MONTPELLIER, PLACE FORTE DE LA MÉDECINE

par Laura Tejeda

Il n’y a aucun doute sur la richesse et l’influence des connaissances développées en médecine à Montpellier tout au long de l’histoire et jusque dans le monde moderne. Il faut aussi signaler l’importance du caractère cosmopolite(1) dans ce développement. Dès la création de la ville, la science a trouvé sa place et s’est nourrie du savoir et des innovations des hommes qui s’y sont arrêtés.

Montpellier est un pôle universitaire et technologique avec une longue tradition médicale. Située au sud de la France, entre l’Italie et l’Espagne, elle est très vite devenue une ville marchande importante, où de nombreuses nationalités se rencontrent. À l’époque médiévale, s’y croisent des Chrétiens, des Sarrasins (nom donné aux musulmans) et des Juifs venus de différents horizons. Montpellier est le principal port de commerce des épices du royaume de France. Ce type de commerce lui permet d’acquérir des connaissances sur les plantes et les épices venues d’Orient, d’Extrême-Orient et d’Afrique. De plus, il favorise l’échange de savoirs, notamment en médecine, sciences, philosophie et botanique. En effet, des savants, surtout des médecins juifs et musulmans venus d’Andalousie ou du Maghreb, s’y sont déplacés avec des manuscrits(2) de diverses disciplines. C’est grâce à leurs traductions que de nouvelles connaissances ont pu être introduites en Europe. Ainsi, la pédagogie de l’École montpelliéraine a été basée sur le commentaire des textes anciens redécouverts à travers de multiples études effectuées par les arabes.

Montpellier était aussi, un lieu de passage pour les pèlerins partant vers Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne, ce qui a permis la création d’institutions caritatives(3) et hospitalières. L’École de médecine de Montpellier est une des plus anciennes d’Europe avec celle de Salerne en Italie, et la plus ancienne au monde toujours en activité. Elle a été fondée en 1220 par le cardinal Conrad, nommé cardinal de l’Église Catholique à partir de 1219 par le pape Honorius III. Toutefois, les cours de médecine ont débuté dès le XIIe siècle.

L’enseignement de la médecine à l’époque de la Renaissance se veut descriptif et classificateur(4). On crée en 1593 un Jardin des plantes au sein de l’École de médecine. L’un des apports majeurs de l’École montpelliéraine a d’ailleurs été la classification des plantes et des maladies. Elle a été un pôle de savoir médical en avance sur le reste de l’Europe : création en 1340 d’un cours d’anatomie qui a fait sa réputation ; adoption en 1556 d’un amphithéâtre pour l’examen des cadavres(5) et la réalisation des premières autopsies(6), malgré l’interdiction de l’église d’utiliser le corps d’un mort. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Montpellier devient un des premiers centres de médecins et chirurgiens royaux. Parmi les illustres étudiants de l’École de Médecine de Montpellier, nous pouvons citer Guy de Chauliac (1298-1368, père de la chirurgie médicale), Paul-Joseph Barthez (1734-1806, médecin consultant de Louis XVI et de Napoléon Ier), Nostradamus (1503-1566, bien que renvoyé pour avoir exercé le métier d’apothicaire(7), interdit à l’époque par la faculté).
Tout au long de son histoire, l’École montpelliéraine a montré son attachement aux idées et aux études d’Hippocrate (460 avant J.-C. – 370 av. J.-C., considéré comme le père de la médecine). Elle a accordé une place majeure à la pratique, avec de longs stages cliniques portant sur le diagnostic, le traitement et le suivi. Elle s’est toujours souciée de faire de la médecine une science, c’est-à-dire qu’elle doit être liée à une interprétation rationnelle(8).

Lexique

1. cosmopolite (adj. m.s.) : avec de nombreuses nationalités
2. manuscrits (n. m.p.) : textes écrits à la main
3. caritatives (adj. f.p.) : qui aident les pauvres
4. classificateur (n. m.s.) : qui classe et organise
5. cadavres (n. m.p.) : corps des morts
6. autopsies (n. f.p.) : analyses des corps des morts
7. apothicaire (n. m.s.) : préparateur de médicaments
8. rationnelle (adj. f.s.) : basée sur la logique et la raison

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