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La gauche et la droite en France

Si vous lisez cet article après le 7 mai, vous connaissez déjà le nom du nouveau président de la République française. A l’heure où nous écrivons, la campagne officielle est lancée et la gauche et la droite sont fortement mobilisées pour pousser leurs candidats dans le fauteuil présidentiel. Gauche ? Droite ? D’où viennent ces orientations et à quoi correspondent-elles ? Voici l’origine et la définition du clivage(1) traditionnel de la politique française.

La « gauche » et la « droite » : pourquoi ?
En France, on classe les partis en deux grandes « tendances » : la gauche et la droite. La plupart des Français se déclarent « de gauche » ou « de droite ».
Cela date de la Révolution française, et plus précisément du 28 août 1789 : ce jour-là, la toute jeune Assemblée nationale doit décider de l’étendue des pouvoirs laissés à Louis XVI. Les partisans d’un pouvoir royal fort se placent à droite de la tribune tandis que les tenants(1 )d’un pouvoir royal limité se regroupent du côté gauche. Il n’en fallait pas plus pour créer le clivage que nous connaissons encore aujourd’hui !

Qu’étaient alors la gauche et la droite ?
C’est au XIXe siècle que ces expressions sont apparues. A cette époque, la droite est royaliste, contre-révolutionnaire et favorable au retour de la monarchie absolue. A l’inverse, la gauche défend les libertés individuelles, le libre-échange et le principe de la monarchie constitutionnelle. Cette gauche hérite des idées des « Lumières » (un mouvement culturel, philosophique, littéraire et intellectuel du XVIIIe siècle) et défend le libéralisme. Les députés à la gauche de la gauche sont révolutionnaires, républicains : ils défendent le peuple et notamment les ouvriers, qui apparaissent en masse avec la révolution industrielle. Cependant, la question de la royauté disparaît peu à peu. La gauche et la droite évoluent.

Ce clivage a-t-il perduré ?
En un peu plus de deux siècles, des glissements(2) se sont opérés. Ainsi, le libéralisme est passé de gauche à droite. Au moment de la Révolution française, les députés de gauche défendaient le libéralisme afin que chacun, quelles que soient sa naissance et son origine, puisse s’enrichir et s’élever socialement grâce à son travail. Avec l’essor(3) de l’industrie et des fortunes bourgeoises, les inégalités sont devenues plus économiques que sociales. Dès lors, le libéralisme appliqué à l’économie a permis aux conservateurs de préserver leur prééminence(4) sociale. La gauche quant à elle est entrée en opposition au libéralisme économique et a défendu le principe de l’intervention de l’Etat pour limiter la loi du marché et développer l’égalité économique et sociale. Ces évolutions ont parfois même existé à l’échelle d’une vie. Ainsi, Victor Hugo a été royaliste dans ses jeunes années… et républicain quarante ans plus tard !

Sur quoi sont fondées aujourd’hui les différences entre la gauche et la droite ?
Dans les deux cas, les partis politiques qui composent la droite et la gauche ont le même but : améliorer la vie des citoyens. Ce sont leurs méthodes qui diffèrent. Le clivage de base existe dès le XIXe siècle. Il s’agit de l’opposition entre le conservatisme, défendu par la droite, et le progressisme, promu(5) par la gauche. Le premier cherche à maintenir les hiérarchies sociales et économiques. Le principe général est que la société ira mieux si les individus vont mieux. Le second vise6 l’égalité sociale et économique des citoyens et l’adaptation des lois, afin qu’elles suivent les évolutions de la société. L’idée directrice est que les individus iront mieux si la société va mieux.
Entre la gauche et la droite, il y a le centre. De part et d’autre, il y a l’extrême-droite et l’extrême-gauche, positionnées pour la première à droite de la droite et pour la seconde à gauche de la gauche.

Que défend précisément la droite ?
Elle part de l’individu et défend l’initiative individuelle. Réussir, s’enrichir et s’élever socialement sont pour la droite les moteurs de l’action. Elle part du principe que la somme(7) des réussites individuelles débouche(8) sur une société heureuse et harmonieuse. L’entrepreneuriat créerait de la croissance, qui elle-même crée des emplois, qui permettent la consommation et de manière plus générale, la richesse. D’après des enquêtes d’opinion sur les valeurs en politique, les sympathisants des partis de droite mettent en avant la libre-entreprise, l’ordre et l’autorité, la tradition, la nation, la famille ou encore la religion. En France, la plupart des présidents de la République ont été de droite : de Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Chirac, Sarkozy.

Que promeut(9) la gauche ?
Pour la gauche, la société précède l’individu. La réussite collective génère la réussite individuelle. C’est pourquoi elle défend l’éducation, la protection sociale, le logement… Le but est de créer pour chaque citoyen une base à peu près équivalente quelle que soit sa naissance. Les personnes de gauche déclarent avoir pour valeurs principales le progrès et l’humanisme, la justice sociale et l’égalité des chances, la solidarité, la laïcité, l’antiracisme, l’environnement ou encore la lutte contre le pouvoir de l’argent. L’élection de François Mitterrand, homme de gauche, en 1981, a été un véritable tournant dans la vie politique française jusqu’alors dominée par la droite. Il est resté quatorze ans au pouvoir. Le second président de gauche est François Hollande, élu en2012.

En 2017, est-ce que le clivage gauche / droite reste d’actualité ?
La question mérite d’être posée ! En effet, les curseurs politiques peuvent être déplacés le long de plusieurs axes. Ainsi, les hommes politiques créent parfois leur propre « couleur politique » en se définissant par rapport au degré de l’intervention de l’Etat, à l’importance de l’écologie, au rôle de l’Eglise, à la politique étrangère, au commerce extérieur, à la politique d’immigration, à la représentativité du pouvoir ou encore au type d’évolution de la société. En France, il existe aussi le critère du degré d’intégration dans l’Europe. L’élection présidentielle 2017 montre très bien cette évolution : certains candidats sont à la tête d’un « mouvement » plutôt que d’un parti politique. L’un d’entre eux se positionne même à la fois à gauche et à droite.

Est-ce que le clivage gauche / droite issu de la Révolution française vit ses dernières années ? L’Histoire le dira. On constate en tous cas que les Français, particulièrement les plus jeunes, peinent(10) parfois à se retrouver dans les découpages(11) traditionnels. L’évolution rapide de la société française fera peut-être émerger(12) dans un avenir proche une recomposition de l’échiquier(13) politique. A suivre !

Jeu des sept familles Arc-en-ciel

Clarisse Orzalesi

A l’heure où nous allons changer de président de la République, la question de la famille est au cœur de la campagne électorale. Chacun des candidats a abordé ce thème, qu’il le voie traditionnellement ou de manière plus large. LCFF a rencontré Isabelle Follador, une jeune femme qui revendique ses valeurs et sa « féminitude(1) » à travers ses différentes activités de graphiste et de blogueuse.

Connaissez-vous le Jeu des sept familles ?
Tous les petits Français ou presque ont joué à ce jeu de cartes dans leur enfance. Il est composé de sept groupes (les familles) de six cartes chacune (le grand-père, la grand-mère, le père, la mère, le fils et la fille) ; vous devez reconstituer chaque famille en demandant aux autres joueurs les membres qui vous manquent.

Le projet
La délégation alsacienne de l’association SOS homophobie propose une nouvelle version du Jeu des sept familles : « le Jeu des sept familles arc-en-ciel a été imaginé par un groupe de bénévoles de SOS homophobie. Représenter la diversité des familles constitue à nos yeux un moyen percutant(2), évocateur(3) et ludique(4) pour familiariser nos enfants et nos proches aux évolutions des vies des familles en France. Cela peut, modestement, contribuer à banaliser l’existence de familles homoparentales(5), recomposées, coparentales(6), étant pacsé(7)-e-s, marié-e-s, concubin(8)-e-s, ou célibataires. Nous avons également voulu montrer que dans les familles, tout le monde n’est pas valide9 ou blanc. Le Jeu des sept familles arc-en-ciel raconte l’histoire de toutes les familles, quels que soient le statut ou l’orientation sexuelle des parents ». Pour imaginer ces familles, l’association a fait appel à Isabelle Follador.

L’artiste
Illustratrice, graphiste et développeuse web, Isabelle Follador aime les paillettes, son chat Enrico et la bière. Elle illustre sa vie de jeune femme active dans son blog http://www.isabellefollador.fr/ Ses dessins illustrent la vie, la vraie, avec de vrais gens, sans filtres et sans mensonges.

Que vous a apporté votre participation à ce projet ?
Ce jeu des sept familles représente pour moi quarante-deux moments de ma vie, quarante-deux personnalités, quarante-deux morceaux de moi. Ce jeu n’est clairement pas une révolution, c’est juste un jeu sur la vraie vie, pas la vie des histoires comme lorsque l’on était enfant avec le papa, la maman, le fils, la fille, le papi, la mamie. Non, la vie d’aujourd’hui, dans son joyeux désordre, avec le beau-père, la belle-mère, la belle-soeur qui fait une FIV (fécondation in vitro), la grand-mère et son amoureuse, le papa et son copain, les enfants adoptés etc. Finalement, c’est notre quotidien à tous.
Je pense que nous sommes d’accord : de nos jours, le schéma familial a bien changé, il est beaucoup moins traditionnel. On trouve maintenant des schémas familiaux très variés. C’est important de le montrer, de l’expliquer.

Sur votre blog, vous parlez de la société et plus particulièrement de votre vie de femme. Comment voyez-vous la place de la femme dans la société ?
Je la vois encore trop sage et trop timide, trop dans les clichés. Il faut qu’elle soit une femme libre mais pas trop indépendante. J’ai l’impression qu’une femme indépendante fait peur à la société. Il faut être ouverte mais réservée, mère et à la fois femme fatale, détachée mais qui gère tout. On essaye de nous faire croire que nous devons être des wonder women, en tant qu’épouse, compagne, mère, ou encore seule mais « célibattante(10) ». Mais dès que l’on sort de ce cadre, que l’on n’est plus dans une case, rien ne va plus et nous devons faire face au jugement de la société. Beaucoup de sujets qui concernent les femmes sont encore tabous : les règles(11), la difficulté à devenir mère, dire que l’instinct maternel n’est pas automatique, que l’allaitement n’est pas une obligation, que l’on peut se sentir en insécurité lorsque l’on rentre chez soi tard le soir… Même en 2017, j’hésite à m’habiller comme je veux !
Je pense que pour faire évoluer les mentalités, nous devons parler de ce que nous vivons en tant que femmes quotidiennement et de ce que nous ressentons. C’est l’une des raisons pour lesquelles je parle si ouvertement sur mon blog.

Pour acheter le jeu des sept familles Arc-en-ciel : https://www.sos-homophobie.org/jeu-des-familles-arc-en-ciel
Pour découvrir l’univers d’Isabelle Follador, rendez-vous sur son site internet http://www.isabellefollador.fr/

Lexique
1. féminitude (n. f.s.) : ensemble des caractéristiques et des valeurs propres aux femmes
2. percutant (adj. m.s.) : fort, marquant
3. évocateur (adj. m.s.) : qui porte des représentations, qui amène une idée
4. ludique (adj. m.s.) : amusant
5. homoparentales (adj. f.p.) : qui ont des parents de même sexe
6. coparentales (adj. f.p.) : qui partagent l’autorité parentale
7. pacsé (adj. m.s.) : qui a conclu un pacs (type d’union civile en France)
8. concubin (adj. m.s.) : qui a une relation de couple sans être marié
9. valide (adj. m.s.) : en bonne forme, contraire de « handicapé »
10. célibattante (n. f.s.) : contraction de célibataire et battante ; femme célibataire, dynamique et militante
11. règles (n. f.p.) : menstruation

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