Immigration, intégration et opinion publique

par Florence Teste

L’ immigration

La France a de tous temps été une terre d’accueil. Elle a reçu de nombreuses vagues d’immigration à travers les siècles. Elles étaient dues à diverses raisons : économiques, politiques, religieuses, etc.
Mais globalement(1), on peut tout de même dire qu’avant le XIXe siècle, était étranger celui qui n’était pas né sur place. Même s’il venait d’un village à côté.

Les grandes vagues migratoires ont eu lieu à partir du milieu du XIXe siècle, principalement en provenance des pays voisins : Belgique, Allemagne, Italie, Suisse et Espagne. Avec la montée des tensions politiques de la première moitié du XXe siècle, les immigrations italienne, polonaise, espagnole puis portugaise se sont intensifiées. C’est à la période de la décolonisation qu’est arrivée la vague africaine : Maghreb, en particulier Maroc, Algérie et Tunisie et Afrique subsaharienne. De même pour l’Asie : Vietnam, Cambodge, Laos.
Plus récemment, la France a assisté à l’arrivée d’immigrants venant surtout des autres pays européens, comme la Pologne et la Roumanie.

L’intégration

L’intégration est l’opération qui consiste à inclure, à assimiler(2) une chose dans une autre jusqu’à ce que les deux ne fassent plus qu’un, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer l’état originel de chacun. Ils forment alors un nouveau tout, l’un s’est enrichi de l’autre et vice versa(3). Ce mot s’adapte à la matière : si vous intégrez du sucre à de l’eau, vous obtiendrez de l’eau sucrée. L’eau n’est plus exactement de l’eau et le sucre n’est plus exactement du sucre non plus. Mais ce mot s’adapte aussi aux personnes : une personne qui va vivre dans un autre pays va se mélanger aux habitants locaux. Ou pas… Et c’est là que le bât blesse(4).

L’opinion publique

En France, il est assez difficile d’avoir une idée juste et réaliste de ce que représente l’immigration car il est interdit de recenser(5) les personnes sur la base de critères ethniques et religieux.
Toutefois, il est commun de penser que les différentes vagues d’immigration ne se sont pas assimilées de la même façon dans la société française. Par exemple, beaucoup de Français estiment que les immigrés en provenance de l’Italie ou de l’Espagne se sont parfaitement intégrés. Il faut dire que les différences culturelles entre ces deux pays et la France sont assez minces : mêmes façons de vivre, mêmes mentalités (sociétés judéo-chrétiennes). Aujourd’hui, la France compte un grand nombre de Garcia ou Giordano et ceux-ci ne diffèrent pas des Martin ou Dupond. Et la troisième, voire quatrième, génération ne parle même plus la langue de son pays d’origine.

Il en est presque de même pour les Asiatiques : généralement, on considère qu’ils ont parfaitement réussi leur intégration dans la société française, même si parfois, on suppose que cela se passe seulement en surface : à l’extérieur, ils vivent comme tous les Français ; en revanche, chez eux, beaucoup mangent de la nourriture asiatique, parlent leur langue d’origine, se marient dans leur communauté. Mais peu importe, ils sont français et ne dérangent pas l’ordre établi puisque rien ne se voit.

La chose est plus complexe avec les immigrés venant du Maghreb. Et là, une partie non négligeable de l’opinion publique est plus catégorique(6). Elle soutient que, pour des raisons culturelles, la plupart d’entre eux ont fait le choix de ne pas s’intégrer à la société française. Cela peut se voir par exemple à travers leur mode vestimentaire : les femmes portent un foulard sur les cheveux ou même de grandes robes qui leur recouvrent tout le corps. Selon elles, il s’agit de revendiquer leur identité. Il faut dire que l’amitié entre les peuples français et maghrébins n’est pas aussi évidente qu’avec les autres peuples européens puisqu’elle est historiquement basée sur un rapport de force entre pays colonisateur et pays colonisé. Ces dernières années, la situation s’est aggravée car il s’y sont ajoutés des problèmes de sécurité d’une part et d’intégrisme religieux d’autre part, transformant les musulmans en suspects potentiels. La délinquance a augmenté, la situation sociale des banlieues (où sont concentrées les populations issues de l’immigration) s’est détériorée, des attentats ont été perpétrés(7).
Dans ce dernier cas, il ne s’agit pas uniquement de la France puisqu’il y a des attentats terroristes partout dans le monde. L’actualité nous a récemment montré un exemple de cette généralisation. Le même jour, trois attentats ont eu lieu : l’un en France, l’autre au Koweit et le dernier en Tunisie.
Mais le résultat fait que les Maghrébins sont parfois rendus responsables de tous les maux de notre société. Même ceux qui sont parfaitement intégrés, car c’est le cas de la majorité d’entre eux. Cela crée une ambiance délétère(8) qui ne favorise pas la résolution des problèmes de notre société.

1. globalement (adv.) : de façon générale
2. assimiler (v.) : fusionner, mélanger
3. vice versa (loc. adv) : inversement
4. c’est là que le bât blesse (expression) :
le problème est ici
5. recenser (v.) : compter
6. catégorique (adj. f.s) :qui a une opinion
précise
7. perpétrés (v. perpétrer ; passif) :
commis, faits
8. délétère (adj. f.s.) : toxique

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