Gaston Leroux

par Florence Teste

L’auteur
Gaston Leroux est né en 1868 à Paris mais il a grandi en Normandie. Il devient avocat à Paris et pour gagner un peu d’argent, il écrit des comptes-rendus de procès pour le journal L’écho de Paris. Il devient ensuite le chroniqueur judiciaire du journal quotidien Le matin. Il a ainsi l’occasion de couvrir(1) de nombreux procès en tant que journaliste.


leroux1auteurÀ partir de 1901, il est grand reporter. Il voyage beaucoup, surtout à l’étranger. Il devient même envoyé spécial en Russie à l’époque même de l’effondrement(2) du grand empire de Russie. Parallèlement, il publie des feuilletons dans Le matin :  tous les jours, le lecteur peut lire un petit morceau de l’histoire et attend avec impatience la suite, le lendemain.  Le plus célèbre, Le mystère de la chambre jaune, lui fait connaître le succès dès 1908. Le héros du roman, l’apprenti-reporter Joseph Rouletabille, devient un personnage récurrent(3) dans plusieurs œuvres de Gaston Leroux. Effectivement, ce dernier a écrit de nombreux romans et nouvelles qui ont d’abord été publiés en feuilletons dans un journal, puis comme romans sous un autre titre.
En 1918, il fonde la « Société des Cinéromans », dans laquelle il sera producteur, scénariste et feuilletoniste, société qui sera rachetée en 1922 par la très célèbre compagnie Pathé-Cinéma. Il meurt en 1927 à Nice et il est enterré au Cimetière du château, lieu où ont été inhumées(4) de nombreuses personnes importantes de la ville.

Son œuvre
Gaston Leroux a écrit une cinquantaine d’œuvres. Il est considéré comme le précurseur(5) de la littérature policière. Il construit des intrigues(6) extrêmement fines, qui nécessitent de la part de leur protagoniste(7) un grand sens de la déduction. Ses personnages récurrents, Joseph Rouletabille et Chéri-Bibi, sont présentés comme des justiciers qui utilisent la psychologie pour résoudre(8) des énigmes complexes. Gaston Leroux a été l’un des premiers à saisir l’attrait(9) des gens pour ces histoires qui décrivent les bas-fonds(10) de la société.

À voir
L’une des nombreuses versions du film Le mystère de la chambre jaune, en particulier celle de 2003, réalisée par Bruno Podalydès.
Cet extrait se situe au moment où le père Jacques, un vieux serviteur de la famille Stangerson, raconte les circonstances pendant lesquelles on a tenté d’assassiner Mathilde, la fille du professeur Stangerson.

L’extrait
« Il était minuit et demi, nous a raconté ce brave homme, et je me trouvais dans le laboratoire où travaillait encore M. Stangerson quand l’affaire est arrivée. J’avais rangé, nettoyé des instruments toute la soirée, et j’attendais le départ de M. Stangerson pour aller me coucher. Mlle Mathilde avait travaillé avec son père jusqu’à minuit ; les douze coups de minuit sonnés au coucou(11) du laboratoire, elle s’était levée, avait embrassé M. Stangerson, lui souhaitant une bonne nuit. Elle m’avait dit : « Bonsoir, père Jacques ! » et avait poussé la porte de la « Chambre Jaune ». Nous l’avions entendue qui fermait la porte à clef et poussait le verrou(12), si bien que je n’avais pu m’empêcher d’en rire et que j’avais dit à monsieur : « Voilà Mademoiselle qui s’enferme à double tour. Bien sûr qu’elle a peur de la ‘‘Bête du Bon Dieu’’ ! » Monsieur ne m’avait même pas entendu tant il était absorbé(13). Mais un miaulement(14) abominable(15) me répondit au dehors et je reconnus justement le cri de la « Bête du Bon Dieu » ! … que ça vous en donnait le frisson(16)… « Est-ce qu’elle va encore nous empêcher de dormir, cette nuit ? » pensai-je, car il faut que je vous dise, monsieur, que, jusqu’à fin octobre, j’habite dans le grenier(17) du pavillon(18), au-dessus de la « Chambre Jaune », à seule fin que(19) Mademoiselle ne reste pas seule toute la nuit au fond du parc. C’est une idée de Mademoiselle de passer la bonne saison dans le pavillon ; elle le trouve sans doute plus gai que le château et, depuis quatre ans qu’il est construit, elle ne manque jamais de s’y installer dès le printemps.
Quand revient l’hiver, Mademoiselle retourne au château, car dans la « Chambre Jaune », il n’y a point(20) de cheminée.(…)
Et tout à coup, pendant que le coucou faisait entendre la demie passé minuit, une clameur(21) désespérée partit de la « Chambre Jaune ». C’était la voix de Mademoiselle qui criait : « À l’assassin ! À l’assassin ! Au secours ! » Aussitôt des coups de revolver retentirent(22) et il y eut un grand bruit de tables, de meubles renversés, jetés par terre, comme au cours d’une lutte, et encore la voix de Mademoiselle qui criait : « À l’assassin ! … Au secours ! … Papa ! Papa ! »
Vous pensez si nous avons bondi et si M. Stangerson et moi nous nous sommes rués(23) sur la porte. Mais, hélas ! Elle était fermée et bien fermée « à l’intérieur » par les soins de Mademoiselle, comme je vous l’ai dit, à clef et au verrou. Nous essayâmes de l’ébranler(24), mais elle était solide. M. Stangerson était comme fou, et vraiment il y avait de quoi le devenir, car on entendait Mademoiselle qui râlait(25) :
« Au secours ! … Au secours ! » Et M. Stangerson frappait des coups terribles contre la porte, et il pleurait de rage(26)et il sanglotait(27) de désespoir et d’impuissance. »

À lire
Le texte intégral du livre Le mystère de la chambre jaune
http://www.inlibroveritas.net/oeuvres/6830/le-mystere-de-la-chambre-jaune

À écouter
Le texte intégral du livre Le mystère de la chambre jaune
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/leroux-gaston-le-mystere-de-la-chambre-jaune.html

Bibliographie choisie
La double vie de Théophraste Longuet, 1903
Le mystère de la chambre jaune, 1907
Le parfum de la dame en noir, 1908
Le fantôme de l’opéra, 1910
Rouletabille chez le Tsar, 1912
Premières aventures de Chéri-Bibi,1913
Rouletabille à la guerre, 1914
Les nouvelles aventures de Chéri-Bibi, 1919
La poupée sanglante, 1923
Mister Flow, 1927

1. couvrir (v.) : suivre pour raconter
2. effondrement (n. m.s.) : chute, explosion, disparition
3. récurrent (adj. m.s.) : qui revient régulièrement
4. inhumées (part. passé v. inhumer) : enterrées
5. précurseur (n. m.s.) : celui qui devance, qui annonce
6. intrigues (n. f.p.) : histoires, nœuds de l’histoire
7. protagoniste (n. m.s.) : personnage principal
8. résoudre (v.) : trouver la solution
9. attrait (n. m.s.) : attraction, intérêt
10. bas-fonds (n. m.p.) : couches les plus basses de la
société
11. coucou (n. m.s.) : horloge qui représente un oiseau qui
chante « coucou » à chaque fois qu’il sort de sa boîte pour
marquer l’heure.
12. verrou (n. m.s.) : système de fermeture
13. absorbé (adj. m.s.) : occupé, préoccupé
14. miaulement (n. m.s.) : cri du chat
15. abominable (adj. m.s.) : affreux, horrible, terrible
16. frisson (n. m.s.) : tremblement involontaire du corps causé soit par la peur soit par le froid
17. grenier (n. m.s.) : pièce de la maison située sous le toit,
dans laquelle on range les vieilles choses
18. pavillon (n. m.s.) : maison individuelle
19. à seule fin que (loc. conjonctive) : afin que, pour que
(+ subjonctif)
20. ne … point : forme littéraire pour « ne … pas »
21. clameur (n. f.s.) : cri, hurlement
22. retentirent (v. retentir) : se firent entendre, résonnèrent
23. nous sommes rués (v. se ruer) : nous sommes précipités
24. ébranler (v.) : secouer, faire tomber
25. râlait (v. râler) : criait désespérément
26. rage (n. f.s.) : colère
27. sanglotait (v. sangloter) : pleurait

 

téléchargez gratuitement la version imprimable de Auteur N°19

Je souhaite recevoir la newsletter