Chapitre 6. Voir rouge

Chapitre 6.  Voir rouge

La première chose que j’ai vue en me réveillant, c’étaient des carreaux rouges. Plein de carreaux rouges, à l’infini. Puis, un verre à pied. Une fourchette. Et une assiette, juste devant mon nez, avec écrits dessus, en lettres d’or, les mots « La bonne franquette ». Assis sur une chaise, la tête posée sur la table en face de moi, j’ai lentement repris mes esprits et rassemblé mentalement toutes les informations que j’avais en ma possession pour essayer de clarifier cette histoire. On m’avait assommé(1), certes.

On m’avait fait rentrer dans le restaurant, OK. On attendait visiblement que je me réveille, soit(2). Mais qui était ce « on », armé d’un rouleau à pâtisserie, et qui n’était pas du tout d’accord avec le fait que je me retrouve en pleine nuit devant la « Bonne franquette » ? Cette promenade nocturne commençait vraiment à être fatigante. J’ai relevé la tête.

En face de moi, de l’autre côté de la table, six personnes se tenaient debout. Trois hommes et trois femmes, d’âges différents. Ils ont commencé à parler, un peu tous en même temps. Ils n’avaient pas l’air très organisé dans leur manière de communiquer.

« – Qui êtes-vous ? a dit une des femmes, avec un accent chinois.
– Pourquoi avez-vous suivi Claudine ? a continué un homme à l’accent marocain, sans me laisser le temps de répondre à la première question.
– Claudine travaille, personne ne doit la déranger, a dit au même moment un autre homme, qui avait un accent britannique très marqué (de Londres, je dirais).
– Attendez, laissez-le répondre, a ajouté une deuxième femme, avec un fort accent russe.
– Attendez, laissez-le reprendre ses esprits, a dit à peu près en même temps le troisième homme, avec un accent turc.
– Taisez-vous ! » s’est énervée la femme qui n’avait pas encore parlé. Elle avait un accent espagnol, sans que je puisse déterminer si elle venait d’Espagne, du Mexique, d’Uruguay, ou d’un autre pays hispanophone.
Ça a marché, ils n’ont plus rien dit. Ils m’ont regardé. Bon, il fallait visiblement que je dise quelque chose. J’ai tourné sept fois ma langue dans ma bouche et puis j’ai dit :
« – Euh … qui êtes-vous ? (je n’étais pas très inspiré(3), je sais).
– Nous sommes les membres du Mouvement International pour une Alimentation Meilleure.
Euh … Le mouvem…
– Le MIAM ! ont-ils dit, cette fois tous en même temps, et j’ai été tellement surpris que j’ai failli tomber(4) de ma chaise et faire tomber par la même occasion la table et sa jolie nappe à carreaux rouges.

Lexique
1. avait assommé (v. assommer) : avait donné un coup sur la tête
2. soit (adv.) : d’accord
3. je n’étais pas très inspiré (adj. m.s.) : je n’avais pas beaucoup d’idées
4. j’ai failli tomber : je suis presque tombé

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