10. Boire du petit lait.

Par Julie Boudillon

C’est Claudine qui s’est présentée à l’accueil. Le standardiste lui a demandé de remplir une fiche, avec son nom, le nom de la personne à visiter, ainsi que l’objet de sa visite.
Claudine Petitpas / Basile Desgoûts / Boire du petit lait.
Les gestes mécaniques du standardiste se sont figés. La machine était grippée. Il a regardé Claudine par dessus ses lunettes.

« – Il comprendra.
Le standardiste a eu l’air de soupirer. Ou peut être était-il juste un peu enrhumé. Je ne sais pas.
– Un instant, s’il vous plaît. Je l’appelle. »
Pendant ce temps, Linda et Diana, Gaagi, Claudia, Noam, Yoko, Richard, Yacouba, Svetlana, Leena, Karl, Mehni, Hong, Fatou et moi-même sommes entrés dans le hall. Lorsque M. Desgoûts est arrivé, nous avions eu le temps d’installer la nappe et les paniers, de sortir les assiettes et les couverts, ainsi que tous les plats préparés par chacun d’entre nous. Les membres fondateurs, quant à eux, dépliaient sagement une banderole devant l’entrée du Parisien enchaîné :
« PIQUE-NIQUE OFFERT PAR LE MIAM. ENTREZ, MANGEZ, BUVEZ, DÉCOUVREZ ! »
Il y avait suffisamment à manger pour M. Desgoûts, le standardiste, et tous les membres de la rédaction. Pour les relecteurs, les maquettistes, les stagiaires et les directeurs. Il y avait également assez à manger pour tous les passants curieux. Ainsi que pour les membres de la sécurité qui n’avaient pas encore eu le temps de réagir. En effet, après avoir fait venir des quatre coins de la planète tous les membres du MIAM, nous nous étions préparés des heures entières pour pouvoir installer un pique-nique gargantuesque aussi rapidement qu’on peut dire « Bon appétit ».

De mémoire de journaliste, de passant, de stagiaire, de directeur ou directrice, de standardiste, de gardien ou gardienne, on n’avait jamais mangé comme ça. Si loin et en même temps si proche. Loin des préparations insipides que nous avions pris l’habitude d’ingurgiter. Proches de nos souvenirs enfouis des premières saveurs découvertes.

Personne ne s’est vraiment remis de ce festin. Les participants au pique-nique continuent, encore aujourd’hui, à essayer de décrire ce qu’ils ont ressenti en mangeant ces différents plats. Le MIAM est sorti de l’ombre et a fondé des écoles à travers le monde.

Quant à Claudine, elle s’est tournée vers moi à la fin de cette folle journée et m’a posé, pour la première fois, une question que depuis elle me pose tous les matins : « Tu prendras encore du café ? »

Fin

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