A la verticale de l’été de Tran Anh Hung

par Alex Flacoute

Rien de mieux pour commencer l’année que de faire ses bagages et embarquer pour un film un peu plus exotique que d’habitude. Destination : le Vietnam, pour une belle histoire de famille.

Mark Lee
Mark Lee

Au bout de dix minutes de film, on est plongé dans l’ambiance. Trois sœurs préparent le repas d’anniversaire de la mort de leur mère. La plus âgée, Suong, est propriétaire du restaurant où a lieu la célébration. Khanh, la cadette, et Liên, la plus jeune, y travaillent comme serveuses. Dès lors, pendant près de deux heures, nous allons suivre ces trois personnages et découvrir leurs vies. Il y a d’abord Suong, qui vit avec son fils et son mari, Quôc. Ce dernier est photographe spécialisé dans les plantes et les fleurs. Il s’absente souvent pour trouver de nouveaux sujets à capturer(1).
Quant à Khanh, elle est mariée à Kiên qui est écrivain. Il cherche à terminer son premier roman, mais en manque d’inspiration(2), il décide de partir une semaine à Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville) pour changer d’air et avoir de nouvelles idées.
De son côté, Liên habite avec le jeune frère de la famille, Hai, qui est un acteur vivant de petits rôles.

Il est intéressant de remarquer que face à chacune des sœurs, on retrouve une même figure masculine. Celle d’un homme souvent absent, qui pratique un métier artistique, et qui pourtant, semble mener une autre vie, plus secrète.
Mais cela s’applique aussi aux trois sœurs. Chacune a son jardin secret(3), ses mystères  et ses non-dits. Dans ce film, rien n’est tout blanc ou tout noir. Les problèmes de couple, l’infidélité, le mensonge, tous les fâcheux événements qui peuvent arriver dans une vie sont présents.
Et malgré tout, ce n’est jamais traité tragiquement dans le film. Le meilleur exemple est le repas du début : même la mort est célébrée d’une manière agréable, presque festive. On se retrouve en famille pour se rappeler les bons moments. Ce qui compte au final, ce sont les bons souvenirs, peu importe les obstacles(4) et les accidents que la vie peut apporter.

 Mark Lee
Mark Lee

 À travers les conversations, les jeux de regards, on comprend que chaque personnage est beaucoup plus riche qu’il ne semble de prime abord(5). Le film prend le temps de brosser(6) un portrait très détaillé des différents personnages qui se retrouvent face à des problèmes, des choix à faire. Homme ou femme, jeune ou plus âgé, parent ou pas, chacun réagit à sa manière, comme il peut.

Néanmoins, on ressent parfois quelques longueurs. Il semble évident que c’est le but du réalisateur. Déjà par des plans-séquences fixes, par des temps de pause dans les dialogues, quand ce ne sont pas des silences entiers. L’auteur veut clairement étirer(7) le temps, pour nous faire entrer dans un univers particulier : un endroit où tout serait au ralenti, les actions, les émotions ; où la vitesse, la foule et le bruit d’une grande ville comme Hanoi disparaîtrait complètement. Ici, on est dans un petit coin de paradis, un peu hors du temps. Tout cela est sublimé(8) par des décors naturels magnifiques.
En conclusion,  À la verticale de l’été est un très beau film. D’une part, grâce aux paysages incroyables de la Baie d’Ha Long, et d’autre part grâce à la qualité des acteurs. Communiquer une émotion par un simple regard ou un silence, voilà la réussite des interprètes de ce film. 1h50 de secrets de famille, avec comme point de départ un anniversaire de mort, cela ne promettait pas un film joyeux. Et bien au contraire ! On ne retient que les joies et les sourires de cette famille un peu atypique(9), et on en demande encore !

1. capturer (v.) : photographier
2. inspiration (n. f.s.) : idée, souffle créatif
3. jardin secret : intimité, vie privée
4. obstacles (n. m.p.) : difficultés, barrières
5. de prime abord : à première vue, au départ
6. brosser (v.) : décrire, dépeindre, dessiner
7. étirer (v.) : rallonger
8. sublimé (part. passé. passif) : rendu encore plus beau
9. atypique (adj. m.s.) : inhabituel, différent des autres