Henri de Toulouse-Lautrec, « l’âme de Montmartre »

par Daphné Brottet

Issu d’une famille noble et riche de la région d’Albi, Henri de Toulouse-Lautrec bénéficie déjà d’un certain confort lorsqu’il décide de vivre de son art. Loin des difficultés matérielles que connaissent ses amis peintres et écrivains, il peut se consacrer uniquement à son projet artistique. Il choisit ses sujets parmi le Montmartre effervescent(1) de l’époque. Ainsi, prostituées, bourgeois ou vieilles ouvrières se présentent naturellement à lui pour une peinture, un dessin.

Toulouse-Lautrec_-_La_Goulue_arrivant_au_Moulin_RougeFin observateur, il saisit les détails qui caractérisent les personnages dans leurs attitudes et n’hésite pas à frôler(2) la caricature(3) des diverses classes sociales. Ce talent de dessinateur lui est venu des sorties avec son père lorsqu’il était enfant, dans la campagne, pendant les parties de chasse. Attentif aux plus petits mouvements des animaux, il dessine depuis son plus jeune âge.

Son ami le peintre Bonnard lui fait découvrir la lithographie(4) chez un imprimeur. Ses premières affiches, Moulin rouge et La Goulue connaissent un grand succès. Cette technique autorise les créations en série. Il consacre beaucoup de temps à cette pratique qu’il considère comme une source expérimentale(5) capitale. En effet, la technique de la lithographie l’oblige à simplifier les traits.   Tout comme pour Vincent Van Gogh, un autre de ses amis, l’influence japonaise lui permet de trouver d’autres façons de représenter les espaces. Pour dessiner les silhouettes et les volumes des corps, il
adopte une ligne légère et fluide. La lecture de l’ensemble est rapide et efficace.

Henri_de_Toulouse-Lautrec_041Cependant, il ne mélange pas les deux modes d’expressions plastiques qu’il pratique avec ardeur(6). En effet, il se passionne pour les créations destinées à l’imprimerie, mais il consacre aussi une énergie sans retenue pour le dessin, la peinture, la réalisation d’œuvres uniques. Ainsi, à partir des nouvelles bases graphiques pour les affiches, il crée des jeux d’arabesques(7) et sait donner une cohérence et une audace(8) qui marqueront son style. Par ailleurs, le développement de la photographie l’invite à utiliser des points de vues et des cadrages nouveaux. Ses travaux pour les affiches modifient la composition de ses peintures.

Son œuvre, de courte durée mais généreuse, échappe aux catégories de l’époque. De santé fragile depuis son enfance et grand consommateur d’absinthe (alcool interdit en France depuis 1907), il meurt à 37 ans. Son goût pour les milieux populaires et les scènes du quotidien montre le chemin vers une peinture différente et fait de lui un artiste novateur(9) qui a ouvert la voie à des artistes comme Picasso ou Duchamp.

1. effervescent (adj. m.s.) : agité, mouvementé
2. frôler (v.) : passer tout près de, raser
3. caricature (n. f.s) : dessin exagéré, qui accentue les traits
4. lithographie (n. f.s.) : technique de dessin gravé sur pierre
5. expérimentale (adj. f.s.) : qui essaie,  qui teste
6. ardeur (n. f.s.) : enthousiasme, force
7. arabesques (n. f.p.) : dessins de type oriental
8. audace (n. f.s.) : tentative osée

téléchargez gratuitement la version imprimable de Arts N°15

Je souhaite recevoir la newsletter