoi ne pas être retourné sur scène, qu’est-ce que Brel a trouvé au cinéma qu’il ne connaissait pas dans la musique ? Selon lui, le monde de la musique isole(6) : on écrit ses chansons, on fait la musique, on enregistre des morceaux mais on est tout seul. Au contraire, être sur un plateau de tournage lui donne l’impression d’avoir à nouveau dix-huit ans et de jouer au football, car sur le plateau chacun a son importance, il retrouve un esprit d’équipe qu’il a oublié et c’est ce qu’il trouve formidable au cinéma.

Vieux ou jeune, francophone ou francophile, vous n’avez maintenant plus aucune excuse pour ne pas parler de Brel comme d’un artiste complet qui s’est épanoui dans le monde de la poésie, de la musique… mais aussi du septième art.

Lexique

1. émigre (v. émigrer) : part vivre dans un autre pays
2. percer dans la musique : devenir un célèbre chanteur
3. incarne (v. incarner) : joue le personnage de
4. pédophilie (n. f.s.) : attirance sexuelle d’un adulte pour les enfants
5. lieutenant (n. m.s.) : grade dans l’armée
6. isole (v. isoler) : donne un sentiment de solitude

 

 

 

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