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jianfeng lai

J’ai adopté un enfant

par Marichriska

Tout le monde sait aujourd’hui que l’adoption donne lieu à un véritable parcours du combattant(1) : le premier pas est celui de la réflexion, car l’adoption est une décision qui ne doit pas être prise à la légère(2). Votre plus grand souhait est de fonder une famille mais le sentiment de responsabilité que vous éprouvez, est, selon moi, décuplé(3) par le fait que vous vous imposez l’obligation de ne pas « échouer ». Certains vous y encouragent, d’autres au contraire vont tout faire pour vous décourager. Pour ma part, je peux comprendre que, si la motivation n’est pas absolue, certains abandonnent leur projet devant les difficultés rencontrées.
Après avoir accompli toutes les démarches administratives d’inscription aux services sociaux à l’enfance (DDASS), les rendez-vous multiples avec psychologue, psychiatre, assistante sociale, etc., vous voici enfin, après avoir obtenu le fameux sésame, prêt à accueillir l’enfant tant désiré.
Hélas(4), on vous dit alors qu’il y a très peu d’enfants à adopter en France, que les délais sont extrêmement longs (environ de trois à cinq ans) et que le mieux serait de vous tourner vers l’étranger si vous voulez un enfant plus rapidement.
C’est ainsi que nous avons pris la décision, mon mari et moi, de partir au Chili. A cette époque, en 1990, ce pays était encore ouvert à l’adoption étrangère et nous y avions quelques amis. Mais nous n’avions pas choisi la voie la plus facile, car ce pays ne traitait pas avec des associations chargées de vous aider dans vos démarches (comme c’était le cas à l’époque pour la Colombie, le Brésil, l’Inde ou le Vietnam). La seule solution était donc de partir sur place et de prospecter auprès des tribunaux afin de demander aux juges s’ils avaient connaissance d’un enfant à adopter. Nous nous sommes donc armés de courage et sommes partis pour Santiago du Chili, emportant avec nous notre précieux dossier traduit en espagnol, muni(5) de tous les tampons administratifs nécessaires.

A notre arrivée à Santiago, nous avons déposé notre dossier aux services sociaux chiliens à l’enfance et, après trois jours d’attente, avons obtenu leur accord pour commencer nos recherches.
Nous avons choisi une région du sud, persuadés qu’elle serait moins fréquentée par les adoptants. Dès le lendemain de notre arrivée, nous sommes allés au Juzgado de menores (tribunal pour mineurs), accompagnés d’un de nos amis qui nous a servi d’interprète. Ici, je dois faire une parenthèse car tous les Chiliens que nous avons eu la chance de rencontrer sur place, ont été d’une gentillesse, d’une générosité et d’une disponibilité incroyables et leur accueil chaleureux nous a réconfortés plus d’une fois.

Cette chance, nous l’avons eue aussi lorsque cette juge, plutôt hostile(6) par principe à l’adoption des enfants chiliens par des étrangers, a dit à notre ami qu’elle venait, le matin même, de recevoir le dossier d’une petite fille qui devait rejoindre un foyer ou un village d’enfants. Elle nous a proposé de voir l’enfant et de lui dire ensuite si nous étions intéressés par son adoption.
Nous sommes ressortis complètement abasourdis(7) et impatients de rencontrer ce petit bout de chou(8) qui se trouvait alors dans un centre spécialisé dans la nutrition des enfants sous-alimentés. Ce qui fut fait dans l’après-midi.
Les mots ne sont pas assez forts pour décrire ce que nous avons éprouvé en la voyant allongée dans son petit lit, avec ses grands yeux noirs étonnés. Personnellement, j’ai été envahie par une immense bouffée(9) d’amour et j’ai su dès cet instant qu’elle serait notre enfant. Désormais, nous ne nous quitterions plus.
Puis, tout s’est enchaîné. Nous avons donné notre accord à la juge pour qu’elle procède à l’adoption. Nous avons dû repasser des entretiens avec une assistante sociale, une psychologue, et nous avons eu l’autorisation de rendre visite, autant que nous le désirions, à ce bébé que nous considérions déjà comme notre fille. Nous passions des heures avec elle et étions pleins de reconnaissance envers le personnel qui nous permettait de lui donner le biberon, le bain et de la promener dans nos bras. Nous avons pu fêter sur place, deux semaines plus tard, son premier anniversaire.
Bref, tout était parfait… Jusqu’au jour où la juge nous a avertis que la procédure serait longue, qu’elle avait l’obligation de recourir à différentes parutions dans des journaux officiels afin de rechercher d’éventuels parents proches qui auraient priorité pour adopter, alors même que les parents avaient signé l’accord d’adoption. La juge nous a même proposé de repartir en France et de revenir plus tard quand tout serait réglé. Mon mari, ne pouvant plus prolonger son congé, est reparti après un mois et demi, mais j’ai décidé de rester – j’étais même prête à attendre six mois et à chercher du travail sur place si cela avait été nécessaire !
Finalement, après avoir vécu des moments de joie intense, de tristesse, de découragement, et de nombreux rebondissements(10) en tous genres, la réalisation de notre souhait le plus cher a finalement eu lieu au bout de trois mois et demi lorsque j’ai enfin obtenu le jugement d’adoption et l’autorisation de sortir notre fille du centre.
Quatre ans plus tard, nous sommes retournés avec elle pour l’adoption de son petit frère.

Vingt-sept ans se sont écoulés depuis ce jour. Je crois pouvoir dire que nous avons réussi à fonder la famille que nous souhaitions par-dessus tout, même si nous avons rencontré, au fil des années, certains écueils(11) qu’il a fallu surmonter car il faut garder à l’esprit que, bien qu’ils soient « nos » enfants, ils ont tous une histoire qui leur appartient, et que chaque enfant ne réagit pas de la même façon à son passé : certains peuvent le vivre plus douloureusement que d’autres.
Nous avons essayé de les accompagner du mieux que nous pouvions, et aujourd’hui ils mènent la vie qu’ils ont choisie. Nous n’avons qu’un seul souhait, c’est de les voir heureux comme n’importe quels parents.

Lexique
1. parcours du combattant : procédure longue et compliquée
2. être prise à la légère : être considérée comme non importante
3. est décuplé (v. décupler. Passif) : est multiplié par dix, est beaucoup plus forte
4. hélas (interjection) : malheureusement
5. muni (adj. m.s.) : qui a, qui possède
6. hostile (adj. f.s.) : qui est contre
7. abasourdis (adj. m.p.) : très étonnés
8. bout de chou (n. m.s.) : enfant (terme affectueux)
9. bouffée (n. f.s.) : sensation forte et rapide
10. rebondissements (n. m.p.) : nouvelles étapes auxquelles on ne s’attendait pas
11. écueils (n. m.p.) : obstacles, problème

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(c) Christine Coquilleau

Marion Préité

Par Clarisse Maratchia

Vous avez probablement déjà écouté les fichiers audio qui accompagnent certains articles de LCFF. La plus grande partie des textes est lue par Marion Préité. Nous vous proposons ici un entretien avec elle pour vous permettre d’associer une voix et une diction parfaite à cette (jolie) comédienne.

Marion, tu as à ton actif plusieurs pièces musicales, pourquoi as-tu choisi ce style ? 

Choisir est un bien grand mot ! C’est plutôt un bienheureux hasard qui m’a conduite vers cet art, assez tôt dans ma carrière. A la sortie de mon école de théâtre, j’ai joué au Festival Off d’Avignon 2012 avec d’autres élèves de ma promotion dans une pièce musicale, Les secrétaires, mise en scène par le directeur de l’école, Pierre Castagné, ce qui m’a vite mis le pied à l’étrier.

Pour lire la suite …

Le courrier des Balkans

Né il y a bientôt vingt ans dans les montagnes du Monténégro, le pure player Le courrier des Balkans couvre aujourd’hui l’actualité des treize pays de l’Europe du sud-est : le Monténégro, la Slovénie, la Serbie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, la Grèce, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie, le Kosovo et la Macédoine.

Son principe ? Faire connaître les points de vue des médias indépendants de la région. Ses méthodes ? La traduction en français d’articles de presse et la publication de reportages réalisés par ses correspondants locaux.

Rencontre avec les rédacteurs en chef.

LCFF : Est-ce que les pays des Balkans sont francophones ?
La rédaction du Courrier des Balkans : Plutôt oui. Même si le français n’est pas une langue officielle dans ces pays, il y est parlé et apprécié depuis des décennies(1) parce qu’il a longtemps été la langue des élites et que des liens historiques existaient avec la France. Cela dit, les réalités sont différentes selon les pays. Certaines populations, du fait de l’Histoire, sont davantage russophones ou germanophones mais dans l’ensemble, il y a beaucoup de considération pour le français dans les Balkans et on rencontre des gens qui parlent français aussi bien là-bas que dans les pays francophones.

LCFF : Comment choisissez-vous les articles que vous traduisez ?
CdB : Nous avons des partenariats avec les médias que nous traduisons. Nous essayons de couvrir tous les thèmes (écologie, société, histoire, politique, gastronomie, culture) en variant les formats : brèves, reportages, portraits… Nous passons des commandes aux traducteurs et à nos correspondants installés dans la région qui, eux aussi, nous proposent des sujets ou des interviews
Nous discutons alors de la longueur de l’article, de l’angle choisi, de l’atmosphère voulue, etc. L’idée est à la fois d’informer sur la réalité de cet espace riche et complexe en donnant des outils de compréhension et de diffuser le regard de ces pays sur leur actualité et les enjeux auxquels ils font face.

LCFF : Quelle est la situation de la presse dans la région ?
CdB : Reporters sans frontières publie régulièrement des rapports au sujet des pressions que subissent les journalistes : difficultés d’accès aux sources publiques, diffamation(2), chantage(3), menaces(4), violence, emprisonnement… Les difficultés économiques freinent(5) aussi la production d’enquêtes de qualité. Certains journaux diffusent des
« fausses nouvelles » qui sont néfastes non seulement pour la profession mais aussi pour l’ensemble de la société, alors que le droit d’informer est un enjeu social majeur ! Nos confrères s’organisent collectivement dans plusieurs pays mais la situation est très préoccupante.

LCFF : Qui sont vos lecteurs ?
CdB : Certains sont des Français, des Belges, des Suisses expatriés en Europe de l’est, et une autre partie de nos abonnés sont les membres de la diaspora. Ils sont chercheurs, étudiants, investisseurs, diplomates, etc. Enfin, il y a les curieux de cette partie de l’Europe, de son Histoire, de sa culture.

LCFF : Justement, quelle place accordez-vous à la culture dans vos publications ?
CdB : Plutôt importante. En fait, notre site est divisé en deux parties. Le site d’information, en accès payant, nous permet d’être rémunérés(6) par nos abonnés et nous avons aussi ouvert en 2015 un espace culturel sur le site, « Le grand bazar », qui, lui, est en accès libre. On y poste des notes de lecture de ce qui nous a plu dernièrement, des listes de musique éclectiques(7), de bonnes adresses, des contributions des lecteurs et des amis du Courrier sous forme de blog. De manière plus large, nous sommes partenaires de plusieurs événements culturels liés aux Balkans et programmés dans les pays francophones :
les festivals Balkan Trafic ou Welcome en Tziganie, plusieurs salons du livre, des conférences, …
Cet été par exemple, nous avons eu une carte blanche au Festival de cinéma de Douarnenez sur le thème des frontières. Il y a beaucoup de préjugés et d’idées reçues sur les Balkans ; alors, si on peut ouvrir une fenêtre aux francophones sur des musiciens, des plasticiens(8), des intellectuels engagés ou encore sur des collectifs d’habitants qui s’organisent, c’est un début !

LCFF :
Merci, Le courrier des Balkans !

Le Courrier des Balkans
26, rue Emile Raspail
94110 Arcueil
mail : info@courrierdesbalkans.fr
T : +33 (0)9.50.72.22.26

www.lecourrierdesbalkans.fr
https://www.facebook.com/lecourrierdesbalkans/

Lexique
1. décennies (n. f.p.) : périodes de dix ans
2. diffamation (n. f.s.) : fait de dire du mal, publiquement,
d’une personne
3. chantage (n. m.s.) : action de faire payer quelqu’un en échange
du silence sur des révélations compromettantes
4. menaces (n. f.p.) : comportements par lesquels on indique à
quelqu’un qu’on cherche à lui nuire
5. freinent (v. freiner) : limitent
6. être rémunérés (v. rémunérer. Passif) : être payés
7. éclectiques (adj. f.p.) : variées
8. plasticiens (n. m.p.) : artistes qui travaillent selon des
techniques et des supports variés

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