Hôtel des Amériques de André Téchiné (1981)

par Romain Devaux

Soleil, longues plages de sable chaud, océan à perte de vue et falaises escarpées… c’est en règle générale comme cela que l’on se représente Biarritz. Cependant, la ville peut avoir un tout autre visage, ce qu’André Téchiné nous dévoile dans son cinquième long métrage. Sorti en décembre 1981, Hôtel des Amériques dépeint(1) l’histoire d’amour compliquée entre Hélène (Catherine Deneuve) et Gilles (Patrick Dewaere). Ce drame romantique nous fait découvrir, ou redécouvrir, la France de François Mitterrand et les paysages des côtes biarrotes de l’époque.

Certaines histoires d’amour commencent autour d’un verre, à une table de restaurant ou à un dîner entre amis ; ce n’est pas le cas de celle d’Hélène et Gilles qui se rencontrent lorsque la jeune femme, en rentrant un soir tard sous la pluie, renverse accidentellement ce dernier avec sa voiture. Ni une ni deux(2), il n’en faut pas plus au jeune homme pour tomber amoureux de la demoiselle encore sous le choc. En prétextant(3) vouloir trouver un lieu plus au sec pour rédiger le constat(4), Gilles invite Hélène à prendre un café mais la jeune femme morte de fatigue s’endort. À son réveil, le lendemain matin, le jeune homme est toujours là à veiller sur elle ; elle comprend alors qu’il ne va pas être facile de s’en débarrasser. Rejetant les nouvelles rencontres depuis le décès de son mari, un architecte parisien, la jeune femme passe sa vie au travail, d’où son degré de fatigue et sa tristesse apparente. Mais grâce à sa persévérance, Gilles arrivera à se faire apprécier de la belle Hélène qui lui dévoilera son jardin secret. Cependant, lorsque l’on croit que le soleil revient sur Biarritz et notre couple, de gros nuages s’annoncent.

Le film dévoile deux personnages très complexes. D’un côté Hélène, une bourgeoise meurtrie par la mort de son mari et déboussolée(5) depuis son départ de Paris. Anesthésiste de profession et anesthésiée sur le plan émotionnel, elle porte la tristesse sur son visage. De l’autre côté, Gilles est un type paumé(6) qui jusque là allait de fille en fille et de petit boulot en petit boulot. Tous deux traînent derrière eux une lourde solitude qui les éloigne de la réalité et ne fera qu’amplifier jalousie, paranoïa amoureuse et manque de confiance. Là est tout l’enjeu du film : ce couple qui attend que quelque chose de bien entre à nouveau dans leur vie, va se retrouver plongé dans une spirale(7) dramatique qu’il aura lui-même créée. Transgression des classes, complexité des sentiments, hésitations, impossibilité d’aimer sans souffrir, homosexualité : l’œuvre de Téchiné ose et soulève de vraies questions, pour l’époque.
Côté casting, Hôtel des Amériques met en scène un couple d’acteurs très glamour à cette époque, Patrick Dewaere (qui mourra un an plus tard) et Catherine Deneuve qui deviendra par la suite l’actrice fétiche8 du réalisateur en tournant dans plusieurs de ses films dont Lieu du crime, Ma saison préférée, Les voleurs, ou plus récemment L’Homme que l’on aimait trop au côté de Guillaume Canet.
Très esthétique, un jeu d’acteur plus que parfait, des paysages splendides, Hôtel des Amériques est cependant d’une immense froideur, sentiment renforcé par le jeu glacial mais magnifique de Catherine Deneuve.
Bref, si vous cherchez une comédie romantique, passez votre chemin, mais si au contraire, vous souhaitez vous plonger dans la complexité des sentiments humains et découvrir une facette tout autre de Biarritz, ville où le long métrage a été tourné, sautez sur l’occasion !

Lexique
1. dépeint (v. dépeindre) : décrit
2. ni une ni deux (expression) : immédiatement
3. prétextant (v. prétexter ; part.présent) : se cachant derrière l’excuse
4. constat (n. m.s.) : document pour déclarer un accident
5. déboussolée (adj. f.s.) : désorientée
6. paumé (adj. m.s.) : perdu
7. spirale (n. f.s.) : cercle sans fin
8. fétiche (adj. f.s.) : favorite, préférée

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