Contes adaptés au théâtre

Contes adaptés au théâtre

Par Christelle Ducrot

Enfance et éducation, le thème du mois, en littérature… Je pense immédiatement aux histoires du soir et aux contes des veillées(1). Métaphoriques(2) et didactiques(3). Les contes traditionnels véhiculent toujours des valeurs et un sens moral universel.
Cependant, leur lecture en langue étrangère n’est pas forcément facile. Temps du passé et vocabulaire désuet(4) peuvent en rendre la compréhension difficile pour des locuteurs non natifs. Je vous présente une alternative encore peu diffusée : les contes adaptés au théâtre.

Suzanne Lebeau
Née en 1948 au Québec, la dramaturge(5) Suzanne Lebeau est reconnue internationalement comme l’une des auteures les plus prolifiques(6) du théâtre pour le jeune public. Après une carrière de comédienne, elle commence à écrire des pièces pour les enfants quand elle s’aperçoit que ces derniers sont plus intelligents que ce qu’elle joue pour eux. Ses nombreuses pièces permettent aux petits et aux grands de s’interroger sur l’éducation, les valeurs à transmettre et les aléas de l’amour filial. Dans ses pièces, les enfants sont parfois impertinents(7) et désobéissants. Ils sont cependant aussi toujours émouvants et touchants.

Le recueil Contes d’enfants réels permet de dresser un portrait assez sombre des travers(8) les plus répandus(9) en matière d’éducation. Les cinq courtes pièces présentent des situations familiales simples et concrètes. Le tableau que l’auteure dresse des parents n’est guère réjouissant. Ici, comme dans la vraie vie, les adultes pensent bien faire mais ils sont assez mal préparés à leur rôle d’éducateurs. Ils sont absents. Ils sont distraits. Ils surprotègent leur progéniture(10). Ils projettent sur eux leurs propres désirs et ambitions. En somme, ils empêchent leurs enfants de faire leurs propres expériences et de se développer à leur rythme.

Au fur et à mesure que l’enfant grandit, la situation devient de plus en plus difficile. Tous les parents connaissent et redoutent les deux ans de leur bambin, l’âge de l’opposition. L’enfant devient alors un individu à part entière, dont on perd le contrôle. Un monstre. Et cela ne semble jamais plus devoir s’arrêter. En tant que mère, toutes ces pièces ont fait écho à mon expérience personnelle, tout y sonne vrai, avec une poésie qui rend le quotidien plus intéressant à regarder sur scène.

Je vous invite à découvrir aussi la pièce Gretel et Hansel. Comme son titre l’indique, il s’agit d’une relecture d’Hansel et Gretel, le célèbre conte des frères Grimm. Suzanne Lebeau centre son récit sur le lien fraternel. On y découvre la relation amour-haine entre une petite fille et son frère cadet(11). On retrouve les archétypes du conte original : l’immense pauvreté de la famille, l’abandon dans la forêt, le risque d’être dévoré. La sœur aînée est face à un dilemme lorsqu’elle pousse la sorcière au feu. Devrait-elle en profiter pour se débarrasser de son frère en même temps ?

Joël Pommerat
La transposition de contes aux théâtre est aussi l’une des marques de fabrique du dramaturge et metteur en scène Joël Pommerat. Il a ainsi adapté jusqu’à aujourd’hui trois contes parmi les plus classiques : Le petit chaperon rouge en 2004, Pinocchio en 2008, et enfin, Cendrillon en 2011. Ces textes sont destinés autant aux enfants qu’aux adultes. L’auteur explique dans la postface du Petit chaperon rouge qu’il a eu l’idée d’adapter et de mettre en scène des contes pour intéresser sa fille à son travail.

Sa pièce Pinocchio m’a particulièrement plu. Le petit pantin de bois y est vraiment odieux(12) : capricieux(13), impatient et égocentré(14). Il veut tout, tout de suite. Il fuit(15) la moindre(16) contrainte. Il est régulièrement animé de bonnes résolutions mais comme il n’a ni volonté ni persévérance, il préfère les solutions de facilité. Le spectacle insiste sur le rôle de l’école. Sans éducation, pas d’humanité.

En voulant parler d’aujourd’hui à des enfants d’aujourd’hui, le plus simplement et le plus concrètement possible, ces auteurs modernisent le conte de fées et le mettent aussi à votre portée, dans un langage actuel. Le propos reste intemporel et universel.

Lexique

1. veillées (n. f.p.) : soirées organisées autrefois autour du feu
2. métaphoriques (adj. f.p.) : qui permettent une comparaison symbolique
3. didactiques (adj. f.p.) : qui servent à l’apprentissage
4. désuet (adj. m.s.) : démodé
5. dramaturge (n. f.s.) : auteure qui écrit des pièces de théâtre
6. prolifiques (adj. f.p.) : qui produisent beaucoup
7. impertinents (adj. m.p.) : qui cherchent à choquer
8. répandus (adj. m.p.) : fréquents
9. travers (n. m.p.) : défauts
10. progéniture (n. f.s.) : ensemble des enfants
11. cadet (n. m.s.) : plus jeune
12. odieux (adj. m.s.) : désagréable
13. capricieux (adj. m.s.) : qui exige des choses déraisonnables
14. égocentré (adj. m.s.) : centré sur lui-même
15. fuit (v. fuir) : évite
16. moindre (adj. m.s.) : plus petit

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