Caramel / Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki

par Alex Flacoute

Ce mois-ci, pleins feux sur une réalisatrice libanaise, Nadine Labaki. Auteure de deux films, la cinéaste possède déjà un univers très personnel, avec comme thèmes principaux l’amour de son pays, et surtout celui de la femme.

Caramel,
Liban – France, (2007)

À Beyrouth, Layale, jeune femme trentenaire(1), est la gérante du salon de beauté « Si belle ». Elle a deux employées : Nisrine, une jeune musulmane sur le point de se marier, et Rima, plus solitaire et un peu masculine. Jamale est une fidèle cliente de l’institut.
Obsédée par son âge et effrayée à l’idée de vieillir, elle court les castings dans l’espoir de devenir comédienne. Enfin, Rose tient un petit magasin juste en face du salon. Elle est couturière, et s’occupe
en même temps de sa sœur plus âgée, Lili.

May Farra
May Farra

À travers ces cinq personnages féminins bien différents, Nadine Labaki évoque la place de la femme dans la société moderne au Liban. Dans une communauté majoritairement gérée par les hommes, elle dépend d’un certain système traditionnel. Et les femmes, dans le film, se confrontent au poids des traditions et au jugement des autres, selon leur âge, leur situation familiale ou leur religion.
En revanche, au salon, elles sont véritablement libres car personne ne

juge ou n’accuse. On parle sans crainte, sans tabous(2), on peut enfin être soi-même. Entre deux shampoings, les langues se délient(3), aussi bien du côté des clientes que des employées. Ainsi, on découvre leurs petits secrets : Layale a une liaison avec un homme marié, Nisrine doit subir une opération chirurgicale illégale, Jamale cherche à dissimuler son âge, Rose a complètement sacrifié sa vie sentimentale pour s’occuper de Lili, qui souffre de crises de folie…

Dans ce décor, la réalisatrice réussit le pari de parler de condition sociale, de religion, de vieillesse et de sexualité avec humour et sensibilité. Prenez rendez-vous au « Si belle », vous ne le regretterez pas !

Et maintenant on va où ?
Liban – France, (2011)

Au Liban, les habitants d’un petit village perdu dans les montagnes mènent une existence paisible(4). Ils sont chrétiens et musulmans et cohabitent pacifiquement depuis toujours. Le seul contact qu’ils ont avec l’extérieur vient de Nassim et Roukoz,

 Pathé - Les Films des Tournelles
Pathé – Les Films des Tournelles

qui régulièrement quittent le village pour le réapprovisionnement(5) des commerces.

Un jour, après avoir ramené une vieille antenne, ils installent un poste de télévision sur la place du village. Les habitants vont alors apprendre que la guerre a repris dans le pays, et que les communautés chrétiennes et musulmanes se déchirent de nouveau. Dès lors, l’unique mission des femmes va être de détourner l’attention des hommes pour qu’ils ne se lancent pas, eux aussi, dans ce conflit meurtrier.

Une fois encore, les femmes sont au centre du récit. Alors que les hommes ne sont que dans la réaction face aux c, les femmes, elles, sont dans l’action. Elles prennent des décisions, réfléchissent aux conséquences, cherchent des solutions. Elles calment les tensions ; en somme, ce sont elles qui empêchent la guerre, celle de leur village au moins.
Et pour cela, elles ne manquent pas d’imagination ! Elles vont tout d’abord saboter(6) la télévision, puis brûler les journaux qui donnent des nouvelles sur le conflit. Elles vont ensuite faire venir des danseuses ukrainiennes, ainsi qu’ajouter des calmants(7) dans les pâtisseries que mangent les hommes, et cacher les armes que tout le monde recherche. Elles vont même jusqu’à échanger leur religion (les chrétiennes deviennent musulmanes et vice-versa) !

Malgré le propos sérieux du film, la réalisatrice choisit de l’aborder avec légèreté et dérision.
En effet, voir ces femmes user de stratagèmes pour calmer la rivalité et la colère des hommes, nous fait oublier quelques instants l’absurdité de la guerre.
Avec de l’humour, des personnages attachants et une pincée(8) de comédie musicale (chorégraphies en prime !), elle nous donne vraiment envie d’aller nous perdre dans un petit village libanais.

1. trentenaire (adj. f.s.) : qui a entre 30 et 39 ans
2. tabous (n. m.p.) : sujets interdits
3. les langues se délient (expression) : on commence à parler librement
4. paisible (adj. f.s.) : tranquille, calme
5. réapprovisionnement (n. m.s.) : apport de nouvelles marchandises
6. saboter (v.) : agir de manière à provoquer l’échec d’une action
7. calmants (n. m.p.) : médicaments qui aident à la relaxation
8. pincée (n. f.s.) : très petite quantité
9. introvertie (adj. f.s.) : timide et discrête

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